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12/03/2026

Mpox et grossesse : un danger pour le fœtus ?

Gynécologie et Obstétrique

Par Ana Espino | Publié le 12 mars 2026 | 3 min de lecture


Le Mpox (anciennement monkeypox) est une zoonose virale due au Monkeypox virus (MPXV), un orthopoxvirus à ADN double brin. Initialement endémique en Afrique centrale et occidentale, le virus a connu une expansion mondiale majeure entre 2022 et 2024, conduisant l’OMS à déclarer une urgence de santé publique. Plus de 80 000 cas ont été rapportés dans plus de 100 pays.
Si la majorité des infections sont bénignes, certaines populations sont à risque de formes graves, notamment les femmes enceintes.

Des complications obstétricales telles que fausses couches, morts fœtales in utero et prématurité ont été décrites. Des données suggèrent également une transmission verticale transplacentaire, soulevant des interrogations sur les mécanismes physiopathologiques impliqués.


Cependant, les données cliniques restent limitées, hétérogènes et souvent issues de contextes à faibles ressources. L’objectif de cette revue, publiée dans le Journal of Medical Virology en 2025, est de synthétiser les connaissances disponibles sur l’infection à MPXV pendant la grossesse, avec un focus particulier sur la transmission materno-fœtale et les implications cliniques.



Le virus traverse-t-il la barrière placentaire ?


Cette revue narrative analyse les données cliniques, épidémiologiques et expérimentales relatives au Mpox chez la femme enceinte. Les données historiques proviennent principalement de cohortes africaines infectées par le clade I, plus virulent. Dans l’étude menée en République Démocratique du Congo (2007–2011), 3 femmes enceintes sur 4 infectées ont présenté une issue fœtale défavorable, incluant des morts fœtales in utero. Un cas documenté de syndrome congénital Mpox associait lésions cutanées diffuses, hydrops fœtal et hépatomégalie. Le virus a été détecté par PCR dans le liquide amniotique, le sang fœtal et le placenta, confirmant une transmission verticale.

À l’inverse, lors de l’épidémie mondiale de 2022–2023 liée au clade IIb, plus de 50 cas de femmes enceintes ont été rapportés sans décès maternel ni complication fœtale majeure documentée. La létalité globale était inférieure à 0,1 %, suggérant une virulence moindre. Les différences inter-clades pourraient s’expliquer par des mutations affectant des protéines d’entrée virale telles que B22R, ainsi que par une capacité réduite de dissémination cellulaire.
 

Les modèles animaux renforcent l’hypothèse d’une transmission in utero. Chez le macaque rhésus, l’infection par le clade IIb a conduit à des décès fœtaux et à une positivité virale des villosités placentaires. Des analyses in vitro ont montré que les trophoblastes extravilleux sont permissifs à l’infection, avec réplication virale et libération de particules via des prolongements filopodiaux.
Sur le plan immunologique, l’infection placentaire induit une réponse inflammatoire marquée, avec activation macrophagique et production accrue de cytokines pro-inflammatoires. Toutefois, les mécanismes précis de franchissement de la barrière fœto-placentaire restent mal définis.

Concernant la prise en charge, le tecovirimat représente l’option antivirale principale, sans signal de tératogénicité chez l’animal. Néanmoins, aucune donnée robuste ne démontre son efficacité dans la prévention de la transmission verticale.



Surveiller, comprendre, anticiper


Le Mpox pendant la grossesse constitue une situation à risque potentiel, particulièrement avec les clades les plus virulents.
Cette revue avait pour objectif d’évaluer les preuves de transmission verticale et les conséquences obstétricales associées. Les données disponibles confirment que le clade I est associé à des complications fœtales sévères, incluant mort in utero et syndrome congénital.

En revanche, le clade IIb, responsable de l’épidémie récente, semble associé à une morbidité obstétricale plus faible.
Les principales limites concernent la faible taille des cohortes, l’absence de suivi systématique des grossesses infectées et le manque d’analyses standardisées des annexes fœtales.

Des études prospectives multicentriques, intégrant analyses placentaires, charge virale et suivi néonatal, sont indispensables pour préciser le risque réel. Une meilleure compréhension du tropisme placentaire et des différences inter-clades permettra d’optimiser la surveillance obstétricale et d’adapter les stratégies thérapeutiques chez les femmes enceintes exposées au MPXV.
 

À lire également : West Nile, la fièvre monte !



À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Andrieu J, et al. Monkeypox Virus and Pregnancy. J Med Virol. 2025 Apr;97(4):e70337. doi: 10.1002/jmv.70337. PMID: 40223710; PMCID: PMC11995370 ;

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