23/01/2026
Pourquoi la thalidomide reste incontournable
Infectiologie
Par Ana Espino | Publié le 23 janvier 2026 | 3 min de lecture
La lèpre est une maladie infectieuse chronique causée par Mycobacterium leprae, touchant principalement la peau et les nerfs périphériques. Elle est caractérisée par un spectre clinique étroitement lié à la réponse immunitaire de l’hôte. L’érythème noueux lépreux (ENL) est une des complications de cette pathologie. Réaction inflammatoire de type 2 survenant chez environ 50 % des patients atteints de formes lépromateuses, elle constitue une cause majeure de morbidité, responsable de douleurs sévères, d’atteintes systémiques et de lésions neurologiques irréversibles.
Les traitements actuels standards de la lèpre reposent sur la polychimiothérapie. Efficace sur l’infection, ils ne permettent pas de prévenir ou de contrôler les réactions immunologiques, en particulier l’ENL. Les corticostéroïdes et la clofazimine présentent une efficacité partielle, souvent limitée par des rechutes, des effets indésirables ou une réponse insuffisante. Les principaux challenges dans la prise en charge de cette pathologie résident donc dans le contrôle rapide et durable de l’ENL, la prévention des séquelles neurologiques et la réduction de la dépendance prolongée aux corticoïdes.
Dans ce contexte, cette étude a été initiée de sorte à synthétiser les données cliniques actuelles sur l’utilisation de la thalidomide dans le traitement de l’ENL, pour en évaluer son efficacité, son mécanisme d’action et ses limites.
Pourquoi aucun traitement ne fait mieux que la thalidomide ?
Dans cette étude, six essais contrôlés, 26 études ouvertes et un suivi longitudinal majeur ont été sélectionnés. Ces études totalisaient plus de 6 000 patients traités pour ENL. Les populations étudiées incluent principalement des patients atteints de lèpre lépromateuse ou borderline lépromateuse, souvent réfractaires aux corticostéroïdes.
Les résultats montrent une réponse clinique rapide et spectaculaire à la thalidomide, généralement en moins d’une semaine, avec une amélioration significative des lésions cutanées, de la fièvre, des douleurs, de la neurite et des manifestations systémiques. Les taux de réponse dépassent 90 % dans la majorité des études, y compris chez des patients corticorésistants. La thalidomide permet également une réduction marquée des doses de corticostéroïdes, constituant un bénéfice clinique majeur.
Sur le plan mécanistique, son action est anti-inflammatoire, principalement liée à une modulation de la production du TNF-α par les monocytes, bien que des mécanismes additionnels soient probables. L’efficacité est reproductible, durable et indépendante de l’effet antibactérien.
La thalidomide, un risque maîtrisé pour un bénéfice majeur
La lèpre reste une maladie chronique complexe, dont les réactions immunologiques, en particulier l’ENL, constituent une cause majeure de morbidité. Les principaux challenges identifiés sont le contrôle rapide des réactions inflammatoires, la prévention des séquelles neurologiques et la limitation des traitements corticothérapiques prolongés.
L’objectif de cette revue était de démontrer la place centrale de la thalidomide dans le traitement de l’ENL. Les résultats confirment que la thalidomide est le traitement le plus efficace à ce jour pour les formes modérées à sévères d’ENL, avec un bénéfice clinique rapide, durable et reproductible.
À lire également : La lèpre : une maladie encore hors de contrôle
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice
scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à
l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et
études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et
accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser
des décisions éclairées grâce à une communication percutante. Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
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