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16/02/2026

Leucémie pédiatrique : et si tout se jouait à la surface ?

Oncologie

Par Ana Espino | Publié le 10 février 2026 | 3 min de lecture


La leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) est la forme de cancer la plus fréquente chez l’enfant, représentant environ 80 % des leucémies pédiatriques. Elle se caractérise par la prolifération massive de lymphoblastes immatures dans la moelle osseuse, perturbant l’hématopoïèse normale et exposant à des complications potentiellement fatales sans traitement rapide. Grâce aux avancées thérapeutiques, les taux de survie dépassent aujourd’hui 85 %, mais cette réussite masque encore des limites importantes dans la prise en charge.

En effet, près d’un tiers des patients à haut risque présentent des formes réfractaires ou rechutantes, souvent associées à des altérations moléculaires complexes et à un échappement immunitaire. Les approches actuelles, centrées sur la chimiothérapie intensive ou les immunothérapies ciblées, montrent des limites en termes de toxicité, de résistance et de stratification insuffisante des patients. Un besoin crucial demeure : identifier de nouveaux biomarqueurs moléculaires pour améliorer le pronostic et ouvrir la voie à des traitements plus personnalisés.

Dans ce contexte, les acides sialiques, composants terminaux des glycanes à la surface cellulaire, émergent comme modulateurs potentiels de la progression tumorale. Leur rôle dans l’adhésion cellulaire, la signalisation et l’échappement immunitaire pourrait en faire des cibles thérapeutiques inédites. Cette étude a été initiée de sorte à évaluer l’implication fonctionnelle des acides sialiques dans la LAL pédiatrique, en analysant leur expression, leur impact biologique, et leur valeur en tant que cible ou biomarqueur dans les formes agressives de la maladie.



Les acides sialiques sont-ils les complices invisibles ?




Les auteurs ont conduit une revue narrative structurée, s’appuyant sur des études in vitro, des modèles animaux et des analyses cliniques. Ils ont exploré l’expression de différentes formes d’acides sialiques (Neu5Ac, Neu5Gc) et de leurs transporteurs (comme SLC17A5), ainsi que les enzymes régulant leur métabolisme, notamment les sialyltransférases (STs).

Les résultats indiquent que les cellules leucémiques présentent une hypersialylation membranaire, particulièrement via l’augmentation des liaisons α2,3- et α2,6-sialiques. Cette modification du glycocalyx tumoral favorise l’adhésion anormale à la moelle osseuse, l’invasion tissulaire et l’inhibition de la réponse immunitaire, en bloquant notamment l’activation des cellules NK.


L’étude souligne également le rôle de certains transporteurs, comme SLC17A5, impliqués dans l'accumulation intracellulaire d’acides sialiques, pouvant perturber le métabolisme cellulaire et la différenciation des lymphoblastes. Des données issues de bases transcriptomiques (TCGA, GEO) montrent une surexpression de ces enzymes dans les sous-types agressifs de LAL.


Enfin, des travaux expérimentaux évoquent la possibilité d’utiliser des inhibiteurs de sialyltransférases ou des enzymes modifiant les structures glycosylées pour rétablir une réponse immunitaire anti-tumorale, ouvrant la voie à des thérapies combinées innovantes.




Un sucre en trop peut-il faire basculer le pronostic ?



La LAL pédiatrique reste un défi majeur en hématologie, malgré des taux de survie globalement élevés. Le principal obstacle demeure le risque de rechute et la persistance de formes résistantes, notamment chez les enfants à haut risque. Cette étude visait à explorer le rôle des acides sialiques dans la progression leucémique et à identifier de nouvelles pistes thérapeutiques exploitant cette signature glycosylée.

Les données rassemblées suggèrent que l’hypersialylation des cellules leucémiques participe activement à leur survie et à leur capacité d’évasion, en influençant à la fois leur adhésion, leur signalisation et leurs interactions immunitaires. Les acides sialiques pourraient ainsi constituer des biomarqueurs pronostiques et des cibles thérapeutiques d’intérêt, notamment dans une approche de médecine personnalisée.


Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches.
Ces recherches incluront la validation de ces observations dans des cohortes pédiatriques plus larges, l’évaluation fonctionnelle des modifications sialylées sur la progression tumorale, et le développement d’inhibiteurs sélectifs sûrs et efficaces. Il sera également essentiel d’intégrer ces approches dans des stratégies combinées avec les traitements actuels, afin de renforcer la réponse immunitaire et limiter les rechutes.





À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Insights on the Role of Sialic Acids in Acute Lymphoblastic Leukemia in Children ;

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