Par Elodie Vaz | Publié le 24 avril
2026 | 3 min de lecture
La maladie d’Alzheimer, forme la plus
fréquente de démence, se caractérise par une neurodégénérescence progressive.
Elle altère d’abord la mémoire, puis l’ensemble des fonctions cognitives,
jusqu’à compromettre l’autonomie quotidienne. Sur le plan biologique, deux
lésions majeures sont impliquées : les dépôts extracellulaires de peptides
amyloïdes bêta et les agrégats intracellulaires de protéine tau. Cette
dernière, normalement impliquée dans la stabilité des microtubules neuronaux,
devient pathologique en s’agrégeant en dégénérescences neurofibrillaires,
contribuant à la mort neuronale et au déclin cognitif.
Une étude publiée le 8 avril 2026 dans Neuron
s’attaque à un point central encore mal compris : le mécanisme de propagation
de la pathologie tau dans le cerveau. Si la diffusion progressive des lésions
suit une topographie bien décrite — du lobe temporal vers le néocortex —, les
modalités exactes de cette propagation restent hypothétiques. L’objectif des
chercheurs est donc d’identifier si et comment les agrégats de tau se déplacent
entre neurones et à travers les réseaux cérébraux.
Croiser connectivité cérébrale et
biologie moléculaire
Pour parvenir à leurs résultats, les
chercheurs ont analysé des échantillons cérébraux post-mortem et des données
longitudinales issues de 128 participants de la cohorte ROSMAP, suivis pendant
près de dix ans. Deux régions cérébrales ont été étudiées pour chaque individu
: le lobe temporal inférieur, impliqué dans la mémoire épisodique, et le lobe
frontal supérieur, associé aux fonctions exécutives.
L’approche combine plusieurs niveaux
d’analyse : quantification des « graines » de tau, données génétiques
individuelles et imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) acquise
avant le décès. L’utilisation de la randomisation mendélienne a permis
d’inférer des relations causales entre la présence de ces graines et la
formation de dégénérescences neurofibrillaires.
La connectivité cérébrale, clé de la
diffusion de tau
Comme l’explique dans un communiqué de
presse, Jeremy Herskowitz, docteur en neurologie et neurobiologie, professeur à
l'UAB, titulaire de la chaire Patsy W. et Charles A. Collat en neurosciences
et auteur principal de cette étude : « Nous avons utilisé une approche
génétique appelée causalité mendélienne pour conclure que les germes neuronaux
générés dans le cortex temporal étaient à l'origine de la pathologie des
dégénérescences neurofibrillaires dans le néocortex. »
Les résultats apportent des éléments
convergents en faveur d’une propagation trans-synaptique de la protéine tau. «
De petits fragments de protéine tau s'agrègent à l'intérieur du neurone et se
propagent de neurone en neurone dans tout le cerveau », précise le professeur
Herskowitz. « Les neurones sont interconnectés et communiquent entre eux par le
biais des synapses. Cela leur permettrait de circuler dans le cerveau […]
jusqu'à atteindre le néocortex. »
L’étude montre que cette diffusion suit
préférentiellement les réseaux neuronaux propres à chaque individu. Autrement
dit, la connectivité cérébrale conditionne la trajectoire, la distance et
potentiellement la vitesse de propagation des agrégats. Les différences
interindividuelles de « câblage » neuronal influencent ainsi directement
l’extension de la pathologie tau.
Cibler la propagation de tau : une
stratégie thérapeutique prometteuse
Il s’agit de « la plus vaste
investigation à ce jour de la bioactivité des agrégats de protéine tau dans le
cerveau humain », combinant pour la première fois données post-mortem et IRMf.
Les résultats confirment que les graines de tau issues du cortex temporal
jouent un rôle causal dans la propagation vers des régions corticales plus
étendues.
Ces travaux renforcent l’hypothèse d’une
propagation active de la pathologie tau le long des circuits neuronaux, offrant
une base mécanistique à la progression anatomique de la maladie d’Alzheimer. «
Il s'agit d'une avancée majeure […] tant pour le développement de thérapies que
pour la compréhension du fonctionnement de la maladie », souligne le
scientifique.
Sur le plan thérapeutique, ces résultats
éclairent le mode d’action potentiel des anticorps anti-tau. « Les anticorps
anti-tau empêcheraient la protéine tau de se propager d'une région du cerveau à
l'autre. Si l'on parvient à stopper cette propagation, on retarderait ou on
empêcherait la maladie d'Alzheimer. »
L’identification précise des voies de
propagation ouvre ainsi la voie à des stratégies ciblant non seulement la
protéine tau elle-même, mais aussi les réseaux neuronaux impliqués. Les
recherches futures devront préciser les mécanismes cellulaires et synaptiques
en jeu, afin de transformer cette compréhension en interventions cliniques
capables de modifier l’histoire naturelle de la maladie.
À lire également : Maladie
d’Alzheimer : un lien direct avec les particules fines
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé,
diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les
empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la
vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au
chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.