Par Elodie Vaz | Publié le 26 mars 2026 | 4 min de lecture
L’adolescence constitue une période
déterminante pour l’acquisition du capital osseux. C’est durant cette fenêtre
critique que se construit une densité minérale optimale, conditionnant le
risque futur de fractures et d’ostéoporose. Toute perturbation de ce processus
peut donc avoir des répercussions. Parmi les facteurs environnementaux
suspectés, les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS),
surnommées « polluants éternels », suscitent une inquiétude croissante en
raison de leur persistance dans l’organisme et de leur omniprésence dans
l’environnement.
Une étude publiée le 17 mars dans le Journal
of the Endocrine Society s’est intéressée à l’impact d’une exposition
précoce aux PFAS sur la santé osseuse à l’adolescence. L’objectif était
d’évaluer si ces composés, connus pour perturber divers processus biologiques,
pouvaient également influencer la densité osseuse à un stade clé du
développement.
Comme le souligne la professeure dans un
communiqué de presse, Jessie P. Buckley : « L'adolescence est une période
cruciale pour la construction d'une ossature solide, et atteindre une masse
osseuse optimale durant cette période peut réduire les risques de fractures et
d'ostéoporose tout au long de la vie ».
De la naissance à
l’adolescence
Les chercheurs ont analysé les données de
218 adolescents issus d’une cohorte prospective mère-enfant. Les concentrations
sanguines de PFAS ont été mesurées à plusieurs étapes : à la naissance, puis à
3, 8 et 12 ans. La densité osseuse des participants a été évaluée à l’âge de 12
ans, notamment au niveau de l’avant-bras.
Cette approche longitudinale permet de
mieux appréhender les effets différés et les fenêtres de vulnérabilité, en
reliant les expositions précoces aux conséquences observées plusieurs années
plus tard.
Des associations
différentielles selon les composés et le timing
Les résultats mettent en évidence une
association entre des concentrations élevées d’acide perfluorooctanoïque (PFOA)
et une densité osseuse plus faible au niveau de l’avant-bras chez les
adolescents. Pour les autres PFAS, les relations observées varient selon le
moment de l’exposition.
Un autre point notable concerne les
différences selon le sexe. Les associations entre PFAS et faible densité
osseuse apparaissent plus marquées chez les filles que chez les garçons,
indiquant une possible vulnérabilité accrue.
Une accumulation
de preuves préoccupantes
Ces résultats s’inscrivent dans un corpus
croissant de travaux pointant les effets à long terme des PFAS sur la santé. «
Nos résultats suggèrent que la réduction de l'exposition aux PFAS durant les
périodes clés du développement pourrait favoriser une meilleure santé osseuse à
vie », insiste Jessie P. Buckley.
« Ces résultats viennent s'ajouter aux
preuves de plus en plus nombreuses que l'exposition aux PFAS durant la petite
enfance peut avoir des conséquences à long terme sur la santé, soulignant
l'importance des efforts visant à réduire la contamination de l'eau potable et
des produits de consommation », ajoute-t-elle.
Vers une
prévention environnementale ciblée
Si cette étude ne permet pas d’établir
une relation causale définitive, elle renforce l’hypothèse d’un impact des
expositions environnementales précoces sur la trajectoire osseuse. Elle
souligne également l’importance d’identifier les périodes de vulnérabilité afin
d’orienter les stratégies de prévention.
À plus long terme, ces travaux ouvrent la
voie à une approche intégrée de la santé osseuse, intégrant non seulement les
facteurs nutritionnels et hormonaux, mais aussi les expositions chimiques. Dans
un contexte de diffusion massive des PFAS, la question dépasse désormais le
cadre individuel pour devenir un enjeu de santé publique globale.
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les os
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du
CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et,
plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010,
elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope
contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent
environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à
celle des Hommes.