Thérapies gonadotoxiques : l’utérus garde-t-il des séquelles durables ?
11 septembre 2025 · Par Ana Espino
#Fertilité #Gynécologie #Chimiothérapie #Endocrinologie Les traitements gonadotoxiques administrés durant l’enfance, l’adolescence ou le jeune âge adulte sont reconnus pour leur impact délétère sur la fonction ovarienne et la fertilité féminine. Si les atteintes ovariennes sont largement documentées, les effets sur l’utérus, et notammen
Par Ana Espino | Publié le 11 septembre 2025| 3 min de lecture
Les traitements gonadotoxiques
administrés durant l’enfance, l’adolescence ou le jeune âge
adulte sont reconnus pour leur impact délétère sur la fonction ovarienne
et la fertilité féminine. Si les atteintes ovariennes sont largement
documentées, les effets sur l’utérus, et notamment sur son volume,
restent moins étudiés, malgré leur rôle crucial dans la fécondité et les
issues obstétricales. Cette zone d’ombre limite aujourd’hui la capacité
à évaluer de manière complète le potentiel reproductif des femmes ayant
survécu à un cancer pédiatrique ou jeune adulte. Les données disponibles sur les conséquences
utérines à long terme sont rares, hétérogènes et souvent limitées à de
petites cohortes. En particulier, les effets spécifiques de la chimiothérapie
seule, par opposition à ceux de la chimioradiothérapie, restent
controversés. Cette absence de consensus freine la mise en place de stratégies
de préservation de la fertilité adaptées, et complique le conseil
reproductif individualisé. Dans ce contexte, cette étude a
été initiée afin d’évaluer l’impact des traitements gonadotoxiques sur
le volume utérin.
Chimiothérapie seule : quel
réel impact sur le volume utérin ?
Quatre études ont été
sélectionnées et incluses dans l’analyse. Ces études totalisaient 225 femmes
exposées à la chimiothérapie seule, 153 à une chimioradiothérapie,
et 257 témoins sans antécédent de cancer. Le volume utérin a été
évalué par échographie dans trois études et par IRM dans une.
L’analyse a tenu compte de la parité, afin de limiter les biais liés à
l’historique obstétrical. Les traitements ont ensuite été comparés et classés
selon leur impact sur le volume utérin à l’aide de l’indice SUCRA. Les résultats révèlent une réduction
significative du volume utérin dans le groupe chimioradiothérapie,
comparé à la fois aux témoins et au groupe ayant reçu uniquement une
chimiothérapie. En revanche, aucune différence significative n’a été
observée entre les femmes traitées par chimiothérapie seule et les
témoins, suggérant une absence d’effet notable de cette modalité sur la taille
utérine. Ces tendances étaient plus
marquées chez les nullipares, tandis que les données chez les femmes ayant
déjà accouché étaient plus hétérogènes. L’analyse comparative par
l’indice SUCRA (Surface Under the Cumulative Ranking Curve) a
classé les groupes du plus au moins favorable en termes de volume utérin : témoins
(0,91), chimiothérapie seule (0,57), et chimioradiothérapie
(0,01).
Préserver la fertilité
au-delà des ovaires ?
Les traitements gonadotoxiques
administrés à un jeune âge peuvent compromettre la fertilité féminine,
non seulement via l’atteinte ovarienne, mais aussi en altérant l’anatomie
utérine. Pourtant, les effets sur le volume utérin restent peu
explorés, en particulier chez les patientes exposées uniquement à une chimiothérapie.
Ce manque de données fiables limite aujourd’hui l’évaluation globale du potentiel
reproductif des survivantes de cancer et complique les stratégies de préservation
de la fertilité. Dans ce contexte, cette étude
visait à comparer le volume utérin à l’âge adulte chez des femmes
exposées à une chimiothérapie seule, à une chimioradiothérapie,
ou non exposées. L’objectif était de déterminer si la chimiothérapie isolée
induisait, à elle seule, une réduction significative du volume utérin. Les
résultats montrent que la chimioradiothérapie est clairement associée à une
réduction du volume utérin, tandis que la chimiothérapie seule ne semble
pas avoir d’effet significatif par rapport aux témoins. Ces données
suggèrent que les altérations utérines liées à la chimiothérapie sont
probablement moindres, voire absentes, ce qui pourrait rassurer certaines
patientes dans le cadre du conseil reproductif. La mise en place de cohortes
prospectives de plus grande envergure, intégrant des évaluations anatomiques,
fonctionnelles et hormonales de la fonction utérine, avec un suivi
à long terme, permettra de mieux caractériser les effets différenciés
des traitements oncologiques. Une telle approche contribuerait à identifier
les facteurs de risque spécifiques d’atteinte utérine et à affiner les
stratégies de préservation de la fertilité, en élargissant le champ
d’évaluation au-delà de la seule fonction ovarienne.
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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Référence scientifique
Fraison, E., et al. (2025). Uterine volume assay after gonadotoxic therapies in childhood, adolescence, and young adulthood: A systematic review and Bayesian network meta-analysis. Acta obstetricia et gynecologica Scandinavica, 104(9), 1616–1626