Par Elodie Vaz | Publié le 27 mars 2026 | 4 min de lecture
Les maladies cardiovasculaires sont la
première cause de mortalité dans de nombreux pays. Si leurs déterminants
classiques sont bien identifiés, l’influence des facteurs environnementaux,
notamment la température, reste encore insuffisamment intégrée dans les
stratégies de prévention. Pourtant, l’exposition à des conditions climatiques
extrêmes pourrait moduler significativement le risque d’événements
cardiovasculaires.
Quantifier
l’impact du froid sur la mortalité
Une étude publiée le 24 mars dans la
revue American Journal Of Preventive Cardiology et présentée lors du congrès
annuel de l’American College of Cardiology (ACC.26) s’est donné pour objectif
d’évaluer de manière exhaustive l’association entre températures ambiantes et
mortalité cardiovasculaire aux États-Unis. Elle vise à combler un manque de
données à grande échelle, les travaux antérieurs étant souvent limités à
certaines régions ou populations spécifiques.
Comme le souligne l’auteur principal,
Pedro Rafael Vieira De Oliveira Salerno, « c’est la première fois que nous
disposons de chiffres concrets pour la majeure partie des États-Unis, et nous
avons constaté que le fardeau des décès excédentaires associés au rhume est
considérable ».
Une analyse
populationnelle sur deux décennies
Les chercheurs ont analysé les données de
819 localités américaines, représentant environ 80 % de la population âgée de
plus de 25 ans. L’étude couvre une période de vingt ans, de 2000 à 2020, en
croisant les températures mensuelles avec le nombre total de décès
cardiovasculaires.
Cette approche a permis d’identifier une
température optimale associée à la mortalité la plus faible, estimée à 23 °C.
Les variations autour de ce seuil ont ensuite été analysées afin d’évaluer leur
impact sur la mortalité.
Une relation en U
dominée par l’effet du froid
Les résultats mettent en évidence une
relation en U asymétrique entre température et mortalité cardiovasculaire. Si
les températures extrêmes comme le froid ou la ch0000aleur sont associées à une
augmentation des décès, l’impact du froid apparaît nettement plus marqué.
Sur la période étudiée, le froid serait
responsable d’environ 40 000 décès cardiovasculaires supplémentaires par an,
soit 6,3 % de l’ensemble des décès liés à ces pathologies, représentant un
total de 800 000 décès en vingt ans. À titre de comparaison, la chaleur extrême
serait associée à environ 2 000 décès supplémentaires par an.
Ces effets s’expliquent par plusieurs
mécanismes physiopathologiques : vasoconstriction, augmentation de la pression
artérielle et activation de processus inflammatoires, autant de facteurs
favorisant les événements cardiovasculaires. Les populations âgées et les
patients atteints de maladies chroniques apparaissent particulièrement
vulnérables.
Une vulnérabilité
accrue dans un contexte de transition épidémiologique
L’étude souligne également l’interaction
entre conditions climatiques et prévalence croissante des maladies chroniques.
« Avec l’augmentation des taux de maladies chroniques comme le diabète,
l’insuffisance cardiaque et les maladies rénales chroniques aux États-Unis, on
peut s’attendre à une hausse du nombre de personnes plus vulnérables aux effets
des températures extrêmes », précise le professeur Salerno.
Anticiper un
risque encore sous-évalué
Ces résultats invitent à reconsidérer la
place du froid dans les politiques de santé publique et d’adaptation au
changement climatique. « Nous avons tendance à nous concentrer sur les impacts
du changement climatique liés à la chaleur, mais le changement climatique
inclut également le froid extrême. Nous devons mettre en place des mesures
d'atténuation non seulement pour la chaleur, mais aussi pour le froid »,
souligne le professeur.
Au-delà de la prévention, ces données ont
également des implications organisationnelles. « Il est important, tant pour la
planification de la santé publique que pour les institutions, d'anticiper une
augmentation des appels aux services d'urgence et de la mortalité hospitalière
pendant les périodes de froid. Nos systèmes doivent être préparés à cet afflux
de patients », ajoute-t-il.
Une ouverture
vers une médecine climatique
Malgré certaines limites, notamment
l’utilisation de données mensuelles et une analyse au niveau populationnel,
cette étude fournit un cadre robuste pour appréhender l’impact des températures
sur la santé cardiovasculaire.
À l’heure où les effets du changement
climatique redessinent les profils de risque, ces travaux plaident pour une
intégration plus systématique des variables climatiques dans la prévention
cardiovasculaire. Une approche qui pourrait, à terme, contribuer à une médecine
plus anticipatrice, à l’interface entre environnement et santé.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et,
plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010,
elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope
contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent
environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à
celle des Hommes.