Par Elodie Vaz | Publié le 20 mars 2026 | 3 min de lecture
Le trouble du déficit de l’attention avec
ou sans hyperactivité (TDAH) concerne environ 2,5 % des adultes et se
caractérise par des difficultés persistantes d’attention, une distractibilité
accrue et des erreurs d’inattention. Malgré une description clinique bien
établie, ses bases neurobiologiques demeurent incomplètement élucidées,
limitant l’identification de biomarqueurs robustes et le développement de
stratégies thérapeutiques ciblées.
Dans ce contexte, une étude
internationale publiée le 16 mars dans le Journal of Neuroscience et menée par
des chercheurs de l’Inserm (Institut du Cerveau, Inserm/CNRS/Sorbonne
Université) et de l’Université Monash propose une hypothèse physiopathologique
originale : les symptômes du TDAH pourraient être liés à l’intrusion d’ondes
cérébrales lentes, typiquement associées au sommeil profond, au cours de
l’éveil. Ce phénomène, désigné sous le terme de « sommeil local », pourrait
constituer un mécanisme explicatif des fluctuations attentionnelles et de la
somnolence diurne observées chez ces patients.
Le sommeil local,
nouvelle piste physiopathologique
Les auteurs ont comparé l’activité
cérébrale de deux groupes d’adultes : 32 participants diagnostiqués TDAH, sous
traitement médicamenteux, et 31 sujets neurotypiques. Les enregistrements ont
été réalisés pendant l’exécution d’une tâche requérant une attention soutenue,
permettant d’évaluer simultanément les performances comportementales et les
dynamiques neurophysiologiques associées.
Les résultats mettent en évidence une
augmentation significative de la densité d’ondes lentes chez les participants
atteints de TDAH. « Les adultes atteints de TDAH présentent une densité
significativement plus élevée d’ondes lentes, habituellement observées lors du
sommeil profond. Or, ces ondes ne sont pas anodines : plus leur densité est
élevée, plus les participants commettent d’erreurs d’inattention et présentent
des temps de réaction plus lents ou plus variables », souligne dans un
communiqué de presse, Thomas Andrillon, chercheur Inserm et dernier auteur de
l’étude.
Des intrusions de sommeil corrélées à
la fatigue
Ces intrusions d’activité lente sont
également associées à des états subjectifs spécifiques, notamment une
augmentation des épisodes de « mind wandering » et de « mind blanking ». Par
ailleurs, une corrélation positive est observée entre l’accumulation de ces
ondes et le niveau de fatigue ressenti au cours de la tâche.
Les auteurs rappellent néanmoins que ce
phénomène n’est pas pathologique en soi : « L’intrusion d’ondes du sommeil est
un phénomène parfaitement normal. Pensez à une longue course à pied : au bout
d’un certain temps, la fatigue physique vous oblige à faire une pause. C’est la
même chose pour la fatigue mentale : après une journée passée éveillée ou après
une mauvaise nuit de sommeil, le cerveau fait aussi des pauses sous la forme
d’ondes lentes. Ces brefs moments d’inactivité cérébrale surviennent chez tout
le monde ».
Cependant, la fréquence accrue de ces
épisodes chez les patients TDAH suggère une altération des mécanismes de
régulation de l’éveil. Les auteurs avancent ainsi que ces intrusions pourraient
constituer un mécanisme central expliquant les fluctuations de performance et
les difficultés à maintenir une attention stable.
Vers un
biomarqueur neurophysiologique du TDAH
Ces travaux soutiennent l’hypothèse selon
laquelle le TDAH pourrait être, au moins en partie, conceptualisé comme un
trouble de la régulation de la vigilance. « Ces ondes de sommeil local
pourraient devenir un biomarqueur clé pour le diagnostic », avance Thomas
Andrillon.
Au-delà de l’intérêt diagnostique, ces
résultats ouvrent des perspectives thérapeutiques, en particulier autour de la
modulation du sommeil et des processus de vigilance. Des approches non
pharmacologiques pourraient être envisagées. « Chez les personnes
neurotypiques, certaines recherches ont par exemple montré que la stimulation
auditive pendant le sommeil peut renforcer les ondes lentes nocturnes, ce qui
pourrait réduire l’apparition d’une activité cérébrale proche du sommeil durant
l’éveil le lendemain. Une prochaine étape consistera à déterminer si cette
approche pourrait également diminuer ces intrusions de sommeil local chez les
personnes atteintes de TDAH », conclut le chercheur.
L’identification de ces signatures
neurophysiologiques ouvre ainsi la voie à une meilleure caractérisation du TDAH
et à l’exploration de nouvelles cibles interventionnelles, centrées sur les
interactions entre sommeil et cognition.
À lire également: Des micro-ARNs pour diagnostiquer le TDAH ?
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.