Précédent

12/02/2026

Crises auto-immunes : faut-il s’inquiéter après l’orage ?

Neurologie

Par Ana Espino | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture


Les encéphalites auto-immunes (AE) sont des affections inflammatoires du système nerveux central, déclenchées par des auto-anticorps dirigés contre des antigènes neuronaux. Elles provoquent un large éventail de symptômes neuropsychiatriques, parmi lesquels les crises d’épilepsie aiguës figurent au premier plan. Dans certains cas, ces crises ne disparaissent pas malgré la résolution apparente de l’inflammation, évoluant vers une épilepsie chronique secondaire, parfois pharmacorésistante.

La prise en charge actuelle des AE repose sur une association d’immunothérapie et de traitements antiépileptiques. Si cette approche permet généralement de contrôler la phase aiguë, elle reste insuffisante pour prévenir la chronicisation des crises dans un sous-groupe de patients. À ce jour, aucun protocole ne permet de prédire précisément l’évolution vers une épilepsie à long terme, ni d’intervenir de manière ciblée pour l’éviter. Un enjeu majeur réside donc dans l’identification des facteurs prédictifs d’évolution vers une épilepsie durable, la compréhension des mécanismes sous-jacents à cette transition, et le développement de stratégies personnalisées pour l’anticiper.

Dans ce contexte, cette étude a été initiée afin de de faire le point sur les connaissances actuelles concernant la progression des crises aiguës associées aux AE vers une épilepsie chronique, en s’appuyant sur les données cliniques, radiologiques et immunologiques disponibles, et en évaluant les perspectives thérapeutiques adaptées à cette forme particulière d’épilepsie post-inflammatoire.




Peut-on prédire une épilepsie post-encéphalite ?




Cette revue narrative s’appuie sur les données cliniques et expérimentales publiées à ce jour sur l’évolution des crises associées aux AE, en distinguant les crises aiguës symptomatiques, le status epilepticus auto-immun (NORSE, FIRES), et la transition vers une épilepsie définie (selon ILAE). Les principaux types d’auto-anticorps étudiés incluaient les anti-NMDAR, LGI1, GABA(B)R, CASPR2, et Hu.

Les crises aiguës sont fréquentes au début des AE, en particulier dans les formes LGI1 et anti-GABA(B), où plus de 80 % des patients présentent des manifestations épileptiques. Le risque de développer une épilepsie chronique varie selon le type d’auto-anticorps : il est faible dans les encéphalites à anti-NMDAR mais élevé dans les formes LGI1 et Hu. La présence d’anomalies structurales à l’IRM (atrophie, hippocampopathie), une inflammation persistante, ou un délai de prise en charge sont autant de facteurs associés à la chronicité.

Les patients développant une épilepsie post-AE présentent souvent une réponse partielle aux ASDs classiques. Le concept d’"autoimmune-associated epilepsy" (AAE) a été proposé pour désigner cette entité distincte, nécessitant une prise en charge différenciée, potentiellement prolongée par des immunothérapies d’entretien ou des approches ciblant l’inflammation persistante.



Vers une prise en charge prolongée et ciblée ?



Les encéphalites auto-immunes sont des affections inflammatoires cérébrales potentiellement réversibles, mais pouvant évoluer vers une épilepsie chronique invalidante. Le principal défi réside dans l’identification précoce des patients à risque et dans l'absence de protocoles spécifiques pour prévenir cette transition.

 
Cette étude avait pour objectif de clarifier les mécanismes et les facteurs prédictifs menant de crises aiguës à une épilepsie secondaire auto-immune, et d’envisager des pistes thérapeutiques adaptées. Elle confirme qu’une prise en charge rapide et ciblée est déterminante pour limiter la chronicisation des crises et améliorer le pronostic fonctionnel.

Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des études longitudinales multicentriques, une meilleure caractérisation immunologique et radiologique des patients, et le développement de biomarqueurs prédictifs fiables. Il sera également nécessaire d’évaluer le rôle des immunothérapies de maintenance à long terme, de définir des critères diagnostiques clairs pour distinguer les crises symptomatiques de l’épilepsie avérée, et d’élaborer des stratégies thérapeutiques personnalisées, tenant compte du profil auto-immun de chaque patient.






À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Steriade et al. Autoimmune encephalitis-associated epilepsy. Nat Rev Neurol. 2025 Jun;21(6):312-326 ;

Dernières revues


Crises auto-immunes : faut-il s’inquiéter après l’orage ?

Par Ana Espino | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Épilepsie : une thérapie par rayons X pour les formes résistantes

Par Elodie Vaz | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Épilepsie : viser juste pour mieux traiter ?

Par Ana Espino | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture<br>