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12/02/2026

Épilepsie : viser juste pour mieux traiter ?

Neurologie

Par Ana Espino | Publié le 12 février 2026 | 3 min de lecture


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Domaine d’étude : NEUROLOGIE
L’épilepsie est une affection neurologique chronique marquée par une activité électrique anormale du cerveau, à l’origine de crises souvent soudaines et invalidantes. Si la majorité des patients répond aux traitements antiépileptiques, environ 30 % d’entre eux développent une épilepsie pharmacorésistante, définie par l’échec d’au moins deux médicaments bien choisis et bien tolérés. Cette forme réfractaire expose à une altération majeure de la qualité de vie, un risque accru de comorbidités psychiatriques, ainsi qu’à une mortalité prématurée, notamment par SUDEP (mort subite inexpliquée en épilepsie).

La prise en charge actuelle est éssentiellement symptomatique, focalisée sur la réduction des crises sans cibler les causes sous-jacentes de la maladie. Les traitements restent inefficaces dans de nombreuses formes génétiques ou syndromiques, pour lesquelles aucune approche thérapeutique spécifique n’est validée à ce jour. Ce manque de solutions adaptées souligne la nécessité d’aller au-delà de l’approche universelle du traitement antiépileptique.

Dans ce contexte, le principal défi thérapeutique réside dans le développement de stratégies individualisées, capables d’agir directement sur les mécanismes pathogéniques propres à chaque type d’épilepsie. La médecine de précision apparaît comme une piste particulièrement prometteuse. Cette étude a été initiée afin d’évaluer les avancées récentes dans le domaine des thérapies ciblées en épilepsie, en analysant les données précliniques et cliniques disponibles, afin d’en cerner le potentiel et les limites dans la perspective d’une prise en charge personnalisée.


Cibler, c’est gagner ?



L’article s’appuie sur une revue narrative structurée des thérapies ciblées développées dans les épilepsies rares ou génétiques. L’approche combine des données issues de modèles animaux, d’études cellulaires dérivées de patients et d’essais cliniques disponibles. Plusieurs syndromes spécifiques sont explorés, parmi lesquels l’épilepsie dépendante de la pyridoxine, le syndrome de déficit en GLUT1, le complexe de sclérose tubéreuse (TSC), ainsi que les encéphalopathies génétiques liées à SCN2A, KCNT1 et GRIN2B.

Certains traitements ciblés comme la pyridoxine ou le régime cétogène ont prouvé leur efficacité dès les premières observations cliniques, bien avant que les mécanismes moléculaires sous-jacents ne soient pleinement élucidés. L’everolimus, inhibiteur de la voie mTOR, a obtenu des résultats significatifs dans le TSC, avec un taux de réponse avoisinant 40 % dans les essais cliniques de phase 3. Dans les formes d’épilepsie SCN2A à gain de fonction, les bloqueurs de canaux sodiques se sont révélés cliniquement bénéfiques, tant dans les modèles animaux que dans des cas cliniques documentés. D’autres pistes plus expérimentales sont également évoquées, notamment la modulation de la voie glutamatergique via GluN2C, ou encore le ciblage de l’inflammation neuro-immunitaire par des médiateurs comme IL-1β ou CXCL10, ouvrant la voie à de futures approches combinées.

Cependant, l’efficacité inconstante de certaines options, comme la quinidine dans les épilepsies KCNT1, illustre les limites de transposition des résultats précliniques à la pratique clinique, et souligne la nécessité d’un encadrement méthodologique rigoureux pour valider ces approches ciblées.



Personnaliser l’épilepsie, mission possible ?



L’épilepsie résistante est une pathologie neurologique sévère, marquée par une perte de contrôle des crises malgré les traitements standards. Le principal défi reste l’incapacité des approches actuelles à agir sur les mécanismes sous-jacents, en particulier dans les formes génétiques ou syndromiques.

Cette étude avait pour objectif d’explorer les avancées récentes en thérapies ciblées, en s’appuyant sur les résultats précliniques et cliniques obtenus dans des sous-groupes bien définis d’épilepsies rares. Les données présentées confirment que la médecine de précision offre une piste thérapeutique crédible, avec des bénéfices démontrés dans certaines indications comme le TSC, le déficit en GLUT1 ou les mutations SCN2A, tout en soulignant l’hétérogénéité des résultats et la complexité de leur application clinique.

Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des essais cliniques multicentriques de grande ampleur, une caractérisation fonctionnelle approfondie des variants génétiques, ainsi que le développement de protocoles standardisés pour l’usage des thérapies ciblées en neurologie. Il sera aussi essentiel de mieux identifier les fenêtres thérapeutiques précoces, d’intégrer les approches de repositionnement de médicaments, et de renforcer la collaboration entre cliniciens, généticiens et chercheurs pour accélérer la transposition des découvertes vers une pratique réellement personnalisée.




À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Auvin S. Targeted therapies in epilepsies. Rev Neurol (Paris). 2025 May;181(5):450-455 ;

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