Par Ana Espino | Publié le 11 mai 2026 | 4 min de lecture
Les hantavirus sont des virus zoonotiques à ARN simple brin,
segmenté et de polarité négative, appartenant à la famille Hantaviridae.
Transmis principalement à l’humain par les rongeurs, via l’inhalation
d’aérosols contaminés par l’urine, les fèces ou la salive, ils provoquent deux
grands syndromes : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal et le syndrome
pulmonaire ou cardiopulmonaire à hantavirus. Ces infections représentent une
menace émergente de santé publique, avec plus de 200 000 cas rapportés chaque
année dans le monde.
La prise en charge actuelle repose surtout sur les soins de
support : hospitalisation, soins intensifs, oxygénothérapie, ventilation
mécanique, hémofiltration, dialyse ou correction des troubles
hydro-électrolytiques selon l’atteinte pulmonaire ou rénale. La ribavirine est
l’un des rares antiviraux utilisés, mais son efficacité semble surtout dépendre
d’une administration très précoce. À ce jour, il n’existe pas de traitement
antiviral spécifique ni de vaccin approuvé mondialement contre les infections à
hantavirus.
Un défi supplémentaire est lié à la diversité des
hantavirus, à leur transmission zoonotique, à la variabilité des tableaux
cliniques et à la sévérité potentielle des formes pulmonaires ou rénales. Un
autre défi majeur est thérapeutique. Plusieurs approches sont prometteuses en
laboratoire ou chez l’animal, mais leur efficacité chez l’humain reste
insuffisamment démontrée. Les stratégies comme les siRNA, les anticorps
neutralisants ou certains antiviraux se heurtent encore à des limites de
stabilité, de ciblage in vivo, de sécurité, de standardisation et de production
à grande échelle.
L’objectif de cette revue est de présenter les connaissances
actuelles sur les infections à hantavirus et de faire le point sur les avancées
thérapeutiques récentes. Les auteurs s’intéressent notamment aux antiviraux,
aux thérapies ciblant l’entrée ou la réplication virale, aux approches par ARN
interférent, à l’immunothérapie et aux candidats vaccins capables de réduire la
progression de l’infection et le risque de formes sévères.
Hantavirus : cap sur l’innovation
Dans cet article, plusieurs dimensions de l’infection à
hantavirus ont été portée à l’étude : épidémiologie, structure virale,
pathogénie, diagnostic, prise en charge clinique, traitements antiviraux,
immunothérapie et vaccins en développement. Les données discutées proviennent
d’études in vitro, de modèles animaux, de travaux précliniques, d’essais
cliniques, d’observations humaines ou de données épidémiologiques multicentriques.
L’article montre que les hantavirus infectent principalement
les cellules endothéliales, c’est-à-dire les cellules qui tapissent les
vaisseaux sanguins, en particulier au niveau des poumons et des reins. Cette
atteinte entraîne une forte réaction inflammatoire et perturbe la perméabilité
des vaisseaux. Les liquides s’épanchent plus facilement vers les tissus, contribuant
aux œdèmes pulmonaires, aux atteintes rénales et aux formes graves de la
maladie.
Plusieurs stratégies thérapeutiques ont ensuite été portées
à l’étude. Une première approche consiste à empêcher le virus d’entrer dans les
cellules. Des molécules comme la lactoferrine, la griffithsin ou certains
peptides pourraient bloquer l’attachement du virus ou sa pénétration dans la
cellule hôte. Cependant, ces traitements semblent surtout efficaces lorsqu’ils
sont administrés très tôt, avant que l’infection ne soit trop avancée.
Une autre stratégie vise à limiter la multiplication du
virus. Des molécules comme la ribavirine, le favipiravir, l’ETAR ou le
baloxavir acid agissent sur la réplication virale ou sur certaines enzymes
nécessaires au cycle du virus. Ces traitements ont montré des résultats
encourageants dans des modèles expérimentaux, mais leur efficacité reste plus
limitée lorsque l’infection est avancée.
Les thérapies par ARN interférent (siRNA) ont également été
étudiées. Ces molécules ciblent directement certaines parties du génome viral
afin de réduire la production d’ARN viral et la réplication du virus. Bien que
cette approche soit prometteuse, elle reste difficile à appliquer chez
l’humain, notamment en raison de la faible stabilité des siRNA et de la
difficulté à cibler les tissus infectés.
Certaines stratégies ne cherchent pas uniquement à bloquer
le virus, mais plutôt à limiter les conséquences de l’infection sur
l’organisme. Par exemple, le vandetanib ou l’icatibant pourraient contribuer à
réduire l’hyperperméabilité vasculaire, qui joue un rôle central dans les
complications sévères des infections à hantavirus.
Enfin, l’immunothérapie et la vaccination apparaissent comme
des pistes majeures. Les anticorps neutralisants ont montré une protection dans
plusieurs modèles animaux. De même, plusieurs candidats vaccins sont en
développement. Ces approches sont prometteuses, mais nécessitent encore des
études cliniques solides afin de confirmer leur sécurité, leur efficacité et
leur intérêt chez l’humain.
Des pistes pour vaincre les hantavirus ?
Les hantavirus sont des virus zoonotiques transmis
principalement par les rongeurs et responsables de syndromes sévères à tropisme
rénal ou pulmonaire. Les principaux défis dans la prise en charge de cette
pathologie concernent l’absence de traitement spécifique validé, l’absence de
vaccin disponible, la nécessité d’intervenir très tôt dans l’infection et la
difficulté de transformer les résultats précliniques en solutions cliniques
efficaces.
Dans ce contexte, cette étude avait pour objectif de faire
le point sur les avancées thérapeutiques contre les infections à hantavirus, en
intégrant les antiviraux, les approches immunologiques, les siRNA, les
traitements ciblant l’hôte et les candidats vaccins. Les données démontrent que
les stratégies combinées semblent les plus prometteuses. Une prise en charge
efficace pourrait associer des antiviraux précoces, des anticorps
neutralisants, des approches immunomodulatrices et des vaccins capables de prévenir
l’infection dans les zones à risque. Les résultats expérimentaux sont
encourageants, mais ils doivent encore être confirmés chez l’humain.
Les perspectives incluent le développement de vaccins plus
efficaces et plus durables, l’amélioration des systèmes de délivrance des
siRNA, la validation clinique des anticorps monoclonaux ou polyclonaux, et
l’étude de traitements combinant antiviraux et immunomodulateurs. Les auteurs
soulignent également l’intérêt de mieux cibler les mécanismes inflammatoires et
vasculaires responsables de la sévérité des formes HFRS et HPS/HCPS.
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À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la
recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie
et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et
accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des
décisions éclairées grâce à une communication percutante.