29/01/2026
Allergies : la révolution moléculaire est en marche
Allergologie et Immunologie
Par Ana Espino | Publié le 29 janvier 2026 | 3 min de lecture
Les maladies allergiques touchent près de 30 à 40 % de la population mondiale, avec une prévalence croissante. Elles sont causées par une réponse immunitaire inappropriée des IgE à des allergènes généralement inoffensifs, conduisant à des manifestations allant de la rhinite à l’anaphylaxie.
La prise en charge repose sur l’éviction des allergènes, les traitements symptomatiques (antihistaminiques, corticoïdes) et, dans certains cas, l’immunothérapie allergénique (AIT). Toutefois, le diagnostic conventionnel, basé sur les tests cutanés et le dosage des IgE spécifiques aux extraits allergéniques, manque de précision. Ces tests ne permettent pas de distinguer les sensibilisations croisées des sensibilisations cliniquement pertinentes, ce qui limite la personnalisation des traitements.
Le principal défi actuel est de passer d’un diagnostic fondé sur des extraits complexes à une approche plus précise, standardisée et mécanistique, capable de guider des décisions thérapeutiques ciblées. Le diagnostic moléculaire allergique (DMA), en analysant les IgE spécifiques dirigées contre des composants purifiés ou recombinants, propose une nouvelle approche fondée sur la structure des allergènes.
L’objectif de cette revue est d’évaluer les avancées du diagnostic moléculaire dans les pathologies allergiques, son intérêt clinique, et sa valeur ajoutée dans une stratégie de médecine personnalisée.
Et si la clé se cachait dans les protéines ?
Les technologies disponibles pour le DMA suivantes ont été portées à l’étude : tests immunoCAP, ISAC (microarrays) et ALEX. Leurs performances cliniques ont été analysées dans plusieurs pathologies : rhinite allergique, asthme, allergies alimentaires, allergies médicamenteuses, et dans la stratification des patients pour l’immunothérapie.
Le diagnostic moléculaire permet de différencier les sensibilisations primaires des réactivités croisées, grâce à l’identification fine des IgE dirigées contre des molécules allergéniques majeures ou mineures, ou contre des structures panallergéniques (comme les PR-10, les profilines ou les LTP).
Dans les allergies alimentaires, le DMA aide à prédire la sévérité clinique. Par exemple, la reconnaissance de certaines protéines de stockage ou LTP est associée à des formes plus graves, tandis que la réactivité aux PR-10 est souvent modérée et thermolabile. En rhinite allergique ou en asthme, il permet une stratification plus fine des patients facilitant le ciblage de l’immunothérapie et réduisant les échecs.
Le DMA optimise aussi le choix des extraits allergéniques en AIT, en sélectionnant ceux qui contiennent les composants pertinents pour chaque patient. Il permet également de détecter des profils à haut risque d’anaphylaxie, notamment dans les allergies aux venins ou aux médicaments.
Enfin, cette approche favorise l’émergence d’une médecine de précision en allergologie, en intégrant les résultats à une analyse clinique individualisée.
Diagnostiquer mieux pour traiter juste
Les maladies allergiques, bien que fréquentes, restent souvent mal caractérisées sur le plan immunologique, entraînant des traitements peu ciblés et parfois inefficaces. Le DMA, en identifiant les IgE spécifiques dirigées contre des molécules précises, répond au besoin d’une approche plus mécanistique et personnalisée.
Cette étude avait pour objectif de montrer comment le diagnostic moléculaire permet d’améliorer la précision du diagnostic, de mieux prédire la sévérité clinique, et d’orienter les décisions thérapeutiques, notamment en matière d’immunothérapie.
Les résultats confirment que cette approche offre une plus grande finesse d’analyse que les tests conventionnels, tout en ouvrant la voie à une médecine allergologique de précision.
Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront l’intégration du DMA dans les algorithmes diagnostiques standardisés, l’évaluation de son impact sur les résultats cliniques à long terme, et le développement de plateformes technologiques plus accessibles, afin de généraliser son usage en pratique clinique courante.
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À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
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