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13/02/2026

Microbiote intestinal et neurodégénérescence : un nouveau levier thérapeutique

Autre

Par Elodie Vaz | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture

La sclérose latérale amyotrophique (SLA) et la démence fronto-temporale (DFT) figurent parmi les maladies neurodégénératives les plus sévères et les moins comprises. La DFT affecte préférentiellement les lobes frontaux et temporaux, provoquant des altérations majeures du comportement, de la personnalité et du langage. La SLA se caractérise par une atteinte progressive des motoneurones, responsable d’une faiblesse musculaire irréversible évoluant vers une paralysie.

Malgré l’identification de mutations génétiques, dont la plus fréquente est C90RF72, l’origine de ces pathologies demeure largement inconnue, suggérant l’intervention de facteurs environnementaux modulant leur expression clinique.



Comprendre la variabilité clinique des porteurs de mutations





L’équipe de l’Université Case Western Reserve s’est attachée à répondre à une question fondamentale dans une étude publiée en février 2026 dans la revue Cell : pourquoi certains porteurs de mutations associées à la SLA/DFT développent-ils la maladie alors que d’autres restent asymptomatiques ? Leur hypothèse reposait sur l’existence d’un lien fonctionnel entre le microbiote intestinal et la dégénérescence cérébrale, via des mécanismes immuno-inflammatoires impliquant l’axe intestin-cerveau.




Le glycogène comme déclencheur immuno-neurotoxique





Pour parvenir à leurs résultats, les chercheurs ont analysé le microbiote intestinal de 23 patients atteints de SLA/DFT afin de quantifier la production de glycogène bactérien. « Nous avons découvert que les bactéries intestinales nocives produisent des formes inflammatoires de glycogène et que ces sucres bactériens déclenchent des réponses immunitaires qui endommagent le cerveau », souligne dans un communiqué de presse le Pr Aaron Burberry, principal investigateur de l’étude et professeur adjoint au département de pathologie de la faculté de médecine Case Western Reserve. Le scientifique rapporte que 70 % des 23 patients SLA/DFT présentaient des taux dangereux de glycogène, contre seulement un tiers chez les individus non atteints.




Un biomarqueur et une cible thérapeutique émergente





Parallèlement, l’équipe a utilisé des modèles de souris axéniques, élevés dans des environnements totalement stériles, grâce à un système de type « cage dans la cage » développé par Alex Rodriguez-Palacios, professeur adjoint à l'Institut de recherche sur la santé digestive de la faculté de médecine, également auteur de l’étude. Cette technologie permet d’introduire sélectivement des bactéries intestinales spécifiques et d’observer leurs effets directs sur le cerveau.

Le Pr Alex Rodriguez-Palacios a déclaré que l'équipe avait utilisé ses découvertes pour ensuite réduire les sucres nocifs, ce qui « a amélioré la santé cérébrale et prolongé l'espérance de vie.




Vers des essais cliniques ciblant le microbiote





Ces résultats établissent un lien moléculaire direct entre le microbiote intestinal et la neurodégénérescence. Ils expliquent pourquoi certaines personnes porteuses de la mutation C90RF72 développent la SLA ou la DFT, tandis que d’autres y échappent, en identifiant les bactéries intestinales comme un facteur environnemental déclencheur clé. Cette étude identifie également le glycogène bactérien comme un biomarqueur potentiel et une cible thérapeutique innovante.

Cette avancée repositionne l’axe intestin-cerveau au cœur de la physiopathologie de la SLA et de la DFT. « Pour comprendre quand et pourquoi le glycogène microbien nocif est produit, l’équipe mènera prochainement des études à plus grande échelle sur le microbiote intestinal de patients atteints de SLA/DFT avant et après l’apparition de la maladie », explique le Pr Burburry.

Il ajoute : « Nos résultats soutiennent également la réalisation d’essais cliniques visant à déterminer si la dégradation du glycogène chez ces patients pourrait ralentir la progression de la maladie, essais qui pourraient débuter d’ici un an. » Cette découverte ouvre ainsi une nouvelle ère thérapeutique, où le ciblage du microbiote pourrait devenir une stratégie centrale contre les maladies neurodégénératives.

Cette découverte ouvre la voie à l'expérimentation de nouveaux traitements qui décomposent les sucres nocifs dans l'intestin, et elle ouvre la voie au développement de médicaments agissant sur le lien entre le système digestif et le cerveau, offrant potentiellement un nouvel espoir aux patients souffrant de ces maladies cérébrales dévastatrices.




À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.

Source(s) :
C9orf72 in myeloid cells prevents an inflammatory response to microbial glycogen ; New gut-brain discovery offers hope for treating ALS and dementia ;

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