Par Carolina Lima | Publié le 20 novembre 2025 | 3 min de lectureL’examen rectal digital (ERD) a
longtemps constitué un outil clé dans la détection précoce du cancer de la
prostate (CaP). Avant l’utilisation généralisée du dosage de l’antigène
prostatique spécifique (PSA), l’ERD était la méthode principale pour repérer
les tumeurs potentiellement agressives. L’introduction du PSA a transformé la
détection précoce en permettant d’identifier des cancers même chez des hommes
asymptomatiques, entraînant une évolution des pratiques de dépistage. Avec
l’adoption du PSA comme standard, la valeur de l’ERD dans le dépistage de
routine a été de plus en plus remise en question.
Malgré cette évolution, certaines
recommandations – comme celles de l’Association Française d’Urologie (AFU) –
préconisent encore l’association ERD + PSA. Cette revue réexamine les données,
notamment issues de la branche de Rotterdam de l’essai européen ERSPC (European
Randomized Study of Screening for Prostate Cancer), afin de déterminer si l’ERD
reste pertinent dans les protocoles actuels de dépistage.
Enseignements de l’étude ERSPC
L’ERSPC, l’un des plus grands
essais de dépistage du cancer de la prostate, a inclus plus de 180 000 hommes
dans huit pays européens. Les résultats ont montré une réduction de 21 % de la
mortalité liée au cancer de la prostate dans le groupe dépisté par PSA. L’ERD
faisait initialement partie du protocole, mais son utilisation a
progressivement été abandonnée. À la fin des années 1990, de nombreux centres
avaient cessé de pratiquer l’ERD, en particulier chez les hommes dont le PSA
était inférieur à 1 ng/mL.
Les investigateurs de l’ERSPC ont
réalisé plusieurs analyses pour évaluer l’intérêt de l’ERD. Une première étude
a montré que l’ERD présentait une faible valeur prédictive positive, en
particulier chez les hommes ayant un PSA < 4 ng/mL. Dans ce groupe, des
centaines d’examens étaient nécessaires pour détecter un seul cancer
cliniquement significatif. Beaucoup des tumeurs identifiées étaient petites, de
faible grade, et probablement des faux positifs.
Limites de l’ERD
Plusieurs études citées
soulignent les limites de l’ERD :
- Reproductibilité
médiocre : les résultats varient fortement, même chez des urologues
expérimentés.
- Valeur
limitée en cas de PSA bas : l’ERD ne permet pas de détecter de manière fiable
les cancers significatifs lorsque le PSA est < 4 ng/mL.
- Baisse
de participation au dépistage : jusqu’à 22 % des hommes refusent le dépistage
si l’ERD est inclus, en raison d’un inconfort ou d’une réticence.
Utilisation sélective vs
dépistage systématique
Bien que certaines
recommandations, comme celles de l’AFU, maintiennent l’association ERD + PSA,
les données montrent un bénéfice additionnel limité. L’ERD peut aider à
identifier des cancers de haut grade lorsque le PSA est élevé, mais il détecte
rarement des cancers agressifs seul, notamment chez les hommes avec un PSA
entre 2 et 3,9 ng/mL.
Les analyses ultérieures de l’ERSPC ont confirmé la
supériorité du PSA : abaisser le seuil de PSA à 3 ng/mL et supprimer l’ERD a
amélioré la précision du dépistage et réduit les biopsies inutiles. Lors du
troisième cycle de dépistage, le PSA seul permettait de détecter 97 à 98 % des
cancers, l’ERD n’en apportant que 2 à 3 %.
Tendances internationales
De grands essais tels que
Göteborg (Suède) et CAP (Royaume-Uni) se sont appuyés uniquement sur le PSA et
ont confirmé son efficacité dans la réduction de la mortalité par cancer de la
prostate. À l’inverse, l’essai PLCO (États-Unis), qui incluait l’ERD, n’a
montré aucun bénéfice supplémentaire en termes de survie, suggérant que l’ERD
apporte peu au dépistage à base de PSA.
Certaines études, comme celles de
Borden et al., ont suggéré que l’ERD pourrait aider à identifier des cancers de
haut grade. Cependant, ces résultats proviennent surtout de situations
diagnostiques – et non de dépistage – et la reproductibilité reste problématique.
Conclusion : vers un dépistage
basé sur le PSA
Les données issues de l’ERSPC et
d’autres études montrent de manière cohérente que l’ERD apporte peu au
dépistage du cancer de la prostate lorsque le PSA est disponible. S’il peut
garder un rôle dans certaines situations diagnostiques ciblées, son utilisation
systématique dans le dépistage devient de plus en plus difficile à justifier.
Le PSA offre une meilleure précision, plus de constance, et est mieux accepté
par les patients.
Les stratégies futures devraient
s’orienter vers une approche personnalisée, fondée sur le PSA et les facteurs
de risque individuels, afin de réduire les procédures inutiles. La revue
conclut que dans les régions où le dépistage par PSA est bien établi, l’ERD n’a
plus besoin d’être systématiquement inclus.
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À propos de l’auteure – Carolina Lima
Docteure spécialisée en anesthésiologie
Carolina est spécialiste en anesthésiologie et nourrit une profonde passion pour l’apprentissage et le partage des connaissances médicales. Dévouée à l’avancement de sa discipline, la Dre Lima s’efforce d’apporter à la communauté médicale des perspectives nouvelles fondées sur les données probantes. Considérant la médecine non pas simplement comme une profession, mais comme un parcours d’apprentissage continu tout au long de la vie, la Dre Lima s’engage à rendre l’information complexe claire, pratique et utile pour les professionnels de santé du monde entier.