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13/01/2026

Microbiote & Alcool : vers un nouveau traitement ?

Endocrinologie et Métabolisme Addictologie

Par Ana Espino | Publié le 13 janvier 2026 | 3 min de lecture


L’alcoolodépendance (ou trouble de l’usage de l’alcool - TUA)
constitue un grave problème de santé publique, à l’origine de millions de décès chaque année. Elle est souvent comorbide avec des pathologies psychiatriques (anxiété, dépression) et physiques (notamment maladie hépatique alcoolique). Malgré l’existence de traitements médicaux (disulfiram, naltrexone, acamprosate) et psychothérapeutiques, l’efficacité reste limitée, en particulier sur les taux de rechute.


Une zone d’ombre importante concerne l’interaction entre l’alcoolisme, le microbiote intestinal et les complications neurocognitives (comme le syndrome de Wernicke-Korsakoff). Des mécanismes potentiels sont évoqués : altération de la barrière intestinale, inflammation systémique, dysbiose, carence en thiamine, etc. Dans ce contexte, cette étude a été initiée de sorte à explorer les liens entre alcool, microbiote intestinal, cerveau et foie, et d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles.



Et si tout commençait dans l’intestin ?


Cette étude explore :

  1. L’impact de l’alcool sur le microbiote intestinal et la perméabilité de la barrière intestinale ;
  2. Les conséquences métaboliques et neuro-inflammatoires de la dysbiose, ainsi que les approches thérapeutiques émergentes, telles que les probiotiques, la supplémentation en thiamine ou encore les techniques de thérapie génique comme CRISPR.

Les données montrent que l’alcool chronique altère la barrière intestinale, facilitant la translocation bactérienne et induisant une inflammation systémique, susceptible d’aggraver les troubles cognitifs et psychiatriques. La dysbiose intestinale, caractérisée par une baisse des bifidobactéries et une surcroissance de pathogènes, est associée à une aggravation de la maladie hépatique et à une détérioration de la santé mentale. Certaines interventions de modulation du microbiote, comme l’administration de probiotiques ou la transplantation fécale, ont montré des effets positifs sur les marqueurs hépatiques et les symptômes dépressifs.

La carence en thiamine, fréquente dans l’alcoolisme, contribue quant à elle aux atteintes neurologiques, notamment au syndrome de Wernicke-Korsakoff. Enfin, des outils innovants tels que CRISPR pourraient à terme cibler les enzymes clés du métabolisme de l’alcool (ADH, ALDH), ouvrant la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques.



Vers une nouvelle ère thérapeutique ?


L’alcoolodépendance est un trouble complexe, souvent aggravé par des atteintes hépatiques, cognitives et inflammatoires. Le principal défi thérapeutique est d’enrayer les rechutes, tout en prenant en compte la dimension systémique et neuro-immunitaire du trouble.


Cette revue visait à mieux comprendre le rôle du microbiote intestinal dans l’alcoolisme et ses complications. Elle montre que des stratégies combinées (modulation du microbiote, correction des carences en thiamine, traitements classiques, voire thérapie génique) pourraient offrir de nouvelles pistes thérapeutiques.


Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des essais cliniques bien contrôlés, une standardisation des interventions (probiotiques, CRISPR, etc.), et une meilleure caractérisation des sous-groupes de patients répondeurs. L’intégration du microbiote dans la prise en charge de l’alcoolisme nécessite encore des preuves solides, notamment sur le plan clinique et fonctionnel.

À lire également : Alzheimer & Alcool : duo toxique pour le cerveau ?


À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie

Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 



Source(s) :
Wang, S. C., et al. (2020). Alcohol addiction, gut microbiota, and alcoholism treatment: a review. International journal of molecular sciences, 21(17), 6413 ;

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