Press reviews


Il est bien démontré que les femmes enceintes sont à risque de développer des formes graves d’infection à SARS-CoV-2. Or ces atteintes respiratoires aigues sévères sont associées à un risque d’accouchement prématuré, ainsi qu’à d’autres complications maternelles et néonatales. La vaccination est donc recommandée dans cette population.
Bien que l’incidence des avortements spontanés avant 20 SA soit relativement fréquente (jusqu’à 11 à 22% des grossesses), les données concernant le risque d’avortement spontané après vaccination anti-Covid-19 à ARNm pendant la grossesse ou avant conception sont limitées.
Ainsi les données du V-safe Surveillance and Pregnancy Registry des CDC (Centers for Disease Control and Prevention) ont été analysées pour déterminer le risque cumulatif d’avortement spontané, entre 6 et 20 SA, chez les femmes porteuses d’une grossesse simple, sans antécédent obstétrical d’avortement spontané avant 6 SA. Elles avaient bénéficié d’au moins une dose vaccinale à ARNm contre la Covid-19 ; soit avant la conception (jusqu’à 30 jours précédant le premier jour de la dernière période menstruelle), soit pendant la grossesse avant 20 SA. Les résultats de cette étude ont été présentés dans une correspondance du NEJM.
Le risque cumulatif d’avortement spontané a été calculé selon l’âge gestationnelstandardisé sur l’âge maternel. Une analyse de sensibilité a été conduite pour estimer le risque maximal d’avortement spontané, en supposant que les patientes perdues de vue au premier trimestre de grossesse avaient toutes présenté une grossesse non évolutive.
Au total, 2456 patientes ont été incluses :
·         Deux mille vingt-deux participantes avaient une grossesse évolutive à 20 SA.
·         Cent soixante-cinq participantes ont présenté un avortement spontané avant 20 SA, dont 154 avant 14 SA.
·         Soixante-cinq participantes ont été perdues de vue au premier trimestre,  188 participantes ont terminé le deuxième trimestre de suivi avant 20 SA.
·         Seize participantes ont présenté un évènement obstétrical avant 20 SA (avortement, grossesse ectopique ou môle hydatiforme).
·         La majorité des femmes était âgée d’au moins 30 ans (77,3%), et travaillait en tant que professionnelle de santé (88,8%)
Le risque cumulatif d’avortement spontané entre 6 et 20 SA était de 14,1 % (IC à 95 % : 12,1 - 16,1) dans l’analyse primaire. Il était de 12,8 % (IC à 95 % : 10,8 - 14,8) après standardisation sur l’âge maternel selon la population de référence. Ce risque cumulatif augmentait avec l’âge maternel.
Dans l’analyse de sensibilité (supposant que les 65 participantes perdues de vue durant le premier trimestre avaient toutes présenté un avortement spontané), le risque de fausse couche augmentait à 18,8 % (IC à 95 % : 16,6 - 20,9) ; et 18,5 % (IC à 95 % : 16,1 à 20,8), après standardisation sur l’âge maternel dans cette même analyse.
 Le risque cumulatif de fausses couches chez les femmes vaccinées au terme des différentes analyses est similaire au risque attendu en population générale, si l’on compare au risque minimal et maximal d’avortement spontané estimé dans deux cohortes historiques.
Cette étude présente quelques limites :  l’absence d’un groupe contrôle non vacciné, l’homogénéité des participantes en terme d’origine ethnique et de milieu professionnel, le caractère volontaire de l’inscription à l’étude, le biais d’information et certaines données recueillies rétrospectivement.
Néanmoins, ces résultats suggèrent que le risque d’avortement spontané après vaccination à ARNm contre la Covid-19, réalisée avant la conception ou pendant la grossesse est similaire au risque attendu d’avortement spontané en population générale. Ces données sont des preuves supplémentaires concernant la sécurité de la vaccination à ARNm contre le SARS-CoV-2 pendant la grossesse.

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Source(s) :
NEJM, publié le 14/10/2021 ;

Durant la dernière décennie, l’immuno-oncologie a totalement révolutionné la prise en charge de nombreux cancers. La thérapie par cellules CAR-T (Chimeric Antigenic Receptor - T) est une stratégie d’immunothérapie cellulaire en plein essor, particulièrement prometteuse qui modifie l’approche thérapeutique des hémopathies malignes. Les lymphocytes T du patients sont prélevés par leucaphérèse, modifiés ex-vivo pour produire des « récepteurs antigéniques chimériques » à leur surface, leur permettant de reconnaitre spécifiquement les cellules tumorales. Elle a la particularité de rediriger la réponse cellulaire T vers des antigènes tumoraux spécifiques, indépendamment du complexe majeur d’histocompatibilité.
Des taux de réponse élevés et de rémission à long terme ont été démontrés chez des patients atteints de leucémie aiguë lymphoblastique, lymphome en rechute/réfractaire et myélome multiple.
A ce jour, cette thérapie est réservée aux patients présentant des rechutes multiples. Néanmoins, ce traitement peut présenter une toxicité sévère mais réversible, telle qu’un syndrome de relargage cytokinique, une neurotoxicité spécifique, des complications plus générales d’origine infectieuses ou liées à l’immunosuppression, pouvant menacer le pronostic vital et justifier d’une prise en charge urgente et agressive en soins intensifs.  On estime 10 à 30% des patients présentant des effets indésirables sévères, avec défaillance d’organes. Les preuves pour établir des recommandations concernant la gestion de la toxicité de cette thérapie sont actuellement faibles.
Dans cette revue CA-A Cancer Journal for Clinicians, les auteurs donnent un aperçu de la prise en charge clinique des évènements graves iatrogènes menaçant le pronostic vital des patients receveurs d’une immunothérapie cellulaire par cellules CAR-T, et de l’optimisation par une approche multidisciplinaire. Les challenges devant être surmontés pour optimiser la sécurité de cette thérapie sont également discutés, en particulier la nécessité d’une meilleure connaissance  des mécanismes physiopathologiques, moléculaires et cellulaires, impliqués dans la toxicité spécifique du traitement.

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Source(s) :
ACS Journals, publié le 06/10/2021 ;

Durant la pandémie de Covid-19, de nombreuses consultations ont eu lieu en distanciel afin de limiter la transmission du virus. Compte-tenu du manque de connaissances sur le ressenti des patients concernant cette approche, une étude récente parue dans le British Journal of Cancer a été réalisée, avec pour objectif d’évaluer la satisfaction de patientes atteintes d’un cancer du sein et suivies en téléconsultation.
Pour cela, une enquête de satisfaction a été menée en ligne dans 18 centres en France et en Italie. Les patientes incluses ont eu au moins une téléconsultation durant la première vague épidémique de COVID-19. Le questionnaire était basé sur des échelles validées préexistantes et a été conçu en quatre parties :
-          La 1ère consistait à recueillir des informations socio-démographiques sur les participantes, le stade de la maladie, et les modalités de téléconsultation.
-          La 2ème comprenait des éléments dérivés du score EORTS OUT-PATSAT 35 et portait sur les qualités professionnelles et interpersonnelles des médecins, et leur disponibilité.
-          La 3ème visait à évaluer la satisfaction selon le TSQ (Questionnaire de Satisfaction en Télémédecine).
-          La 4ème utilisait l’échelle HADS-A pour évaluer l’anxiété et la détresse psychologique des patientes, en rapport avec crise sanitaire.
Parmi les 3722 patientes éligibles à l’inclusion, 38,5% ont répondu au questionnaire. Sur les 1299 patientes finalement incluses, 53% des participantes avaient un suivi standard post-traitement, 22% bénéficiaient d’un traitement antinéoplasique pour un cancer métastatique et 17% pour un cancer localisé. Soixante-treize pour cent des patientes étaient âgés de ≥ 50 ans.
La moyenne des scores de satisfaction était de 77,4 pour le EORTC OUT-PATSAT 35 et 73,3 pour le TSQ, révélant donc une expérience positive de la téléconsultationCinquante-trois pour cent des patientes n’exprimaient pas ou peu d’anxiété. Seulement 5,2% des patientes présentaient une anxiété majeure.
En analyse multivariée, le score EORTC OUT-PATSAT 35 était corrélé à l’âge (satisfaction plus élevée chez les patientes de moins de 40 ans), au score d’anxiété (satisfaction plus élevée chez les patientes présentant peu ou pas d’anxiété), et à la modalité de téléconsultation (satisfaction plus élevée avec la consultation vidéo versus téléphone). Le score TSQ était corrélé au stade de la maladie (satisfaction plus élevée lors du suivi standard post-traitement versus pendant le traitement) et au score d’anxiété.
Les patientes présentant un cancer du sein sont donc satisfaites du suivi réalisé durant la crise sanitaire liée à la COVID-19, en téléconsultation. La téléconsultation pourrait être une alternative acceptable pour le suivi de patientes identifiéesdans des circonstances particulières. Au-delà des considérations organisationnelles et de la satisfaction des patientes, une validation de la qualité de la prise en charge médicale est fondamentale avant la mise en œuvre de de téléconsultations structurées en pratique clinique. Cette étude est une étape préalable permettant d’identifier les populations plus enclines à accepter et se satisfaire de cette approche.

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Source(s) :
Nature, publié le 29/09/2021 ;

Alors même que le variant delta (B.1.617.2) devenait prédominant, les rapports de surveillance en juin et juillet 2021 ont décrit une réduction d’efficacité du vaccin BNT162b2 (tozinameran, Pfizer–BioNTech) et des autres vaccins, contre les infections à SARS-CoV-2 en Israël, au Qatar et aux Etats-Unis.  Or les études d’efficacité vaccinale n’ont à ce jour pas différencié l’effet de l’émergence du variant delta ou celui d’un potentiel déclin de l’immunité au cours du temps, dans la réduction d’efficacité vaccinale contre les infections à SARS-CoV-2.  
L’objectif d’une étude récente parue dans le Lancet est de répondre à cette question urgente de santé publique, en évaluant l’efficacité globale et spécifique aux différents variants du vaccin à ARNm Pfizer-BioNTech, sur les infections à SARS-CoV-2 et sur les taux d’hospitalisation liés à la COVID-19 en fonction du temps écoulé depuis la vaccination, et ce jusqu’à 6 mois.  
Une étude de cohorte rétrospective a été menée aux Etats-Unis, entre le 14 décembre 2020 et le 8 août 2021, sur 3 436 957 patients ≥12 ans, d’âge médian 45 ans [29-61]. Les résultats sont les suivants :
-          L’efficacité vaccinale globale est de 73 % contre l’infection à SARS-CoV-2,  et de 90 % contre les hospitalisations liées à la COVID-19, après un délai moyen de 3-4 mois après vaccination complète.
-          L’efficacité contre les infections à SARS-CoV-2 est de 88 % au cours du premier mois, et diminue jusqu’à 47 % après 5 mois.
-          Contre le variant delta, l’efficacité vaccinale est élevée à 93% au cours du premier mois suivant la vaccination complète, mais réduite à 53 % après 4 mois. Concernant les autres variants (non-delta), l’efficacité à un mois est également élevée à 97%, mais réduite elle aussi, à 67% à 4-5 mois. La différence de réduction d’efficacité vaccinale contre le variant delta et les autres variants n’est pas significative (p=0,30).
-          L’efficacité vaccinale concernant les hospitalisations indépendamment de l’âge restait globalement élevée (93 %) jusqu’à 6 mois.
Les résultats de cette étude soutiennent la haute efficacité de BNT162b2 concernant les hospitalisations liées à la COVID-19,  jusqu’à 6 mois après vaccination complète, quel que soit le variant. L’efficacité vaccinale est très élevée précocement après vaccination, indépendamment du variant, mais décline au cours des six premiers mois. La réduction d’efficacité vaccinale contre le SRAS-CoV-2 semble donc principalement liée au déclin de l’immunité avec le temps, plutôt qu’à un échappement immunitaire lié au variant delta.
Ces résultats suggèrent l’importance de monitorer la réponse immunitaire au cours du temps et pourraient justifier la nécessité d’une 3ème dose de rappel vaccinal pour assurer de haut niveaux de protection vaccinale à distance de la vaccination, similaires à ceux observés précocement.

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Source(s) :
The Lancet, publié le 04/10/2021 ;

Introduction 
En soins primaires, les patients traités pour un syndrome dépressif bénéficient souvent d’un traitement antidépresseur sur une période prolongée. Peu de données sont actuellement disponibles sur les effets de la poursuite ou non du traitement antidépresseur dans ce contexte.  

Méthode 
Un essai randomisé en double aveugle au Royaume Uni a été réalisé chez des patients adultes traités dans 150 cabinets de médecine générale. Les patients inclus (n=478) présentaient des antécédents d’au moins deux épisodes dépressifs ou prenaient des antidépresseurs depuis au moins deux ans, et se sentaient suffisamment bien sur le plan thymique pour envisager l’arrêt du traitement antidépresseur. Les patients bénéficiant d’un traitement par citalopram, fluoxétine, sertraline, ou mirtazapine ont été randomisés selon un rapport 1/1 pour maintenir le traitement antidépresseur (groupe entretien, n=238) ; ou pour réduire progressivement et interrompre ce traitement avec utilisation d’un placebo (groupe arrêt, n=240). Le critère de jugement principal était la survenue d’une première rechute dans les 52 semaines de suivi. Les critères de jugement secondaires concernaient les symptômes dépressifs et anxieux, les symptômes physiques et de sevrage, la qualité de vie, le délai d’arrêt du traitement antidépresseur ou placebo et l’évaluation thymique. 

Résultat
L'âge moyen des patients était de 54 ans ; 73% étaient des femmes. À 52 semaines, une rechute de syndrome dépressif est survenue chez 39% (n=92) des patients dans le groupe entretien et chez 56% (n=135) des patients dans le groupe arrêt (p < 0,001). Les patients dans le groupe arrêt présentaient plus de symptômes dépressifs, anxieux et de sevrage que les patients dans le groupe maintien. 

Conclusion
En soins primaires, parmi les patients se sentant suffisamment équilibrés sur le plan thymique pour interrompre leur traitement antidépresseur, ceux présents dans le groupe arrêt de traitement avaient un risque plus élevé de rechute de syndrome dépressif à 52 semaines en comparaison aux patients randomisés dans le groupe maintien du traitement. 

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Source(s) :
NEJM, publié le 30/09/2021 ;

2021-10-05

Microbiote maternel : lien entre la mère et l’enfant

Gastroenterology and Hepatology

Les effets du microbiote intestinal maternel pendant la grossesse ont été démontrés. En particulier, une dysbiose intestinale favoriserait l’inflammation locale, pouvant être en lien avec un risque de prématurité. Le microbiote pourrait également réguler l’absorption digestive pendant la grossesse, impactant la croissance fœtale.
La prévalence de la prématurité et de l’hypotrophie néonatale est plus élevée dans les pays sous-développés. Une récente étude a précisé le lien entre le microbiote maternel fécal et l’âge gestationnel, le poids de naissance et la croissance néo-natale au Zimbabwe. Il a été démontré que la colonisation à Blastoscystis sp, Brachyspira sp, et Treponème était plus importante dans cette population que dans les pays développés (Ethan Gough et al., EBioMedicine 2021).
D’autres éléments suggèrent le rôle du microbiote intestinal maternel dans le développement psychologique du nourrisson et de l’enfant. Un régime riche en graisses induit des modifications du microbiote intestinal maternel dans un modèle murin, et diminue en particulier l’abondance de la flore de Lactobacillus r., entraînant la baisse des taux d'ocytocine hypothalamiques de la descendance,  et affectant négativement son comportement social (Shelly Buffington et al, Cell 2016). Aussi, il a été démontré récemment que les espèces Lachnospiraceae et Ruminococcaceae producteurs de butyrate étaient plus importantes chez les mères d’enfants ayant un comportement normatif (Samantha Dawson et al., EBioMedicine 2021).
Par ailleurs, il a longtemps été affirmé que le microbiote digestif du nourrisson était constitué durant le travail, via le microbiote vaginal maternel, puisque les nouveau-nés par césarienne présentaient des caractéristiques sensiblement différentes du microbiote intestinal durant la petite enfance, par rapport aux nouveau-nés par voie basse (plus faible abondance de Bacteroides observée chez les nouveau-nés par césarienne). Cette théorie est remise en question suite à de récentes études. Caroline Mitchell et al. (Cell Reports Medicine, 2020) a comparé le microbiote de nourrissons nés par voie basse ou par césarienne programmée, avec des nourrissons nés par césarienne urgente. Les nourrissons nés par césarienne avaient des taux détectables de Bacteroides au cours de premiers jours de vie mais bien plus faibles après deux semaines de vie. Après avoir comparé le microbiote des nourrissons et la flore bactérienne d’échantillons maternels vaginaux ou rectaux, les auteurs ont confirmé que la transmission bactérienne mère-enfant avait été réalisée par voie basse, mais que l’origine maternelle semblait rectale plutôt que vaginale.
Le microbiote humain est un écosystème complexe, sous l’influence de nombreux facteurs génétiques et environnementaux. Il est désormais démontré que le microbiote maternel influence la grossesse, le développement fœtal voire plus généralement la santé durant la petite enfance. Les mécanismes physio-pathologiques restent néanmoins encore incertains. 

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Source(s) :
The Lancet, publié le 01/09/21 ;

Les mécanismes physiopathologiques de la polyarthrite rhumatoïde résultent d’une interaction complexe entre facteurs génétiques et environnementaux. A l’instar d’autres maladies systémiques inflammatoires chroniques auto-immunes, l’étude du microbiote digestif dans la pathogénèse de la polyarthrite rhumatoïde chez des patients prédisposés suscite un intérêt clinique particulier. En effet, la dysbiose intestinale pourrait intervenir via plusieurs mécanismes : présentation de peptides citrullinés, mimétisme antigénique, activation des cellules présentatrices d’antigènes et cellules T, et potentielle altération de l’intégrité épithéliale de la muqueuse intestinale.
La fonction essentielle de la barrière épithéliale intestinale est de prévenir la translocation bactérienne et d’autres pathogènes, tout en permettant l’absorption sélective des nutriments. La barrière intestinale est maintenue à la fois par les jonctions adhérentes et jonctions serrées entre les cellules épithéliales, régulant la perméabilité paracellulaire. Une récente étude pré-clinique menée par des chercheurs de l’University College London suggère qu’il existe, associés à la polyarthrite rhumatoïde, une atteinte de la muqueuse intestinale avec perte d’intégrité de la barrière muqueuse épithéliale, ainsi qu’une altération du homing intestinal leucocytaire ; et que la correction de l’une ou l’autre de ces dysfonctions peut diminuer la sévérité de l’atteinte articulaire inflammatoire.
Les points marquants de cette étude sont les suivants :
-          Les taux sériques des marqueurs de perméabilité intestinale sont augmentés chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde : il est mis en évidence une augmentation des taux sériques de lipopolysaccharides (LPS), de protéines de liaison aux LPS (LBP) et de protéines de liaisons aux acides gras intestinaux (I-FABP), tous marqueurs d’altération et de perméabilité intestinales; ainsi qu’une augmentation systémique de homing-marqueurs leucocytaires CCR9 et LPAM-1, chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde en comparaison aux individus sains. Les taux de LBP sont par ailleurs significativement augmentés en cas d’activité de la polyarthrite rhumatoïde, et corrélés à la sévérité de la maladie, alors que la perte de l’intégrité de la muqueuse intestinale est partiellement corrigée chez les patients traités par Etanercet (anti-TNFα).
-          La perméabilité de la muqueuse intestinale et l’inflammation locale sont majorées dans les modèles murins de polyarthrite rhumatoïde : dans des modèles expérimentaux, les souris avec arthrite présentent une perméabilité intestinale accrue dès les premiers stades de la maladie, ainsi qu'une translocation bactérienne, des lésions intestinales inflammatoires, une augmentation des taux d'interféron gamma (IFN-γ), une diminution de l’infiltration de leucocytes secréteurs de l’interleukine-10 (IL-10), et une réduction de l’expression des récepteurs à l'IL-10 dans la muqueuse intestinale. Or nous savons qu’à l’équilibre, l’expression de l’IL-10 neutralise la production de cytokines pro-inflammatoires et favorise l’intégrité de la barrière épithéliale intestinale. Par ailleurs, les souris KO pour la claudine-8 (protéine formant les jonctions serrées épithéliales) ont une perméabilité intestinale constitutivement augmentée mais aussi une pathologie inflammatoire articulaire plus sévère.
-          L’augmentation de la perméabilité intestinale est favorisée à la fois par les bactéries à tropisme intestinal et par les cellules inflammatoires : L’exposition des organoïdes intestinaux à l’IFN-γ réduit l’expression du récepteur à l’IL-10, à l’origine d’une augmentation de la perméabilité intestinale et d’une exacerbation des poussées inflammatoires articulaires.
 -          La prévention de la dysfonction de la barrière muqueuse intestinale améliore l’inflammation articulaire : les souris traitées par AT-1001, une molécule régulatrice des jonctions serrées et donc de la perméabilité de la barrière muqueuse intestinale, aussi appelé larazotide acetate, améliore l’arthrite. Une autre conséquence thérapeutique de l’AT-1001 est la réduction du nombre de cellules LPAM-1+, CCR9+ et CD45+ intra-spléniques chez les souris avec arthrite en comparaison avec les souris non traitées. Le larazotide acetate est actuellement en phase 3 d’un essai clinique pour le traitement de la maladie coeliaque.  
Toutes ces données suggèrent que l’inflammation locale infraclinique intestinale et l’augmentation de la perméabilité de la barrière muqueuse digestive sont liées à l’arthrite induite dans des modèles murins et diminuent avec la rémission de la pathologie inflammatoire articulaire. Ces atteintes intestinales seraient favorisées par une dysbiose intestinale et une perte de tolérance immune périphérique ; résultant en une réponse immune adaptative, une inflammation systémique et atteinte articulaire inflammatoire. Enfin, la restauration de l’homéostasie intestinale via la modulation de la perméabilité intestinale ou la prévention de la recirculation des leucocytes pourrait s’inscrire dans une nouvelle approche thérapeutique de la polyarthrite rhumatoïde.

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Source(s) :
Med (N Y), publié le 09/07/2021 ;

Cette année, la Guinée a fait face à de nouvelles infections au virus Ebola chez 16 patients confirmés. Douze patients sont décédés. Ces infections surviennent 7 ans après la déclaration de la première épidémie de maladie à virus Ebola, qui avait fait plus de 11000 victimes en Afrique de l’Ouest. A la différence de l’épidémie de 2014, le réservoir de cette nouvelle infection ne serait non pas d’origine animale. L’étude génomique virale suggère en effet une résurgence virale chez un ancien malade. Il s’agit de la conclusion d’une étude génomique du virus de l’épidémie 2021 récemment publiée dans la revue Nature.
Les auteurs ont étudié le génome viral chez 12 patients infectés en 2021 et ont identifié une espèce similaire à celle de 2014, Ebolavirus Zaïre. L’étude phylogénétique montre une divergence considérablement plus faible que celle attendue lors d'une transmission interhumaine soutenue. Les résultats de cette analyse suggèrent que le virus de 2021 ne provient pas du débordement d’un réservoir animal mais d’une infection persistante avec une réplication réduite ou une période de latence chez un des survivants de l’épidémie de 2014. Il est effectivement bien établi que le virus Ebola peut rester latent dans les cellules des fluides biologiques. Les patients sont asymptomatiques lors de cette phase de latence. 
Ces données confortent la nécessité de mise en place d’un protocole de suivi médical rapproché et à long terme des patients guéris d’une infection par le virus Ebola. L’objectif est de prévenir toute résurgence d’épidémie après une période de latence dont la durée est imprévisible et pourrait, comme démontré ici, durer plusieurs années. Il est par ailleurs indispensable de mettre en place des mesures afin d’éviter toute stigmatisation de ces patients.

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Source(s) :
Nature, le 23/09/2021 ;

Introduction
Les mécanismes liés au Covid-long chez certains patients ne sont pas parfaitement élucidés. Des études suggèrent que le système rénine-angiotensine serait impliqué. L’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) est située à la surface externe des cellules du poumon, des artères, du cœur, du rein et de l’appareil digestif. D’une part, elle favorise l’infection car elle est nécessaire à l’entrée du virus dans la cellule. D’autre part, elle joue un rôle clef dans la régulation de l’inflammation, empêchant l’emballement et l’orage cytokinique.  

Méthode 
Le taux plasmatique et sérique d’anticorps anti-ACE2 a été mesuré chez 67 patients infectés par le SRAS-CoV-2 et chez 13 patients non contaminés. Des anticorps anti-ACE2 ont été détectés chez :
-          0% des patients non contaminés par le virus
-          81% des patients contaminés convalescents
-          93% des patients contaminés et hospitalisés
Le plasma contenant des anticorps anti-ACE2 avait la capacité d’inhiber l’activité d’une préparation exogène d’ACE2, à l’inverse du plasma ne contenant pas d’auto-anticorps.

Discussion
La présence d’autoanticorps anti-ACE2 favorise l’excès d’angiotensine II, maintenant un état pro-inflammatoire. Chez les personnes hypertendues, diabétiques ou obèses, le système rénine-angiotensine est déjà mal équilibré. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces personnes sont plus à risque de développer des formes graves de la maladie. Chez les personnes ayant des symptômes importants de l’infection, il est désormais admis qu’il est plus important de contrôler l’emballement inflammatoire que la charge virale.

Conclusion
Même si les médicaments favorisant l’activité de l’ACE2 peuvent provoquer une augmentation de la charge virale en facilitant la pénétration du virus dans les cellules, ils stabilisent la réponse inflammatoire et limitent le tableau clinique. Dans ce contexte, des inhibiteurs de l’angiotensine II ou l’administration d’angiotensine 1-7 pourraient être intéressants.

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Source(s) :
PLOS ONE, publié le 03/09/21 ;

Introduction 
Les recommandations concernant l’usage du cannabis médical ne font pas consensus. L’utilisation d’opioïdes au long cours présente certaines contre-indications. Des alternatives thérapeutiques pour le traitement des douleurs chroniques cancéreuses ou non seraient nécessaires.

Méthode
Une équipe canadienne a rédigé une méta-analyse portant sur 32 essais cliniques et incluant 5 174 patients. 29 des 32 essais cliniques comparaient le cannabis médical ou des cannabinoïdes versus un placebo. Le cannabis médical a été administré oralement (n=30) ou de façon topique (n=2). Les patients souffraient soit d’une douleur chronique liée à un cancer (n=28), soit d’une douleur chronique non liée à un cancer (n=4). La durée du suivi était de 1 à 5.5 mois. Pour mesurer la douleur, une échelle visuelle analogique a été utilisée. L’utilisation de cannabis médical a permis une diminution de la douleur de seulement 1 point sur l’échelle visuelle analogique (qui en comporte 10) chez 10% des patients. Une légère amélioration de la qualité du sommeil a été observée chez 6% des patients. En revanche, des effets indésirables ont été rapportés : troubles cognitifs (2%), vomissement (3%), somnolence (5%), troubles de l’attention (3%), nausées (5%)…

Discussion
Ces résultats montrent une très faible efficacité du cannabis médicale. Cependant, dans cette étude, le cannabis médical n’a pas été testé inhalé. Il n’a pas non plus été testé dans l’indication soins palliatifs. Le cannabis médical est à l’essai en France depuis mars 2021 dans les indications suivantes : douleurs neuropathiques réfractaires aux thérapies accessibles (médicamenteuse ou non), certaines formes d’épilepsie sévères et pharmaco-résistantes, certains symptômes rebelles en oncologie liés au cancer ou à ses traitements, soins palliatifs, spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou autres pathologies du système nerveux central.

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Source(s) :
BMJ, publié le 09/09/21 ;

Interactions cellulaires dans le cerveau 
Une nouvelle étude montre une interaction entre les neurones et les microglies, des cellules immunitaires présentes dans le cerveau. Les axones, prolongement des neurones, permettent la transmission de l’influx nerveux d’un neurone à l’autre. Les axones sont entourés d’une gaine isolante de myéline. Les nœuds de Ranvier sont de petits domaines incrustés dans la myéline et sont le lieu de nombreuses interactions cellulaires.

Les microglies
Les microglies jouent un rôle clef dans les processus régénératifs de la myéline, notamment lorsqu’elle est dégradée comme dans la sclérose en plaques. Les microglies représentent 10 à 15 % des cellules du cerveau. Pour la première fois, il a été démontré que les microglies utilisent les nœuds de Ranvier pour communiquer. Lorsque la myéline a besoin d’être réparée, l’interaction entre les neurones et les microglies est particulièrement stable. Le neurone envoie une information aux microglies au niveau des nœuds de Ranvier, les empêchant par exemple de jouer leur rôle remyélinisant. Ces résultats sont suggérés par des études menées sur des modèles murins ex-vivo (cultures tissulaires) et in-vivo, notamment par des approches d’imagerie en temps réel. 

Implications 
Cette découverte pourrait révolutionner la compréhension de la sclérose en plaques, mais aussi de nombreuses autres maladies comme l’autisme ou l’épilepsie. Des thérapies agissant sur le potentiel pro-régénératif des microglies sont actuellement à l’essai.

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Source(s) :
Nature, publié le 01/09/21 ;

2021-09-13

Commission paneuropéenne de la santé et du développement durable

Public health and social medicine

Commission paneuropéenne de la santé et du développement durable 
Le bureau régional de l’OMS pour l’Europe a mis en place la Commission paneuropéenne de la santé et du développement durable. Il s’agit d’un groupe indépendant et interdisciplinaire. Ses 19 membres sont d’anciens chefs d‘états, des spécialistes reconnus de l’économie et des sciences de la vie, des dirigeants du monde des affaires… Son objectif est de tirer les enseignements de la crise Covid-19. La commission vient de publier ses recommandations sur les réformes des systèmes de santé et d’aide sociale.
L'approche One Health 
La commission recommande une approche One Health. Le concept One Health vise à promouvoir une approche globale des enjeux sanitaires, la santé humaine étant intimement liée à la santé animale et à la santé des écosystèmes. Le SRAS-CoV-2 est apparu au niveau d’une interface entre humains, animaux et nature. Une coordination entre les ministères de la Santé, de l’agriculture et l’environnement est absolument nécessaire pour prévenir ce type de crise. Le concept One Health doit être implémenté à tous les niveaux de la société : gouvernements, société civile, ONG (Organisation Non Gouvernementale), éducation ...
Les recommandations 
La crise n’a fait qu’aggraver les inégalités déjà existantes. Les pays doivent s’attaquer à réduire les inégalités. Plus de partages entre les secteurs privés et publics sont nécessaires pour favoriser l’innovation. Plus d’investissements sont nécessaires dans les systèmes de santé, la surveillance sanitaire, et les systèmes de gestion des crises. La commission a proposé la création d’un Conseil paneuropéen contre les menaces sanitaires et d’un Conseil mondial de la Santé. En cas de pandémie, les politiques menées doivent être mondiales.

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Source(s) :
The Lancet, publié le 09/09/21 ;