Par Elodie Vaz | Publié le 6 mars 2026 | 3 min de lectureLes apnées du sommeil concernent près
d’un milliard de personnes dans le monde. Cette pathologie se caractérise par
des interruptions répétées de la respiration au cours de la nuit, entraînant
des épisodes d’hypoxie intermittente. Si les conséquences cardiovasculaires et
métaboliques de ce stress respiratoire sont largement documentées, son impact
sur l’organisation temporelle des fonctions biologiques restait jusqu’ici peu
exploré.
Une étude publiée le 25 février dans la
revue Science Advances par des scientifiques de l’Université Grenoble Alpes, de
l’Inserm et du CHU Grenoble Alpes met en lumière une dimension inédite de la
maladie : l’hypoxie intermittente réorganise en profondeur l’horloge biologique
du foie et modifie les rythmes quotidiens de son activité métabolique.
Un angle encore
peu exploré
« Si les conséquences pathologiques de
l’hypoxie intermittente dans les apnées du sommeil sont bien documentées, leur
impact sur les rythmes biologiques de l’organisme, gouverné par l’horloge
circadienne, reste encore peu exploré », expriment les auteurs dans un
communiqué de presse. L’objectif de l’étude était précisément d’évaluer comment
ce stress respiratoire chronique influence l’organisation circadienne d’un
organe clé du métabolisme énergétique : le foie.
En tant que centre névralgique de la
régulation du glucose, des lipides et de nombreuses voies biochimiques, le foie
présente une forte rythmicité sur 24 heures. Toute altération de cette
orchestration temporelle est susceptible d’avoir des répercussions systémiques.
Une approche
multi-omique sur l’ensemble du cycle jour-nuit
Les chercheurs ont utilisé un modèle
murin d’hypoxie intermittente chronique afin de reproduire les conditions
observées chez les patients apnéiques. L’originalité du protocole tient à
l’analyse systématique des effets de ce stress sur l’ensemble du cycle
nycthéméral.
En se focalisant sur le foie, les équipes
ont combiné des approches transcriptomiques, métabolomiques et physiologiques.
Cette stratégie intégrative visait à suivre, heure par heure, les adaptations
de l’activité métabolique hépatique et à caractériser d’éventuelles
reprogrammations rythmiques induites par l’hypoxie.
Une
reprogrammation circadienne profonde
Les résultats montrent que l’hypoxie
intermittente ne se limite pas à altérer certaines voies énergétiques majeures
orchestrées par le foie, comme le métabolisme du glucose et des lipides. Elle
en « reprogramme profondément l’organisation circadienne ».
L’analyse métabolomique révèle que près
de la moitié des métabolites hépatiques présentent un rythme sur 24 heures.
Plus marquant encore, plus d’un tiers d’entre eux acquièrent un nouveau rythme
sous hypoxie intermittente. Cette redistribution des rythmes métaboliques au
cours de la journée traduit une véritable reprogrammation temporelle de
l’activité hépatique.
Ainsi, au-delà des altérations
quantitatives classiquement décrites, l’étude met en évidence un déplacement
des phases d’expression et d’activité métabolique. Cette dimension temporelle,
jusqu’ici sous-estimée dans les apnées du sommeil, apparaît comme un
déterminant majeur des perturbations métaboliques associées à la maladie.
Vers une
chronomédecine des apnées du sommeil ?
Ces travaux ouvrent des perspectives
importantes en chronomédecine. En reconfigurant les rythmes métaboliques
hépatiques, l’hypoxie intermittente pourrait modifier la réponse de l’organisme
à certains traitements, en particulier ceux ciblant la glycémie ou le
métabolisme lipidique.
L’efficacité de ces médicaments pourrait
ainsi varier selon l’heure d’administration, avec des fenêtres optimales
potentiellement différentes de celles observées chez des sujets non apnéiques.
Autrement dit, la désynchronisation induite par les apnées du sommeil pourrait
imposer une révision des stratégies thérapeutiques intégrant la dimension
circadienne.
En soulignant que l’hypoxie intermittente
agit comme un véritable reprogrammeur temporel du métabolisme hépatique, cette
étude invite à dépasser une approche strictement structurelle ou fonctionnelle
de la pathologie. Elle ouvre la voie à des recherches visant à déterminer si la
correction des apnées – ou l’ajustement chronobiologique des traitements –
permet de restaurer une organisation circadienne plus favorable et d’améliorer
la prise en charge métabolique de ces patients.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en
santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes
que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie
humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au
chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes.
Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue
que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.