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14/01/2026

Alcool : Pas de dose sans danger

Addictologie

Par Ana Espino | Publié le 14 janvier 2026 | 3 min de lecture


L’usage d’alcool est un facteur de risque majeur de morbidité et de mortalité dans le monde, contribuant à plus de 60 pathologies, dont les maladies cardiovasculaires, les cancers, la cirrhose hépatique et les troubles neuropsychiatriques. Malgré cette charge bien documentée, les recommandations internationales sur les niveaux de consommation "modérés" demeurent controversées, avec parfois des messages contradictoires sur les effets protecteurs potentiels de faibles doses. Cette ambiguïté nuit à la définition de seuils de consommation sûrs.

Un des grands défis réside dans l’évaluation comparative du fardeau attribuable à l’alcool, selon le sexe, l’âge, les régions du monde et les niveaux de consommation. L’objectif de cette étude, publiée dans The Lancet, était d’analyser la consommation d’alcool et son impact sanitaire dans 195 pays entre 1990 et 2016, à l’aide des données du Global Burden of Disease (GBD), afin de mieux orienter les politiques de santé publique.



Zéro verre, zéro risque ?


Cette étude de modélisation comparative s’appuie sur les données du Global Burden of Disease Study 2016. Elle intègre 694 sources de données sur la consommation d’alcool, 592 études sur les risques, et modélise les effets sur 23 pathologies attribuables à l’alcool. L’analyse repose sur une méthode de risque comparatif, associant niveaux de consommation, risques relatifs, prévalences et données de mortalité.


Les résultats montrent que l’alcool est responsable de 2,8 millions de décès par an (soit 1 sur 10 chez les 15-49 ans). Chez les jeunes adultes, l’alcool est la première cause de mortalité prématurée, majoritairement liée aux accidents, violences, suicides et tuberculose. Contrairement aux idées reçues, aucun niveau de consommation n’est sans risque pour la santé globale. Même de faibles quantités sont associées à une augmentation nette du risque, notamment de cancers. Le niveau de consommation minimal associé au risque le plus faible est... zéro. Les pays d’Europe de l’Est et d’Amérique latine enregistrent les taux les plus élevés de consommation, tandis que les pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud affichent les taux les plus bas.



Changer les règles du jeu ?


L’alcool est un facteur de risque majeur évitable, associé à une morbidité et une mortalité élevées, en particulier chez les adultes jeunes. Le principal challenge est de réconcilier les messages de santé publique avec les preuves épidémiologiques, dans un contexte où la consommation est culturellement valorisée. Cette étude visait à quantifier l’impact mondial de l’alcool sur la santé, selon les données les plus récentes et les plus complètes disponibles.


Elle démontre de façon robuste que le niveau de consommation à risque minimal est nul, contredisant la notion d’un effet protecteur du "verre de vin par jour". Toutefois, des limites subsistent : les données d’exposition restent hétérogènes selon les régions ; les effets potentiels bénéfiques cardiovasculaires n’ont pas été complètement exclus chez les plus de 50 ans ; les différences individuelles (génétique, comorbidités) ne sont pas entièrement prises en compte.


Les perspectives futures incluent des campagnes de santé publique plus cohérentes, des politiques de réduction d’accès, des étiquetages clairs, une meilleure prise en compte du risque cumulé dans les recommandations, ainsi que des recherches complémentaires sur les effets différentiels selon l’âge, le sexe, et les populations à risque.
 

À lire également : Microbiote & Alcool : vers un nouveau traitement ?



À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie

Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 



Source(s) :
Griswold, M. G., et al. (2018). Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. The Lancet, 392(10152), 1015-1035 ;

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