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07/05/2026

Lupus et grossesse : une association à haut risque ?

Gynécologie et Obstétrique

Par Ana Espino | Publié le 7 mai 2026 | 4 min de lecture


Le lupus érythémateux systémique (LES) est une maladie auto-immune chronique touchant majoritairement les femmes en âge de procréer. La grossesse représente un défi majeur dans ce contexte, en raison des interactions complexes entre les modifications immunologiques, hormonales et vasculaires propres à la gestation et l’activité de la maladie.

Malgré les progrès thérapeutiques, la grossesse chez les patientes lupiques reste associée à un risque accru de complications, nécessitant une prise en charge spécialisée et anticipée.

Cette revue systématique, basée sur l’analyse de 65 études incluant plus de 7800 grossesses, a été initiée de sorte à explorer la relation bidirectionnelle entre lupus et grossesse : d’une part, l’impact du LES sur les issues materno-fœtales, et d’autre part, l’influence de la grossesse sur l’activité de la maladie.


Grossesse et lupus : une interaction complexe


La grossesse induit des adaptations immunitaires majeures visant à tolérer le fœtus. Chez les patientes atteintes de lupus, ces ajustements sont souvent incomplets, favorisant une persistance de l’inflammation et une exacerbation de la maladie.

Les modifications hormonales, notamment l’augmentation des œstrogènes et de la prolactine, stimulent l’activité des lymphocytes B et la production d’auto-anticorps, ce qui peut majorer l’activité du lupus. Parallèlement, les altérations vasculaires et l’inflammation chronique favorisent les complications placentaires et thromboemboliques.

Sur le plan clinique, les poussées de lupus surviennent dans environ 15 à 40 % des grossesses, le plus souvent sous forme modérée. Leur fréquence dépend fortement de l’activité de la maladie au moment de la conception, ce qui souligne l’importance d’une planification rigoureuse de la grossesse.



Quelles conséquences pour la mère et le fœtus ?


Les grossesses chez les patientes lupiques sont associées à un risque significativement accru d’événements indésirables, appelés adverse pregnancy outcomes (APO). Les complications les plus fréquentes incluent :
  • Prématurité (complication la plus fréquente, >30 % des cas) ;
  • Fausses couches et pertes fœtales ;
  • Retard de croissance intra-utérin (RCIU) ;
  • Prééclampsie, dont la fréquence est multipliée par 2 à 3 ;
  • Faible poids de naissance et mortalité néonatale.
Certains facteurs aggravants sont également clairement identifiés :
  • Activité du lupus (notamment lupus néphritique) ;
  • Présence d’anticorps antiphospholipides (aPL), associés à un risque accru de thrombose et de pertes fœtales ;
  • Antécédents obstétricaux défavorables ;
  • Hypertension ou atteinte rénale.
À l’inverse, le traitement par hydroxychloroquine semble avoir un effet protecteur sur les issues de grossesse.



Complications spécifiques : le rôle des auto-anticorps


Les auto-anticorps jouent un rôle central dans les complications fœtales.
  • Les anticorps antiphospholipides favorisent les thromboses placentaires, responsables de RCIU et de décès fœtal ;
  • Les anticorps anti-Ro/SSA et anti-La/SSB peuvent traverser le placenta et induire un lupus néonatal.
Ce dernier est généralement transitoire, mais peut entraîner une complication grave : le bloc auriculo-ventriculaire congénital, parfois irréversible et nécessitant un pacemaker.


Peut-on sécuriser une grossesse chez une patiente lupique ?




La prise en charge repose sur un principe clé : anticipation et multidisciplinarité. Avant la conception, il est recommandé :
  • D’obtenir une maladie quiescente depuis au moins 6 mois ;
  • D’évaluer les facteurs de risque (rein, auto-anticorps, hypertension) ;
  • D’adapter les traitements (arrêt des molécules tératogènes).
Pendant la grossesse, la surveillance doit être étroite et coordonnée (rhumatologue, obstétricien, néphrologue). Le traitement repose notamment sur : Hydroxychloroquine (HCQ) : traitement de fond de référence, sûr pendant la grossesse ;
Corticostéroïdes et immunosuppresseurs compatibles si nécessaire ;
Aspirine faible dose et anticoagulation en cas d’aPL.



 Vers une médecine personnalisée de la grossesse lupique ?



Cette revue, publiée récemment dans Medical Sciences met en évidence une amélioration notable du pronostic des grossesses lupiques, grâce à une meilleure stratification des risques et à l’optimisation des traitements. Cependant, plusieurs défis persistent :
  • Hétérogénéité des études et des définitions ;
  • Difficulté à distinguer poussée lupique et symptômes de grossesse ;
  • Manque d’essais cliniques randomisés.
L’avenir repose sur :
  • L’identification de biomarqueurs prédictifs ;
  • Le développement de thérapies ciblées (biologiques) ;
  • Une approche personnalisée, adaptée au profil immunologique de chaque patiente. 


Conclusion

La grossesse chez les patientes atteintes de lupus reste une situation à risque, mais n’est plus contre-indiquée.

Une planification rigoureuse, une maladie contrôlée et une prise en charge multidisciplinaire permettent aujourd’hui d’améliorer significativement les issues maternelles et fœtales.

« Le lupus et la grossesse constituent un équilibre fragile, nécessitant une médecine de précision pour garantir le meilleur pronostic possible », concluent les auteurs.



              
À lire également : Entre cholestérol et lupus érythémateux disséminé



À propos de l'auteure
 – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante


Source(s) :
Gerede A, et al. Systemic Lupus Erythematosus in Pregnancy. Med Sci (Basel). 2025 Sep 4;13(3):174. doi: 10.3390/medsci13030174. PMID: 40981172; PMCID: PMC12452753. ;

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