Des vaccins efficaces contre la Covid-19 sont disponibles, cependant il est important d’identifier des traitements efficaces qui soient facilement accessibles. La fluvoxamine est un antidépresseur de type ISRS (Inhibiteur Sélectif de la Recapture de la Sérotonine) de faible coût, donc facilement disponible. Les résultats d’essais ayant inclus peu de patients, ont suggéré que cette molécule pourrai
Des
vaccins efficaces contre la Covid-19 sont disponibles, cependant il est
important d’identifier des traitements efficaces qui soient facilement
accessibles. La fluvoxamine est un antidépresseur de type ISRS
(Inhibiteur Sélectif de la Recapture de la Sérotonine) de faible coût, donc
facilement disponible. Les résultats d’essais ayant inclus peu de patients, ont
suggéré que cette molécule pourrait réduire le risque de détérioration clinique
dans le cadre de la Covid-19. Cette
hypothèse a été testée dans le cadre d’une étude randomisée et en double
aveugle dont les premiers résultats viennent d’être publiés. Cette étude
fait partie de l’essai Together dont l’objectif était d’étudier des
traitements potentiels du coronavirus, parmi lesquels la fluvoxamine et
l’hydroxychloroquine, le lopinavir-ritonavir, la metformine, l’ivermectine, la
doxasine, l’interféron-lambda pégylé. Pour être inclus, les patients, adultes,
devaient présenter une symptomatologie compatible avec un diagnostic de
Covid-19, ou un test positif, ainsi qu’au moins un facteur de risque de
développer une forme grave de Covid-19 (diabète, HTA, obésité etc…). Le
critère de jugement principal était la survenue d’une
« complication » définie comme, soit le maintien en service d’urgence
pendant plus de 6 heures, soit une hospitalisation en raison de la progression
de la Covid-19 dans les 28 jours suivant la randomisation.
Les
critères secondaires, évalués jusqu’au 28ème jour après la randomisation,
étaient : la clairance virale, le nombre de jours avec des symptômes
respiratoires, le temps de récupération clinique, le délai d’hospitalisation,
la mortalité (toutes causes), le délai du décès, le score de détérioration, le
nombre de jours d’hospitalisation, le nombre de jours sous ventilation, la
tolérance et l’observance aux traitements.
Les
résultats présentés concernent les 1497 patients inclus dans 11 sites au Brésil.
Après randomisation 741 patients ont reçu de la fluvoxamine (100 mg,
2 fois par jour, pendant 10 jours) et 756 du placebo. Une
réduction de 32 %du risque relatif (RR = 0,68), statistiquement
significative, pour le critère principal, a été mise en évidence lors
de l’administration de fluvoxamine : 11% (79 /741) des patients traités
par fluvoxamine ont présenté une « complication » contre 16 % (119/756)
dans le groupe « placebo » (analyse en intention de traiter). L'analyse
en « per protocole » (patients dont le protocole a été suivi en
totalité, et avec une observance optimale (supérieure à 80%)), a montré un bénéfice
encore plus marqué de la fluvoxamine, avec une réduction du risque
relatif de 66 % (RR = 0,34). Parmi les critères secondaires étudiés, une
différence statistiquement significative a été observée pour la
mortalité ; 25 patients sont décédés dans le groupe placebo contre 17 dans
le groupe fluvoxamine (OR=0,68 - analyse en intention de traiter), et un seul
décès a été rapporté avec la fluvoxamine contre 12 dans le groupe placebo (OR=
0,09 - analyse en per protocole). L’observance au traitement était aussi
statistiquement plus élevée dans le groupe « placebo » (74%) versus
82% dans le groupe « fluvoxamine ». Aucune
différence significative n'a été observée pour la survenue d’effets
indésirables entre les deux groupes, 84 et 64 patients traités
respectivement, par fluvoxamine ou placebo, ont arrêté leur traitement avant la
fin de l’étude en raison d’une mauvaise tolérance. Pour
expliquer ces résultats les auteurs évoquent plusieurs hypothèses de
mécanisme d’action :
·
Action anti-inflammatoire de la molécule
par activation du récepteur sigma-1 (S1R) , protéine impliquée dans le
déclenchement de la production de cytokines, y compris d’interleukines. ·
Activité antiplaquettaire de la
fluvoxamine, par déplétion plaquettaire en sérotonine, ce qui permettrait
d’avoir un effet cardioprotecteur. ·
Augmentation des concentrations plasmatiques de
mélatonine.
Ils
discutent aussi les limites de l’étude qu’ils identifient comme
étant, entre autres : ·
L’absence de recommandation de prise en
charge standardisé, ainsi que l’absence de connaissance approfondie de la
pathologie et plus particulièrement des facteurs de risque d’aggravation, lors de
la mise en place de cette étude. ·
La mise à disposition du vaccin en cours
d’étude. Néanmoins seulement 6% des patients ont reporté avoir eu au moins
une dose ; les auteurs ont donc considéré que cela n’a eu qu’un impact
mineur sur le critère de jugement principal. Dans ce cadre, il serait
intéressant d’étudier l’efficacité de la fluvoxamine chez les patients
vaccinés. Une autre limite pourrait être la non prise en compte de la
mortalité dans le critère de jugement principal. Les
résultats de cette étude ont permis de mettre en évidence l’intérêt de la
fluvoxamine dans la prise en charge de la Covid-19. Il a été observé une réduction
du risque de progression de la maladie vers une forme grave (prise en
charge prolongée aux urgences ou hospitalisation), chez des patients ayant un
diagnostic précoce de Covid-19 et à risque de développer une forme grave. Des
études supplémentaires pourraient être envisagées afin de : ·
Confirmer le lien entre la fluvoxamine et la
mortalité. ·
Identifier le schéma thérapeutique
optimal. ·
Etudier ses interactions et synergies
avec d’autres traitements. ·
Etudier l’efficacité du traitement sur des populations
vaccinées.
Dina.H,
Pharmacienne
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