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22/04/2026

CRISPR contre le paludisme : la fin du moustique ?

Infectiologie

Par Ana Espino | Publié le 22 avril 2026 | 4 min de lecture


Le paludisme est l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières au monde, responsable d’environ 600 000 décès par an et transmis par les moustiques du genre Anopheles. Cette pathologie a profondément marqué l’histoire humaine et reste aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Malgré des progrès importants, les stratégies actuelles présentent des limites significatives. Les traitements médicamenteux, bien que efficaces, ne suffisent pas à interrompre la transmission, tandis que les outils de lutte antivectorielle, tels que les insecticides et les moustiquaires, voient leur efficacité diminuer en raison de l’émergence de résistances. Par ailleurs, certaines approches historiques ont reposé sur des méthodes écologiquement délétères, aujourd’hui difficilement acceptables.

Dans ce contexte, les principaux challenges résident dans la nécessité de développer des solutions durables, efficaces à grande échelle et respectueuses de l’environnement, tout en contournant les phénomènes de résistance.

L’objectif de cette étude, publiée récemment dans Parasites and Vectors,  est de présenter comment les technologies CRISPR/Cas9 ont révolutionné à la fois la compréhension de la biologie des moustiques vecteurs et le développement de nouvelles stratégies innovantes pour contrôler, voire éradiquer, la transmission du paludisme.



Peut-on reprogrammer les moustiques ?


L’article repose sur une revue approfondie de la littérature scientifique des dix dernières années concernant l’utilisation des technologies CRISPR chez les moustiques Anopheles. La méthodologie consiste à analyser les différentes applications de CRISPR, à la fois pour l’étude des mécanismes biologiques fondamentaux et pour le développement d’outils de contrôle vectoriel.

Les résultats montrent que CRISPR a permis des avancées majeures dans la compréhension des fonctions génétiques impliquées dans la transmission du parasite, notamment les interactions hôte-pathogène, les mécanismes sensoriels (olfaction, détection de l’hôte), la reproduction et la différenciation sexuelle. Par exemple, l’inactivation de certains gènes a permis de réduire la capacité des moustiques à héberger ou transmettre Plasmodium, ou encore d’altérer leur comportement de recherche de l’hôte.

En parallèle, CRISPR a conduit au développement de nouvelles stratégies de contrôle vectoriel. Parmi celles-ci, on retrouve des approches de suppression de population, comme la production de mâles stériles (pgSIT) ou l’élimination spécifique des femelles (IFEGENIA), ainsi que des systèmes plus complexes comme les gene drives capables de se propager dans les populations naturelles pour réduire leur capacité à transmettre la maladie. Ces technologies montrent des résultats prometteurs en conditions expérimentales, notamment avec des niveaux élevés de stérilité ou de suppression des populations dans des essais en laboratoire. Toutefois, certains résultats mettent également en évidence des limites, notamment l’apparition d’allèles de résistance qui peuvent freiner l’efficacité des gene drives. 



CRISPR, arme ultime contre le paludisme ?



Le paludisme demeure une maladie majeure transmise par les moustiques Anopheles, dont le contrôle reste un défi mondial. Les principaux challenges identifiés concernent la résistance aux méthodes actuelles, la complexité biologique des vecteurs et la nécessité de solutions durables et sûres.

L’objectif de l’étude était de montrer en quoi les technologies CRISPR constituent une avancée majeure dans ce domaine. Globalement, les résultats indiquent que CRISPR représente une véritable révolution, tant pour la recherche fondamentale que pour le développement de stratégies innovantes de lutte antivectorielle. Ces approches ouvrent la voie à des interventions potentiellement plus ciblées, efficaces et respectueuses de l’environnement.

Cependant, l’étude souligne plusieurs limites. Certaines technologies nécessitent encore des améliorations techniques, notamment pour garantir leur efficacité à grande échelle. Les risques liés à l’apparition de résistances, en particulier dans les systèmes de gene drive, restent un obstacle important. De plus, les questions réglementaires, éthiques et écologiques liées à la libération d’organismes génétiquement modifiés constituent des freins majeurs à leur déploiement.

En termes de perspectives, les travaux futurs devront se concentrer sur l’optimisation de ces technologies, la réduction des risques de résistance et l’évaluation de leur sécurité en conditions réelles. À terme, ces innovations pourraient permettre de transformer profondément les stratégies de lutte contre le paludisme et contribuer à son éradication. 





À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Smidler AL, et al. CRISPR technologies for the control and study of malaria-transmitting anopheline mosquitoes. Parasit Vectors. 2025 Jul 3;18(1):252. doi: 10.1186/s13071-025-06905-w. PMID: 40611351; PMCID: PMC12226854. ;

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