Par Ana Espino | Publié le 22 juin 2026 | 4 min de lecture
Le cancer de la peau est aujourd’hui le cancer le plus
fréquent dans le monde. Chaque année, plusieurs millions de nouveaux cas de
carcinomes cutanés et de mélanomes sont diagnostiqués, principalement en raison
de l’exposition cumulative au soleil. Depuis plusieurs décennies, les
recommandations de prévention reposent essentiellement sur l’utilisation
d’écrans solaires, le port de vêtements protecteurs et la limitation de
l’exposition aux rayonnements ultraviolets (UV). Pourtant, malgré ces mesures,
l’incidence des cancers cutanés continue d’augmenter dans de nombreux pays.
Cette situation soulève plusieurs questions. Les crèmes
solaires offrent-elles une protection suffisante contre toutes les formes de
rayonnement solaire ? D’autres mécanismes biologiques interviennent-ils dans le
développement des cancers cutanés ? Et de nouvelles stratégies pourraient-elles
renforcer la prévention chez les personnes les plus exposées ? Pour faire le
point, des dermatologues espagnols ont passé en revue les données les plus
récentes concernant la photoprotection et les nouvelles approches de prévention
du cancer de la peau.
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Une protection qui va bien au-delà des filtres UV
Les auteurs rappellent tout d’abord que l’efficacité des
écrans solaires est aujourd’hui bien établie pour réduire les kératoses
actiniques et les carcinomes épidermoïdes cutanés. L’essai australien Nambour,
l’une des études de référence dans ce domaine, a notamment montré qu’une
application quotidienne de crème solaire permettait de diminuer d’environ 40 %
le risque de carcinome épidermoïde. Les bénéfices semblent également exister
pour le mélanome, même si les données restent moins robustes.
La revue met toutefois en évidence que la photoprotection ne
se limite plus aux seuls filtres anti-UV. Plusieurs molécules capables de
réparer les dommages cellulaires induits par le soleil attirent désormais
l’attention des chercheurs. Parmi elles, les enzymes de réparation de l’ADN,
comme la photolyase, ont montré leur capacité à réduire certaines lésions
génétiques provoquées par les UV et à améliorer les kératoses actiniques chez
des patients à risque.
Les chercheurs se sont également intéressés aux
antioxydants. L’extrait de Polypodium leucotomos, une fougère tropicale
utilisée par voie orale ou topique, apparaît comme l’un des composés les plus
prometteurs. Plusieurs études rapportent une diminution des lésions
précancéreuses et une réduction du stress oxydatif induit par le soleil. La
nicotinamide, une forme de vitamine B3, a également montré un potentiel
intéressant pour limiter l’apparition de nouvelles lésions cutanées chez
certains patients à haut risque.
Autre découverte marquante : la lumière visible, notamment
la lumière bleue à haute énergie, pourrait contribuer aux dommages cutanés. Des
travaux expérimentaux suggèrent qu’elle favorise le stress oxydatif et pourrait
perturber les mécanismes de réparation de l’ADN après une exposition aux UV.
Ces résultats renforcent l’intérêt des protections solaires couvrant un spectre
plus large que les seuls UVA et UVB.
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Vers une photoprotection plus personnalisée ?
Cette revue confirme que la prévention du cancer cutané
repose toujours sur les mesures classiques : limitation de l’exposition
solaire, recherche d’ombre, vêtements protecteurs et utilisation régulière
d’écrans solaires à large spectre. Cependant, elle montre également que de
nouvelles approches pourraient renforcer cette protection, notamment grâce aux
antioxydants, aux enzymes de réparation de l’ADN et à certains compléments
oraux.
Les auteurs soulignent néanmoins que plusieurs incertitudes
persistent. Les données concernant la prévention du mélanome restent
hétérogènes et l’impact réel de certaines stratégies complémentaires doit
encore être confirmé par des études de grande ampleur. De même, le rôle exact
de la lumière visible dans la carcinogenèse cutanée demeure encore débattu.
Malgré ces limites, cette revue illustre l’évolution rapide
du concept de photoprotection. À l’avenir, la prévention du cancer de la peau
pourrait s’appuyer sur une combinaison de filtres solaires, de molécules
biologiquement actives et d’approches personnalisées adaptées au profil de
risque de chaque individu. Une perspective particulièrement importante alors
que l’exposition solaire et le vieillissement de la population continuent
d’alimenter la progression mondiale des cancers cutanés.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.