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12/02/2026

Épilepsie : une thérapie par rayons X pour les formes résistantes

Neurologie

Par Elodie Vaz | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture

L’épilepsie est un trouble neurologique chronique caractérisé par des décharges électriques excessives et hypersynchronisées des neurones cérébraux, qui entraînent des crises récurrentes. Elle touche environ 650 000 personnes en France, plusieurs millions dans le monde et se manifeste par des épisodes cliniques très variables allant de brèves altérations de conscience à des convulsions généralisées. Chez environ un tiers des patients, les crises ne sont pas contrôlées par les médicaments antiépileptiques, définissant ainsi une épilepsie pharmacorésistante avec un impact majeur sur la qualité de vie et les risques neurologiques associés. Dans les formes focales résistantes aux traitements, la chirurgie de résection du foyer épileptogène demeure le gold standard thérapeutique, mais son indication est limitée par l’accessibilité de la zone à opérer et par les risques neurologiques inhérents à une intervention invasive.

Publiée fin décembre 2025 dans Epilepsia, l’étude de Samalens et al. propose d’évaluer une approche radicalement différente pour traiter les formes pharmaco-résistantes d’épilepsie focale : la Microbeam Radiation Therapy (MRT). Cette méthode repose sur l’utilisation de microfaisceaux X extrêmement étroits et spatialement fractionnés, générés par un synchrotron, afin de créer des micro-lésions très localisées au niveau du foyer épileptique sans recourir à une chirurgie ouverte. L’objectif principal du travail est de déterminer si cette distribution spatiale de rayonnements X peut réduire efficacement les crises tout en minimisant les lésions des tissus cérébraux sains, ouvrant potentiellement la voie à une thérapie non invasive alternative à la chirurgie.



Deux stratégies d’irradiation pour cibler le foyer épileptique




« Les microfaisceaux à rayons X se sont initialement montrés efficaces pour éliminer des tumeurs, comme l’a été Gamma Knife, la radiochirurgie de référence contre l’épilepsie. Cette dernière s’est montrée efficace contre les cancers, avant de trouver une application pour cibler les foyers épileptiques dans le cerveau. Cette translation nous a paru pertinente, et nos résultats le prouvent », explique dans un communiqué de presse de l'Inserm, Loan Samalens, doctorante et première autrice de l’étude.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont utilisé un modèle murin bien établi d’épilepsie du lobe temporal mésial (MTLE) induit par injection unilatérale de kainate dans l’hippocampe des souris, produisant une sclérose hippocampique validée par IRM et des crises focales spontanées résistantes aux médicaments. Après validation de la présence de cette lésion, les animaux ont été soumis aux microfaisceaux X selon plusieurs configurations expérimentales.



Des crises réduites, avec un effet dose-dépendant





Deux modalités principales d’irradiation ont été testées :

●    
Irradiation à un seul port avec des doses de pic de 125 Gy, 250 Gy ou 500 Gy dirigées vers l’hippocampe concerné,

●     Irradiation multi-ports (2 ou 5 trajectoires cumulé à 125 Gy à la cible) pour distribuer le rayon et réduire la toxicité potentielle.

La réponse du modèle épileptique a été suivie par électroencéphalographie (EEG) sur huit semaines après le traitement, et des analyses histologiques ont été effectuées pour évaluer l’impact tissulaire des microfaisceaux.



Des lésions limitées aux zones ciblées



Les principaux résultats indiquent que l’irradiation par microfaisceaux réduit significativement l’activité épileptique selon les paramètres suivants :

●    
Réduction dépendante de la dose : l’irradiation à 125 Gy et 250 Gy via un seul port a mené à une réduction significative des événements épileptiques enregistrés par EEG, démontrant un effet antiepileptique clair couplé à la dose appliquée. Cependant, à 500 Gy, malgré la réduction des crises, une augmentation de la mortalité a été observée, suggérant une toxicité aiguë à ce niveau.

●     Effets des trajectoires multiples : la distribution de la dose en 2 ou 5 trajectoires a permis d’améliorer l’efficacité antiepileptique tout en réduisant les dommages collatéraux aux tissus environnants. La configuration à 5 ports a offert le meilleur compromis entre efficacité contre les crises et tolérance tissulaire.

●     Analyse histologique ciblée : les évaluations tissulaires ont révélé que les atteintes (perte neuronale, microgliosis, astrogliosis) se limitaient essentiellement aux trajectoires des microfaisceaux, tandis que les zones adjacentes restaient globalement indemnes de nécrose ou d’oedème significatif.

 « La MRT pourrait représenter une alternative thérapeutique non invasive efficace pour les formes d’épilepsie résistantes aux traitements, mais il faut encore rapprocher cette technique d’un usage clinique. Le synchrotron à Grenoble reste assez unique. Nous cherchons donc à tester des mini-faisceaux (375 µm) comme ceux que peuvent produire les irradiateurs à rayons X moins puissants mais déjà présents dans les hôpitaux. L’objectif est de vérifier que le principe du fractionnement spatial peut être appliqué sans synchrotron, avec des machines réalistes pour la pratique médicale et ancré dans le concret pour les patients », explique dans le communiqué, Antoine Depaulis, directeur de recherche émérite Inserm.

 Si ces résultats précliniques sont prometteurs, la traduction clinique de cette technologie chez l’humain reste un défi majeur. La disponibilité limitée de synchrotrons cliniques, la nécessité d’optimiser davantage les paramètres de dose et la compréhension fine des mécanismes sous-jacents de l’effet antiépileptique sont autant d’obstacles à franchir avant toute application thérapeutique. De futures études devront également étudier les effets à long terme de ce traitement et adapter cette technique à des sources X plus accessibles en milieu hospitalier. Néanmoins, cette approche ouvre une nouvelle voie non invasive potentielle pour la prise en charge des épilepsies pharmaco-résistantes, jusqu’ici limitées par les options chirurgicales classiques. 



      À lire également LITT vs. Chirurgie : La Révolution des Traitements de l'Épilepsie Temporale ?




À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.

Source(s) :
Samalens L, et al. Microbeam radiation therapy for drug-resistant focal epilepsy: preclinical evidence from a murine model of mesial temporal lobe epilepsy. Epilepsia. 2025. doi:10.1002/epi.70063. PMID: 41432569. ; Samalens L, et al. Microbeam radiation therapy for drug-resistant focal epilepsy: preclinical evidence from a murine model of mesial temporal lobe epilepsy. Epilepsia. 2025. doi:10.1002/epi.70063. ; Inserm. Journée mondiale de l’épilepsie : une thérapie non invasive par rayons X représente un nouvel espoir pour les formes résistantes [Internet]. Paris: Inserm; 2025 [cited 2026 Feb 10].

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