23/04/2026
Démence infantile : l’hyperactivité des synapses, clé précoce d’un cerveau qui bascule
Neurologie
Le syndrome de Sanfilippo, forme fréquente de démence infantile, est une maladie génétique rare caractérisée par une neurodégénérescence progressive et fatale. Les enfants atteints suivent initialement un développement normal avant de perdre rapidement leurs acquis cognitifs, leur langage et leurs capacités motrices. Les premiers signes cliniques — hyperactivité, troubles du sommeil, comportements erratiques — précèdent une détérioration inexorable. En Australie, environ 1400 enfants sont concernés, et des centaines de milliers de cas sont recensés à l’échelle mondiale. Derrière ces chiffres se cachent des trajectoires familiales profondément bouleversées. « C’est comme faire le deuil de la vie de son enfant sous ses yeux, avant même qu’elle n’ait commencé », témoigne dans un communiqué de presse, Tenille Koistinen, mère d’un enfant atteint.
Décrypter les mécanismes précoces de la maladie
Face à l’absence de traitement curatif, la compréhension des mécanismes cellulaires précoces est un enjeu majeur. L’étude publiée le 7 avril dans Nature Communications, menée par une collaboration internationale pilotée depuis l’Australie, vise précisément à identifier les altérations initiales responsables du déclin neurologique. Pour le professeur Cedric Bardy, chercheur principal et directeur du Laboratoire de neurophysiologie et de génétique humaines de l'Institut de recherche médicale et sanitaire d'Australie-Méridionale (SAHMRI) et de l'Université Flinders, l’objectif était de dépasser la vision d’une simple dégénérescence tardive pour explorer les dysfonctionnements survenant dès les premiers stades du développement cérébral.
Une approche expérimentale fondée sur les cellules souches
Pour parvenir à leurs résultats, les chercheurs ont utilisé des neurones corticaux dérivés de cellules souches humaines, issus de patients atteints du syndrome de Sanfilippo. Ces modèles cellulaires ont été analysés grâce à des techniques électrophysiologiques et moléculaires avancées, permettant d’observer finement l’activité synaptique et l’organisation des réseaux neuronaux. Cette approche in vitro a permis de reproduire les étapes du développement cérébral et d’identifier les anomalies émergentes au fil de la maturation neuronale.
Des synapses en
surrégime dès le développement précoce
Les résultats mettent en évidence une hyperactivité chronique des circuits neuronaux. « Ce que nous observons dans les neurones de ces enfants, c'est une augmentation de l'activité excitatrice qui perturbe l'équilibre naturel du cerveau », explique dans un communiqué de presse le professeur Bardy. Initialement fonctionnels, les neurones deviennent progressivement hyperactifs, générant des bouffées d’activité électrique intense et synchronisée. Cette dynamique reproduit les symptômes observés cliniquement.
« Cette hyperactivité offre une explication biologique claire aux changements comportementaux précoces et nous rapproche de la compréhension des mécanismes complexes contribuant à la démence infantile. » Plus encore, l’étude montre que ces neurones sont particulièrement vulnérables au stress métabolique. Une simple carence nutritionnelle accentue les anomalies synaptiques, suggérant que des facteurs environnementaux peuvent accélérer la progression de la maladie.
« Nos recherches montrent que la perturbation de la communication synaptique n'est pas simplement un sous-produit de la dégénérescence. C'est un facteur précoce de la maladie ». Cette inversion de perspective repositionne les synapses comme cibles thérapeutiques prioritaires.
Vers une médecine personnalisée de la démence infantile
Des essais précliniques ont déjà montré que certains médicaments existants peuvent corriger ces déséquilibres synaptiques. « De manière encourageante, nous avons déjà démontré en laboratoire que ces déséquilibres synaptiques peuvent être corrigés », précise le professeur Bardy, évoquant une cible thérapeutique concrète. L’équipe dispose désormais « d'un nouvel outil préclinique » pour évaluer ces traitements.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023 Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
Source(s) :
Modélisation des dysfonctions synaptiques dans la démence infantile à l’aide de réseaux corticaux dérivés de l’iPSC humain ;
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