Infertilité féminine : briser le cycle du silence

Mme Yasmine CANDAU
Patiente experte
Ex présidente EndoFrance
Comité scientifique · Santé des femmes
L’infertilité féminine peut être liée à des pathologies que l’on tarde malheureusement à diagnostiquer. Ce retard de diagnostic va impacter la qualité de vie des femmes, avoir des conséquences sur leur santé et potentiellement sur les projets de grossesse.
L’endométriose illustre parfaitement ceci. Cette maladie systémique, inflammatoire et souvent chronique se définit par la présence, en dehors de la cavité utérine, de cellules semblables à l’endomètre. Chaque mois, les cellules saignent au moment des règles et forment des lésions sur les organes sur lesquels elles sont greffées. Cela entraîne une inflammation importante dans le ventre, déjà délétère à la fécondation, de nombreux symptômes, dont le principal reste une douleur souvent invalidante. Il existe aussi parfois des cas où l’endométriose est asymptomatique et découverte au moment du bilan de fertilité. Si elle n’est pas synonyme d’infertilité, 30 à 40 % des femmes qui en sont atteintes auront des difficultés à concevoir. Et l’endométriose n’est pas l’unique pathologie connaissant une errance diagnostique et qui peut impacter la fertilité.
Dans la majorité des cas, l’endométriose se traduit par des douleurs qui peuvent atteindre la note de 8/10 sur l’échelle de la douleur. Pourtant cette douleur a été banalisée, normalisée, par des médecins non formés, puis par l’entourage, conduisant les femmes à se taire, retardant ainsi leur prise en charge et dans certains cas, leur chance d’avoir un enfant.
Bien sûr, la grande majorité des femmes atteintes aura un enfant. Pour d’autres, un deuxième combat se joue : celui de l’assistance médicale à la procréation.
Face à cet enjeu, l’information éclairée et la prévention sont les maîtres mots. Informer la jeune génération que des douleurs récurrentes et invalidantes ne sont pas « normales » est primordial. Il faut aussi briser le cycle de la banalisation et du silence : parce que les générations précédentes ont parfois dû subir des symptômes ignorés, des tabous persistants ou un désir de grossesse inassouvi, il est essentiel que leurs filles et petites-filles ne soient plus confrontées à la même fatalité.
Il est nécessaire de sensibiliser les femmes sur les symptômes gynécologiques anormaux. Il faut évidemment informer les couples qu’un délai de conception prolongé peut retarder le diagnostic d’une éventuelle pathologie affectant la fertilité, réduisant ainsi les chances de grossesses. Il est tout aussi essentiel de libérer la parole autour des règles, de sensibiliser les professionnels de santé à une écoute attentive des patientes et à l’importance d’un diagnostic et d’une prise en charge précoces. Cette démarche doit toutefois s’inscrire dans une approche bienveillante, sans culpabiliser les femmes qui choisissent de privilégier leur carrière ou qui, pour diverses raisons, envisagent une première grossesse plus tardivement.
La lutte contre l’infertilité ne peut pas se limiter à la PMA ; elle doit reposer sur une information, une prévention et surtout une meilleure reconnaissance des pathologies féminines afin de préserver autant que possible la santé reproductive des femmes.
