11/02/2026
Enfants à court de fer ?
Hématologie
Par Ana Espino | Publié le 11 février 2026 | 3 min de lecture
L’anémie ferriprive (IDA) est la forme la plus fréquente d’anémie chez l’enfant et résulte d’un déficit en fer, élément essentiel à l’érythropoïèse et au développement neurologique. Chez les enfants d’âge scolaire (5–12 ans), cette carence est associée à une diminution des capacités cognitives, une altération de l’immunité et une baisse des performances scolaires, avec des conséquences potentiellement durables sur le capital humain.
Malgré ces impacts, la prise en charge de l’IDA reste largement insuffisante dans cette tranche d’âge. Les stratégies de prévention et de traitement reposent principalement sur la supplémentation en fer et la fortification alimentaire, mais elles ciblent prioritairement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. En parallèle, l’absence de données épidémiologiques globales fiables, la variabilité des critères diagnostiques et le manque d’intégration des biomarqueurs inflammatoires limitent l’identification précise des enfants concernés et l’efficacité des interventions.
Dans ce contexte, une piste prioritaire consiste à mieux quantifier la charge réelle de l’IDA chez les enfants scolarisés afin de justifier des stratégies de dépistage et de supplémentation adaptées à cette population encore négligée.
L’objectif de cette étude est donc de fournir une estimation mondiale actualisée de la prévalence de l’anémie ferriprive chez les enfants âgés de 5 à 12 ans, à travers une revue systématique et une méta-analyse, afin d’éclairer les politiques de santé publique et d’orienter des interventions nutritionnelles ciblées.
55 études observationnelles incluant 2,1 millions d’enfants ont été sélectionnées. Les études devaient rapporter à la fois une anémie (Hb basse) et un déficit en fer (ferritine basse) pour être incluses. Les définitions diagnostiques suivaient soit les critères de l’OMS, soit des seuils alternatifs.
Les résultats montrent une prévalence mondiale moyenne de l’IDA de 9,4 % (IC 95 % : 6,5–12,7), soit un problème de santé publique classé comme “léger” selon les seuils de l’OMS. Toutefois, cette moyenne masque de fortes disparités régionales. En Afrique subsaharienne, la prévalence atteint 21,9 %, et 15,8 % en Asie du Sud. Les pays à faibles revenus rapportent une prévalence de 29,7 %, contre 24,5 % dans les pays à revenus intermédiaires bas.
L’étude révèle également un impact méthodologique significatif : les études utilisant les critères de l’OMS rapportent des prévalences plus basses (7,3 %), tandis que celles utilisant d’autres définitions montent à 12,4 %. Cela souligne la nécessité d’une harmonisation des critères diagnostiques, incluant idéalement des marqueurs comme la CRP ou l’AGP pour distinguer les formes carentielles des formes inflammatoires.
L’anémie ferriprive est une pathologie nutritionnelle largement négligée chez les enfants d’âge scolaire, malgré ses impacts délétères sur le développement, la concentration, l’immunité et l’apprentissage. Le principal défi réside dans le manque de données fiables, l’absence de dépistage systématique, et l’invisibilité de cette tranche d’âge dans les programmes nutritionnels globaux. Cette étude visait à fournir une vision globale et consolidée de la prévalence de l’IDA chez les 5–12 ans, pour orienter les futures politiques de prévention.
Les résultats montrent que, même si la prévalence globale est modérée, certains pays et régions dépassent largement les seuils critiques, justifiant des interventions ciblées et urgentes. L’IDA chez les enfants scolarisés ne peut plus être considérée comme bénigne.
Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des études longitudinales dans les régions sous-représentées, l’intégration de biomarqueurs inflammatoires standardisés, et la mise en place de critères diagnostiques harmonisés à l’échelle mondiale. Il sera aussi crucial de développer des stratégies de dépistage scolaire, d’adapter les programmes de supplémentation aux contextes locaux, et de réintégrer les enfants d’âge scolaire dans les priorités nutritionnelles mondiales, afin de rompre le cycle invisible de la carence en fer.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
L’anémie ferriprive (IDA) est la forme la plus fréquente d’anémie chez l’enfant et résulte d’un déficit en fer, élément essentiel à l’érythropoïèse et au développement neurologique. Chez les enfants d’âge scolaire (5–12 ans), cette carence est associée à une diminution des capacités cognitives, une altération de l’immunité et une baisse des performances scolaires, avec des conséquences potentiellement durables sur le capital humain.
Malgré ces impacts, la prise en charge de l’IDA reste largement insuffisante dans cette tranche d’âge. Les stratégies de prévention et de traitement reposent principalement sur la supplémentation en fer et la fortification alimentaire, mais elles ciblent prioritairement les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. En parallèle, l’absence de données épidémiologiques globales fiables, la variabilité des critères diagnostiques et le manque d’intégration des biomarqueurs inflammatoires limitent l’identification précise des enfants concernés et l’efficacité des interventions.
Dans ce contexte, une piste prioritaire consiste à mieux quantifier la charge réelle de l’IDA chez les enfants scolarisés afin de justifier des stratégies de dépistage et de supplémentation adaptées à cette population encore négligée.
L’objectif de cette étude est donc de fournir une estimation mondiale actualisée de la prévalence de l’anémie ferriprive chez les enfants âgés de 5 à 12 ans, à travers une revue systématique et une méta-analyse, afin d’éclairer les politiques de santé publique et d’orienter des interventions nutritionnelles ciblées.
Où le fer fait-il défaut ?
55 études observationnelles incluant 2,1 millions d’enfants ont été sélectionnées. Les études devaient rapporter à la fois une anémie (Hb basse) et un déficit en fer (ferritine basse) pour être incluses. Les définitions diagnostiques suivaient soit les critères de l’OMS, soit des seuils alternatifs.
Les résultats montrent une prévalence mondiale moyenne de l’IDA de 9,4 % (IC 95 % : 6,5–12,7), soit un problème de santé publique classé comme “léger” selon les seuils de l’OMS. Toutefois, cette moyenne masque de fortes disparités régionales. En Afrique subsaharienne, la prévalence atteint 21,9 %, et 15,8 % en Asie du Sud. Les pays à faibles revenus rapportent une prévalence de 29,7 %, contre 24,5 % dans les pays à revenus intermédiaires bas.
L’étude révèle également un impact méthodologique significatif : les études utilisant les critères de l’OMS rapportent des prévalences plus basses (7,3 %), tandis que celles utilisant d’autres définitions montent à 12,4 %. Cela souligne la nécessité d’une harmonisation des critères diagnostiques, incluant idéalement des marqueurs comme la CRP ou l’AGP pour distinguer les formes carentielles des formes inflammatoires.
Le fer, urgence scolaire ?
L’anémie ferriprive est une pathologie nutritionnelle largement négligée chez les enfants d’âge scolaire, malgré ses impacts délétères sur le développement, la concentration, l’immunité et l’apprentissage. Le principal défi réside dans le manque de données fiables, l’absence de dépistage systématique, et l’invisibilité de cette tranche d’âge dans les programmes nutritionnels globaux. Cette étude visait à fournir une vision globale et consolidée de la prévalence de l’IDA chez les 5–12 ans, pour orienter les futures politiques de prévention.
Les résultats montrent que, même si la prévalence globale est modérée, certains pays et régions dépassent largement les seuils critiques, justifiant des interventions ciblées et urgentes. L’IDA chez les enfants scolarisés ne peut plus être considérée comme bénigne.
Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des études longitudinales dans les régions sous-représentées, l’intégration de biomarqueurs inflammatoires standardisés, et la mise en place de critères diagnostiques harmonisés à l’échelle mondiale. Il sera aussi crucial de développer des stratégies de dépistage scolaire, d’adapter les programmes de supplémentation aux contextes locaux, et de réintégrer les enfants d’âge scolaire dans les priorités nutritionnelles mondiales, afin de rompre le cycle invisible de la carence en fer.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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