Par Elodie Vaz |
Publié le 18 mai 2026 | 4 min de lecture
Le glaucome est l’une des principales
causes de cécité irréversible dans le monde. Cette neuropathie optique
progressive, caractérisée par une atteinte du nerf optique souvent liée à une
élévation de la pression intraoculaire, soulève encore de nombreuses
interrogations quant à ses mécanismes physiopathologiques. Parmi les pistes
explorées figure le rôle de la vascularisation cérébrale et oculaire, déjà
impliquée dans une autre pathologie neurologique fréquente : la migraine.
Une étude publiée le 6 mai 2026 dans
American Academy of Neurology au sein de la revue Neurology suggère désormais
qu’une classe récente de traitements préventifs de la migraine, les inhibiteurs
du peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP), pourrait être associée à une
diminution du risque de glaucome.
Les inhibiteurs
du CGRP au cœur des recherches
Des travaux antérieurs avaient déjà mis
en évidence un lien entre migraine et glaucome, les deux affections partageant
des anomalies de régulation du flux sanguin cérébral et oculaire. Les
chercheurs ont donc cherché à déterminer si les inhibiteurs du CGRP, utilisés
en prévention de la migraine, pouvaient influencer le risque de développer un
glaucome.
« Le glaucome est une cause majeure de
cécité, et des études ont établi un lien entre la migraine et un risque accru
de glaucome, ces deux affections affectant la capacité des vaisseaux sanguins
cérébraux à moduler le flux sanguin en réponse à des stimuli », explique dans
un communiqué de presse Chien-Hsiang Weng, auteur principal de l’étude. « Les
inhibiteurs du CGRP contribuant à réguler la contraction des vaisseaux sanguins
et l'inflammation du système nerveux, on espérait que ces médicaments pourraient
améliorer la santé oculaire des personnes à risque de glaucome. »
Les inhibiteurs du CGRP constituent une
famille thérapeutique récente ciblant un neuropeptide impliqué dans la
physiopathologie migraineuse. Parmi eux figurent des anticorps monoclonaux —
érénumab, frémanezumab, galcanézumab et eptinézumab — ainsi que des
antagonistes des récepteurs du CGRP, appelés « gépants », comme l’atogépant et
le rimégépant.
Pour conduire leur analyse, les
chercheurs ont exploité une base de données de soins de santé regroupant des
patients ayant reçu une nouvelle prescription de traitement préventif contre la
migraine, avec au moins un renouvellement d’ordonnance. Les participants ont
ensuite été suivis pendant une durée pouvant atteindre trois ans afin
d’identifier les nouveaux cas de glaucome.
L’étude a comparé 36 822 personnes
traitées par inhibiteurs du CGRP à un groupe de taille équivalente recevant
d’autres traitements préventifs antimigraineux. Parmi ces comparateurs
figuraient notamment le valproate, le topiramate, la flunarizine, le candésartan,
le lisinopril, le métoprolol, le propranolol, le nadolol, l’amitriptyline ou
encore la venlafaxine.
Les chercheurs ont également ajusté leurs
analyses en tenant compte de plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le
risque de glaucome, notamment l’âge, la fréquence des migraines et les
antécédents d’hypertension artérielle.
Un risque de
glaucome réduit de 25 %
Au cours du suivi, 153 patients du groupe
traité par inhibiteurs du CGRP ont développé un glaucome, soit 0,42 % des
participants. Dans le groupe recevant d’autres traitements antimigraineux, 223
cas ont été recensés, correspondant à 0,61 % des participants.
Après ajustement statistique, les auteurs
rapportent une diminution de 25 % du risque de glaucome chez les patients
exposés aux inhibiteurs du CGRP par rapport aux autres traitements préventifs
de la migraine.
L’analyse détaillée des résultats révèle
toutefois une différence importante selon les molécules étudiées. La réduction
du risque n’a été observée qu’avec les inhibiteurs du CGRP sous forme
d’anticorps monoclonaux. Les gépants, antagonistes des récepteurs du CGRP,
n’ont pas montré d’effet comparable.
Ces résultats renforcent l’hypothèse d’un
rôle spécifique des voies vasculaires et neuro-inflammatoires ciblées par les
anticorps monoclonaux dans la protection du nerf optique.
Les anticorps
monoclonaux se distinguent
Les auteurs rappellent néanmoins que
cette étude observationnelle ne démontre pas de lien de causalité direct entre
les inhibiteurs du CGRP et la réduction du risque de glaucome. Elle met
uniquement en évidence une association statistique.
« D’autres études sont nécessaires pour
confirmer ces résultats, mais ces découvertes pourraient nous aider à mieux
comprendre la migraine et le glaucome », souligne le professeur Weng.
L’étude présente par ailleurs plusieurs
limites. Les chercheurs n’ont notamment pas pu prendre en compte les
antécédents familiaux de glaucome ni certains facteurs de risque
ophtalmologiques susceptibles d’influencer les résultats.
Ces travaux ouvrent toutefois une
perspective originale à l’interface entre neurologie et ophtalmologie. À mesure
que les mécanismes vasculaires et inflammatoires communs aux maladies
neurodégénératives sont mieux compris, les traitements développés pour une
pathologie pourraient, à terme, trouver des applications inattendues dans
d’autres domaines cliniques.
À
lire également : Effets
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie,
explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus
largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a
passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre
un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement
et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des
Hommes.