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05/03/2026

Hydrocortisone néonatale : vers une prévention efficace de la dysplasie bronchopulmonaire chez les grands prématurés

Pneumologie Autre

Par Elodie Vaz | Publié le 5 mars 2026 | 3 min de lecture


Chez les nouveau-nés avant 28 semaines d’aménorrhée, la dysplasie bronchopulmonaire (DBP) demeure l’une des complications les plus redoutées. Plus de la moitié de ces enfants développent cette pathologie respiratoire chronique liée à l’immaturité pulmonaire. Le développement incomplet des alvéoles et du tissu pulmonaire, combiné à des agressions postnatales, altère durablement la fonction respiratoire. Les conséquences dépassent la période néonatale : risque accru d’infections et d’hospitalisations pendant l’enfance, retard de croissance pondérale et effets négatifs sur le développement cérébral.

Un facteur central dans la physiopathologie de la DBP est l’inflammation pulmonaire, responsable de lésions tissulaires et d’une perturbation de la maturation pulmonaire. La cortisone, hormone anti-inflammatoire, atténue cette réponse inflammatoire. Or, les très grands prématurés n’en produisent pas suffisamment. Si des travaux antérieurs ont suggéré des bénéfices préventifs de l’hydrocortisone, ils ont aussi soulevé des inquiétudes concernant d’éventuels effets secondaires graves.

Une étude menée par l’Université de Linköping et publiée le 19 février dans la revue JAMA Network Open apporte aujourd’hui des données issues de la pratique clinique réelle. Elle suggère qu’une administration précoce d’hydrocortisone augmente les chances de survie sans séquelles pulmonaires, tout en démontrant l’innocuité à court terme du traitement.



Une « expérience naturelle » suédoise


En Suède, certaines régions ont récemment recommandé l’administration d’hydrocortisone dès le premier jour de vie chez les grands prématurés, tandis que d’autres ont choisi de ne pas l’introduire.

« Cela a donné lieu à une sorte d’expérience naturelle en Suède, où certains bébés extrêmement prématurés ont été traités et d’autres non. Nous avons tiré parti de cette situation dans notre étude, où nous avons examiné l’efficacité de ce traitement dans des situations de soins réelles en Suède. Il n’existe pratiquement aucune étude de ce type dans le monde à l’heure actuelle », explique, dans un communiqué de presse, Ulrika Ådén, professeure de médecine pédiatrique à l’Université de Linköping et à l’Institut Karolinska, médecin-cheffe en néonatologie et co-auteure de l’étude.


Analyse du registre national


Les chercheurs ont exploité les données du registre national suédois de néonatologie. Au total, 474 enfants nés entre 22 et 27 semaines de grossesse (2018–2023) et ayant reçu de l’hydrocortisone ont été comparés à 632 enfants nés dans la même région avant l’introduction du protocole. Les analyses ont également intégré des données provenant de régions ne proposant pas ce traitement.

Cette approche populationnelle permettait d’évaluer l’efficacité et la sécurité du traitement en conditions réelles de soins, au-delà du cadre strict des essais randomisés.


Plus de survie sans DBP, sans signal de toxicité


Les résultats montrent un bénéfice clinique significatif. « Notre étude montre que l’administration précoce de ce traitement aux grands prématurés augmente leurs chances de survie sans maladie pulmonaire. Le traitement à l’hydrocortisone est sûr et ne présente pas de risque accru d’effets secondaires graves chez le nouveau-né », explique, dans un communiqué de presse, Veronica Smedbäck, doctorante à l’Université de Linköping, médecin et co-auteure de l’étude. L’étude s’est concentrée sur la sécurité à court terme et n’a pas identifié d’augmentation des complications sévères néonatales associées à l’hydrocortisone.


Implications cliniques et perspectives


La portée potentielle de ces résultats est considérable. « Étant donné que plus de la moitié des grands prématurés sont atteints de cette maladie pulmonaire, ce traitement pourrait s’avérer précieux, car il augmente les chances de survie sans la maladie. De nombreux pays sauvent aujourd’hui des enfants grands prématurés ; ce traitement pourrait donc potentiellement concerner un très grand nombre d’enfants », souligne Veronica Smedbäck.

Les auteurs insistent néanmoins sur la nécessité d’un suivi à long terme, notamment concernant le développement cérébral. Certaines études suggèrent un effet positif de l’hydrocortisone sur ce plan, mais des données complémentaires sont requises.

En démontrant, en vie réelle, l’efficacité et l’innocuité à court terme d’une administration précoce d’hydrocortisone, cette étude ouvre la voie à une standardisation des pratiques néonatales. Elle pose également la question d’une harmonisation internationale des recommandations, dans un contexte où la survie des extrêmes prématurés progresse rapidement.

À lire également : Impact de la fréquence du changement de couche sur le microbiote cutané des nourrissons prématurés



À propos de l'auteure – Elodie Vaz

Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
     



Source(s) :
Lam MB, et al. Use of complementary and alternative medicine in the management of breast cancer. JAMA Network Open. 2026;9(3):e260337. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.0337. ; Smedbäck V, Björklund L, Flisberg A, Wróblewska J, Baud O, Wejryd E, Ådén U. Early prophylactic hydrocortisone and bronchopulmonary dysplasia–free survival in extremely preterm infants. JAMA Network Open. 2026. doi:10.1001/jamanetworkopen.2025.60146. ;

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