Le cancer colorectal (CCR) est le troisième cancer le plus diagnostiqué au monde et la deuxième cause de mortalité par cancer. En 2022, plus de 1,9 million de nouveaux cas et 881 984 décès ont été enregistrés à l’échelle mondiale. Traditionnellement considéré comme un cancer des pays occidentaux, le CCR connaît une évolution contrastée. Les
Le cancer colorectal (CCR)
est le troisième cancer le plus diagnostiqué au monde et la deuxième
cause de mortalité par cancer. En 2022, plus de 1,9 million de nouveaux
cas et 881 984 décès ont été enregistrés à l’échelle mondiale. Traditionnellement considéré
comme un cancer des pays occidentaux, le CCR connaît une évolution contrastée.
Les pays à hauts revenus observent une stabilisation, voire une diminution de
l’incidence globale grâce au dépistage.
En revanche, plusieurs pays à revenu
intermédiaire, dont l’Inde, enregistrent une augmentation progressive des
cas. En Inde, le CCR représente le quatrième
cancer le plus fréquent, avec 64 863 nouveaux cas et 38 367 décès en
2022. Bien que l’incidence reste inférieure à celle des pays occidentaux,
la mortalité proportionnellement élevée et la survie à 5 ans limitée (≈34–38
%) traduisent un diagnostic tardif et des inégalités d’accès aux soins. Cette revue narrative publiée
dans l’Indian Journal of Gastroenterology analyse l’épidémiologie du
CCR avec un focus spécifique sur l’Inde, en détaillant tendances, facteurs
de risque et perspectives de prévention.
Urbanisation et
alimentation : les vrais coupables ?
Cette revue s’appuie sur les
données du GLOBOCAN 2022, des registres indiens du cancer et de plus de 50
études internationales incluant cohortes, études cas-témoins et
méta-analyses. L’analyse couvre l’incidence, la mortalité, la survie et les
facteurs de risque modifiables et non modifiables. En Inde, l’incidence ajustée
sur l’âge (AAR) est de 5,7/100 000 chez les hommes et 3,4/100 000
chez les femmes. Les disparités régionales sont marquées, avec une
incidence jusqu’à deux à cinq fois plus élevée en zones urbaines
comparées aux zones rurales. Contrairement aux pays
occidentaux, l’Inde connaît une augmentation annuelle de 2 à 3 % depuis
deux décennies. Les projections suggèrent un doublement de l’incidence et de
la mortalité d’ici 2050.Les facteurs alimentaires jouent
un rôle central. La consommation de viandes rouges et transformées,
d’aliments frits et de boissons sucrées augmente significativement le risque. À
l’inverse, une alimentation riche en fibres, fruits, légumes, produits
laitiers, poissons, légumineuses et céréales complètes est protectrice. Les facteurs comportementaux
incluent le tabagisme, l’alcool, la sédentarité et l’obésité,
fortement associés au risque tumoral. Les comorbidités comme le diabète,
le syndrome métabolique et les maladies inflammatoires chroniques
intestinales augmentent également le risque. Des facteurs génétiques et
familiaux, notamment le syndrome de Lynch, les polypes colorectaux
familiaux et les mutations BRCA, contribuent au risque individuel.
Enfin, certains médicaments comme
la metformine et l’aspirine montrent un effet protecteur, tandis
que l’exposition aux pesticides, radiations et environnements industriels
est associée à un sur-risque .
Agir maintenant pour éviter
le doublement
Le cancer colorectal en Inde
illustre une transition épidémiologique liée à l’urbanisation et aux
changements alimentaires. Malgré une incidence encore modérée, la progression
constante et la mortalité élevée constituent un signal d’alerte. Cette revue visait à synthétiser
les données épidémiologiques et à identifier les leviers de prévention
prioritaires. Les résultats confirment que près des trois quarts du fardeau
du CCR sont attribuables à des facteurs modifiables.
Toutefois, les données indiennes
reposent majoritairement sur des études hospitalières et cas-témoins, exposées
à des biais méthodologiques. L’absence de programmes nationaux de dépistage
limite également la détection précoce.
Dans un contexte de ressources
limitées, un dépistage de masse systématique n’est pas actuellement
recommandé. Une stratégie pragmatique repose sur le dépistage ciblé des
populations à haut risque, l’éducation sanitaire et la modification des
comportements alimentaires et métaboliques.
À terme, l’intégration de
politiques nutritionnelles, la lutte contre l’obésité et l’amélioration de
l’accès au diagnostic pourraient freiner l’augmentation attendue du CCR en Inde
et réduire durablement son impact sanitaire.
À propos de l'auteure – Ana Espino Docteure en immunologie, spécialisée en virologie Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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Référence scientifique
Shivshankar S, et al. Epidemiology of colorectal cancer: A review with special emphasis on India. Indian J Gastroenterol. 2025 Apr;44(2):142-153