Par Elodie Vaz | Publié le 12 mai
2026 | 4 min de lecture
Le placenta est un organe transitoire
mais essentiel au bon déroulement de la grossesse. Interface entre la mère et
le fœtus, il assure les échanges gazeux, nutritifs et hormonaux indispensables
au développement embryonnaire. Pourtant, malgré son rôle central, sa
surveillance clinique reste indirecte, reposant principalement sur l’évaluation
de la croissance fœtale et de certains paramètres physiologiques. Ce manque
d’observation directe limite la compréhension fine de son fonctionnement, alors
même que le dysfonctionnement placentaire reste une cause majeure de
complications obstétricales et de mortinaissances.
Des travaux antérieurs avaient déjà
suggéré l’existence de contractions localisées du placenta, distinctes des
contractions utérines classiques. Toutefois, leurs caractéristiques
fondamentales et leur fréquence restaient mal définies.
Caractériser les contractions
placentaires
Dans une étude publiée le 29 avril 2026
dans PLOS One, une équipe de l’Université de Nottingham a cherché à
mieux comprendre ces phénomènes. L’objectif : caractériser précisément les
contractions placentaires et déterminer leur fréquence dans des grossesses
physiologiques, tout en les distinguant des contractions de la paroi utérine.
Comme le souligne la Dre Louise Dewick, «
cette recherche est essentielle pour mieux comprendre le fonctionnement précis
du placenta pendant la grossesse. »
L’IRM et l’intelligence artificielle
au service de l’observation
Les chercheurs ont recruté 36 femmes
enceintes en bonne santé, entre 29 et 42 semaines d’aménorrhée. Chaque
participante a bénéficié d’un examen par imagerie par résonance magnétique
(IRM) d’une durée comprise entre 15 et 32 minutes.
L’analyse des données a reposé sur un
réseau neuronal automatisé capable de suivre, en temps réel, les variations du
volume, de la surface et de la morphologie du placenta et de l’utérus. Cette
approche a permis d’objectiver les dynamiques contractiles avec une précision
inédite.
Des contractions observées dans 60 %
des cas
Les résultats révèlent que des
contractions placentaires surviennent dans au moins 60 % des grossesses saines
étudiées. Leur fréquence médiane est d’environ deux épisodes par heure, pour
une durée moyenne de 2,4 minutes.
Contrairement aux contractions utérines,
ces contractions placentaires modifient davantage la forme du placenta et
présentent une durée plus longue. L’ensemble des contractions observées,
qu’elles soient placentaires ou utérines, s’accompagnent d’une augmentation
d’un signal IRM associé à la présence de sang désoxygéné.
Un élément clé de l’étude se trouve dans
l’identification d’un marqueur morphologique : le degré de sphéricité du
placenta. Les chercheurs montrent que cette variation de forme pourrait
permettre de distinguer automatiquement les contractions placentaires des
contractions utérines.
La Dre Dewick précise : « Grâce à
l'imagerie par résonance magnétique (IRM), nous avons, pour la première fois,
clairement caractérisé les contractions placentaires. Nous avons montré
qu'elles survenaient chez au moins 60 % des participantes enceintes en bonne
santé, avec une fréquence moyenne de deux contractions par heure d'une durée de
2,4 minutes. »
Des nouveaux outils de surveillance
placentaire
Malgré certaines limites — notamment la
taille restreinte de l’échantillon et la durée relativement courte des examens
—, cette étude apporte des éléments fondamentaux sur la physiologie
placentaire. Elle ouvre la voie à une meilleure compréhension des mécanismes
contractiles de cet organe.
Pour la professeure Penny Gowland, « les
progrès de l'IRM nous permettent d'utiliser l'imagerie pour déterminer avec
précision ce qui se passe à l'intérieur du corps d'une femme enceinte […] elles
pourraient également permettre d'améliorer le dépistage des problèmes
potentiels pendant la grossesse. »
Ces résultats posent ainsi les bases de
futures recherches visant à comparer ces contractions dans des contextes
pathologiques, tels que le retard de croissance intra-utérin ou la
prééclampsie. À terme, l’identification de signatures fonctionnelles du placenta
pourrait transformer les stratégies de dépistage et de suivi des grossesses à
risque.
Enfin, comme le souligne Amy Turnball,
cette avancée repose sur une collaboration interdisciplinaire étroite : « ce
qui m’a le plus marqué dans ce projet, c’est le travail au sein d’une équipe
interdisciplinaire […] pour faire une découverte totalement inédite. » Une
approche collaborative qui pourrait s’avérer déterminante pour percer les
mécanismes encore largement méconnus de cet organe vital.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023 Élodie,
explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus
largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a
passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre
un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement
et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des
Hommes.