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01/06/2026

HPV : pourquoi les hommes restent-ils les grands oubliés de la prévention ?

Gynécologie et Obstétrique

Par Ana Espino | Publié le 01 juin 2026 | 4 min de lecture


Lorsqu'on évoque le papillomavirus humain (HPV), le cancer du col de l’utérus vient généralement à l’esprit. Depuis plusieurs décennies, les campagnes de prévention, les programmes de dépistage et les stratégies vaccinales se sont principalement concentrés sur les femmes. Pourtant, les hommes sont eux aussi concernés par cette infection sexuellement transmissible extrêmement fréquente.

Aujourd’hui, les chercheurs alertent sur un paradoxe : alors que le HPV est responsable d’un nombre croissant de cancers chez les hommes, notamment au niveau de la sphère ORL, leur place dans les politiques de prévention reste encore insuffisante. Une récente revue publiée dans Reviews in Medical Virology appelle ainsi à repenser l’approche du HPV comme un enjeu de santé publique touchant les deux sexes. 


Une infection bien plus fréquente qu’on ne l’imagine



Le papillomavirus humain est l’une des infections sexuellement transmissibles les plus répandues dans le monde. On estime que plus de 80 % des personnes sexuellement actives seront exposées au virus au cours de leur vie.

Parmi les centaines de types de HPV identifiés, certains sont considérés comme « à haut risque » car ils peuvent favoriser le développement de cancers. Les génotypes HPV16 et HPV18 sont notamment impliqués dans plusieurs cancers génitaux mais également dans les cancers de l’oropharynx, qui touchent les amygdales, la base de la langue ou encore le palais.

Les auteurs rappellent qu’à l’échelle mondiale, près d’un homme sur trois est porteur d’un HPV génital, et qu’environ 21 % des hommes sont infectés par une souche à haut risque. Le HPV16 apparaît comme le type viral le plus fréquent dans la plupart des régions du monde.


Des cancers masculins en forte progression



Si le lien entre HPV et cancer du col de l’utérus est bien établi, les conséquences de l’infection chez les hommes restent moins connues du grand public.

Pourtant, les cancers de l’oropharynx associés au HPV connaissent une augmentation rapide dans de nombreux pays. Aux États-Unis, entre 70 et 80 % de ces cancers sont désormais liés au papillomavirus, principalement au HPV16. Dans certaines régions, ils sont même devenus plus fréquents que le cancer du col de l’utérus.

Le virus est également impliqué dans une partie importante des cancers du pénis et de l’anus. Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ou vivant avec le VIH présentent notamment un risque particulièrement élevé de développer un cancer anal.

Au-delà du cancer, plusieurs études suggèrent également un impact possible du HPV sur la fertilité masculine, notamment via une altération de la qualité du sperme.


Un virus difficile à contrôler



L’une des principales difficultés réside dans le caractère souvent silencieux de l’infection.

Dans la majorité des cas, le système immunitaire élimine spontanément le virus en quelques mois. Toutefois, certaines infections persistent pendant plusieurs années. Cette persistance constitue le principal facteur favorisant l’apparition de lésions précancéreuses puis de cancers.

La transmission du HPV est particulièrement efficace. Elle ne nécessite pas nécessairement une pénétration sexuelle et peut survenir lors de simples contacts peau à peau au niveau génital. Les auteurs soulignent également l’importance croissante de la transmission oro-génitale, qui pourrait contribuer à l’augmentation des cancers ORL liés au HPV chez les hommes.

Le nombre de partenaires sexuels, le statut immunitaire, le tabagisme ou encore certaines pratiques sexuelles influencent également le risque d’infection et de persistance virale.


Pourquoi les hommes restent-ils moins protégés ?



Selon les auteurs, l’histoire de la lutte contre le HPV explique en partie cette situation.

Les premiers programmes de vaccination ont été conçus avant tout pour prévenir le cancer du col de l’utérus. Dans de nombreux pays, les garçons n’ont été intégrés aux campagnes vaccinales que plusieurs années après les filles.

Cette stratégie a permis de réduire considérablement les cancers cervicaux, mais elle a laissé une partie des générations masculines insuffisamment protégées. À cela s’ajoutent les perturbations provoquées par la pandémie de COVID-19, qui ont entraîné une baisse de la couverture vaccinale dans de nombreux pays ainsi qu’une augmentation de l’hésitation vaccinale.

Autre difficulté : contrairement aux femmes, les hommes ne disposent pas aujourd’hui de programme de dépistage standardisé. En pratique, les infections sont souvent découvertes uniquement lorsqu’elles provoquent des symptômes ou dans le cadre d’une consultation spécialisée.



Vers une prévention plus inclusive ?



Pour les auteurs, la prévention du HPV ne pourra être pleinement efficace qu’à travers une approche véritablement neutre en matière de genre.

Ils plaident pour un renforcement de la vaccination des garçons, le développement de stratégies de rattrapage pour les populations à risque ainsi qu’une meilleure sensibilisation du public aux conséquences du HPV chez les hommes.

La mise en place de programmes de dépistage ciblés chez certaines populations à haut risque pourrait également améliorer la détection précoce des lésions associées au virus.

En conclusion, cette revue rappelle que le papillomavirus n’est pas uniquement un problème de santé féminine. Alors que les cancers liés au HPV continuent de progresser chez les hommes, une prévention plus équitable apparaît comme une condition essentielle pour réduire durablement le poids mondial des maladies associées à ce virus.



À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.  
  

Source(s) :
Coker KL, et al. High-Risk HPV in Men: A Hidden Threat to Public Health? Rev Med Virol. 2026 Mar;36(2):e70115. doi: 10.1002/rmv.70115. PMID: 41689447; PMCID: PMC12905817. ;

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