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22/04/2026

Une découverte élargit le rôle des gènes BRCA à de nouveaux cancers

Oncologie

Par Elodie Vaz | Publié le 22 avril 2026 | 3 min de lecture


Les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 sont historiquement associées à un risque accru de cancers du sein et de l’ovaire, mais également du pancréas et de la prostate. Ces gènes jouent un rôle clé dans la réparation de l’ADN, et leurs variants pathogènes compromettent ce mécanisme, favorisant l’accumulation d’anomalies génétiques et la transformation cellulaire. Cette compréhension a permis le développement de stratégies de médecine personnalisée, notamment via les inhibiteurs de PARP. Toutefois, pour de nombreux cancers plus rares, l’implication de ces gènes restait jusqu’ici peu explorée.

Dans ce contexte, une équipe internationale dirigée par le Centre RIKEN pour les sciences médicales intégratives (IMS) a cherché à combler ce manque de connaissances dans une étude publiée en avril dans la revue ESMO Open. L’objectif était de déterminer si les variants pathogènes des gènes BRCA1 et BRCA2 pouvaient également être impliqués dans d’autres types de cancers, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles applications de la médecine personnalisée. « Si des études antérieures ont étendu le profil de risque de cancer associé aux variants pathogènes BRCA1/2 […] nous étions convaincus que les cancers relativement moins fréquents bénéficieraient également d'un approfondissement des données génétiques », souligne le professeur Hajime Sasagawa, premier auteur de l’étude.



Explorer des cancers souvent laissés de côté



Les chercheurs ont conduit une étude cas-témoins à partir des données de BioBank Japan, incluant 3 489 patients atteints de cancer et 38 842 individus témoins. Les données, collectées entre 2003 et 2018, proviennent d’un large registre hospitalier multi-institutionnel. L’analyse s’est concentrée sur neuf types de cancers dont l’association avec les gènes BRCA n’avait pas encore été clairement établie : vessie, os, cerveau, tête et cou, sarcomes, peau, testicules, thyroïde et uretère. Les profils génétiques des patients ont été comparés à ceux des témoins afin d’identifier des corrélations significatives entre variants BRCA et survenue de ces cancers.

Les résultats mettent en évidence de nouvelles associations. Les variants pathogènes du gène BRCA1 sont liés à un risque accru de cancer de la thyroïde. De leur côté, les variants du gène BRCA2 augmentent significativement le risque de cancers de la vessie, de la tête et du cou, ainsi que de la peau. Fait marquant, dans le cas du cancer de la vessie, ce risque apparaît plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Ces données élargissent considérablement le spectre des cancers associés aux mutations BRCA et suggèrent que des mécanismes communs de défaillance de réparation de l’ADN pourraient être impliqués dans ces pathologies jusqu’ici non reliées à ces gènes.


Thyroïde, peau, vessie… de nouveaux liens révélés


Cette étude est une avancée importante pour la compréhension des cancers rares et leur prise en charge. Elle suggère que les approches de médecine personnalisée déjà utilisées pour les cancers du sein ou de l’ovaire pourraient être étendues à d’autres indications, souvent caractérisées par un pronostic défavorable et des options thérapeutiques limitées.

Comme le rappelle le professeur Yukihide Momozawa, auteur principal, « bien que cette étude ne débouche pas sur des recommandations immédiates […] nous espérons que ces résultats contribueront à l'élaboration de recommandations de médecine personnalisée pour ces quatre types de cancer. »

À terme, ces travaux ouvrent la voie à de futurs essais cliniques ciblés et à une meilleure intégration des profils génétiques dans la prise en charge des cancers rares, posant les bases d’une oncologie de précision plus inclusive.  




                  À lire également : 
Cancer du sein : l’ADN tumoral circulant, un biomarqueur clé pour anticiper les rechutes






À propos de l'auteure – Elodie Vaz 
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023   Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.    

Source(s) :
Sasagawa H, Momozawa Y, et al. Association of BRCA1/2 pathogenic variants with multiple cancer types: a case-control study from BioBank Japan. ESMO Open [Internet]. 2026 Apr [cited 2026 Apr 17] ;

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