Par Elodie Vaz | Publié le 11 mars
2026 | 3 min de lecture
Le cancer colorectal reste un défi majeur
en oncologie. Les immunothérapies ciblant les points de contrôle immunitaire
ont transformé la prise en charge de nombreuses tumeurs, mais leur efficacité
demeure limitée dans cette maladie.
La plupart des patients présentent des
tumeurs dites microsatellites stables, peu sensibles aux traitements visant
l’axe PD-1/PD-L1 immune checkpoint. Les anticorps monoclonaux utilisés
actuellement présentent aussi plusieurs limites. Leur grande taille réduit leur
pénétration dans les tumeurs, ils peuvent provoquer des effets indésirables
immunitaires et leur production reste coûteuse. Dans certaines formes
agressives liées à une inflammation chronique de l’intestin, comme le cancer
colorectal associé à la colite, ces traitements se montrent même largement
inefficaces.
Tester une nouvelle
génération d’anticorps miniatures
Dans une étude publiée dans eGastroenterology,
des chercheurs ont exploré une approche innovante reposant sur des nanocorps
codés par ARNm. Les nanocorps sont de minuscules anticorps à domaine unique,
initialement découverts chez les camélidés et les requins. Leur taille –
environ 15 kDa contre 150 kDa pour un anticorps classique – leur permet de
mieux pénétrer les tissus tumoraux tout en conservant une forte affinité de
liaison.
Mais cette petite taille présente aussi
un inconvénient. Les nanocorps sont éliminés rapidement par les reins. Pour
contourner ce problème, les chercheurs ont conçu un nanocorps « quadruple »,
associant quatre nanocorps anti-PD-L1 reliés entre eux par des connecteurs
flexibles. L’objectif est d’augmenter la durée de circulation de la molécule
tout en conservant ses avantages.
Une administration
inspirée des vaccins à ARNm
Pour produire ces nanocorps dans
l’organisme, l’équipe a utilisé une technologie d’administration basée sur des
nanoparticules lipidiques contenant un ARNm modifié. Cette stratégie,
popularisée par les vaccins contre la COVID-19, permet aux cellules de fabriquer
directement la molécule thérapeutique.
Les chercheurs ont conçu deux versions :
une forme monomérique et une forme quadruple. Ces constructions ont été testées
dans plusieurs modèles murins de cancer colorectal afin d’évaluer leur
efficacité antitumorale.
Des résultats nettement
supérieurs avec le nanocorps quadruple
Les résultats montrent une différence
marquée entre les deux formats. Si l’ARNm codant un nanocorps unique ralentit
légèrement la croissance tumorale, la version quadruple présente une efficacité
bien supérieure. Elle reste environ deux fois plus longtemps dans la
circulation sanguine et maintient des concentrations thérapeutiques plus
élevées.
Chez des souris porteuses de tumeurs
colorectales sporadiques, quatre injections de nanoparticules lipidiques ont
significativement freiné la progression tumorale, avec des effets visibles
après la troisième administration.
L’approche s’est révélée encore plus
notable dans les modèles de cancer colorectal associé à la colite, une
situation où les anticorps anti-PD-L1 classiques échouent généralement. Le
traitement a réduit l’incidence et le nombre de tumeurs.
Les analyses ont également montré un
remodelage du microenvironnement tumoral : diminution des cellules
immunosuppressives d’origine myéloïde et des macrophages associés aux tumeurs,
mais augmentation des lymphocytes T CD8+, essentiels à la réponse immunitaire
anticancéreuse.
Vers de nouvelles
stratégies thérapeutiques
Les chercheurs ont également observé que
les nanoparticules d’ARNm pouvaient influencer directement le développement des
cellules immunitaires. In vitro, elles inhibent la différenciation de cellules
souches hématopoïétiques en macrophages et réduisent l’expression de plusieurs
marqueurs immunosuppresseurs.
Cette étude préclinique suggère ainsi que
les nanocorps anti-PD-L1 codés par ARNm pourraient constituer une nouvelle
approche d’immunothérapie pour les patients atteints de cancer colorectal. À
l’avenir, les chercheurs envisagent des stratégies combinées, associant
plusieurs nanocorps ciblant différents points de contrôle immunitaire ou les
combinant avec la chimiothérapie ou la radiothérapie. Une perspective qui
pourrait ouvrir la voie à des traitements plus efficaces pour les formes de
cancer colorectal aujourd’hui résistantes aux immunothérapies.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et,
plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010,
elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope
contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent
environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à
celle des Hommes.