Précédent

09/02/2026

Et si le bloc devenait la norme chez l’enfant ?

Anesthésie et Réanimation

Par Ana Espino | Publié le 9 février 2026 | 3 min de lecture


La prise en charge de la douleur aiguë chez l’enfant reste un défi majeur en anesthésie, en particulier dans un contexte post-opératoire. Malgré les progrès des techniques anesthésiques, les approches conventionnelles basées sur les opioïdes demeurent largement utilisées, bien qu’elles exposent à des effets secondaires (nausées, dépression respiratoire, agitation post-opératoire) et à des risques à long terme, notamment de sensibilisation nociceptive ou de mésusage médicamenteux.


Face à ces limites, les techniques d’anesthésie régionale apparaissent comme une alternative efficace, ciblée et mieux tolérée, permettant de bloquer la transmission nociceptive au plus près de la zone opérée. Cependant, leur intégration systématique en pratique pédiatrique reste entravée par des barrières logistiques, techniques et culturelles, notamment la peur des complications neurologiques et le manque de formation.


Dans ce contexte, cette étude a été initiée de sorte à faire le point sur les données récentes concernant l’anesthésie régionale chez l’enfant, en évaluant son efficacité, sa sécurité, ses indications principales et les perspectives d’évolution vers une utilisation plus large et structurée.



Le bloc change-t-il vraiment la donne ?


Cette revue s’appuie sur une analyse détaillée de la littérature scientifique récente, complétée par les données des registres prospectifs comme le PRAN (Pediatric Regional Anesthesia Network), incluant plusieurs dizaines de milliers de procédures régionales chez l’enfant.


Les techniques les plus couramment utilisées sont les blocs périphériques (bloc fémoral, ilio-inguinal, sciatique, axillaire) et les blocs neuraxiaux (péridural, caudal, rachianesthésie). L’usage de l’échographie a révolutionné la pratique, en améliorant la précision, en réduisant le taux d’échecs techniques et en diminuant le risque de complications.


Ces travaux montrent que le taux de complications majeures neurologiques est extrêmement faible (< 0,02 %), même chez les nourrissons et jeunes enfants. L’efficacité en termes de réduction de la douleur post-opératoire, de moindre recours aux opioïdes et d’amélioration de la récupération est clairement démontrée, notamment après chirurgie orthopédique ou abdominale.


Par ailleurs, les blocs réalisés sous anesthésie générale (pratique fréquente en pédiatrie) ne semblent pas associés à une augmentation du risque neurologique, à condition d’une surveillance adaptée. Enfin, les techniques continues par cathéters se développent, notamment pour la prise en charge de douleurs prolongées après chirurgie lourde.



Réduire la douleur sans augmenter les risques ?


La douleur aiguë post-opératoire pédiatrique reste une problématique complexe, souvent mal prise en charge par les stratégies conventionnelles. Le principal challenge est d’intégrer de façon systématique des techniques efficaces et sûres, sans alourdir la prise en charge anesthésique. Cette revue avait pour objectif de démontrer que l’anesthésie régionale pédiatrique constitue une option solide, basée sur des données de sécurité robustes et des bénéfices cliniques bien documentés.


Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches.
Ces recherches incluront l’évaluation comparative des blocs selon les types de chirurgie, la standardisation des techniques en fonction de l’âge et du poids, et la formation ciblée des équipes pédiatriques à l’échoguidage. Il sera également essentiel de mieux intégrer ces techniques dans les parcours de soins multimodaux, et d’explorer leur impact sur le développement neurologique à long terme, afin de positionner l’anesthésie régionale comme un pilier central de la prise en charge de la douleur chez l’enfant.

À lire également : Délirium postop : la mélatonine fait-elle vraiment effet ?



À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie

Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 



Source(s) :
Marhofer P, et al. Pediatric Regional Anesthesia: A Practical Guideline for Daily Clinical Practice. Anesthesiology. 2025 Aug 1;143(2):444-461 ;

Dernières revues


Et si le bloc devenait la norme chez l’enfant ?

Par Ana Espino | Publié le 9 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Et si la statine calmait l’inflammation ?

Par Ana Espino | Publié le 6 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Essai IAVI G004 : aperçu d’un vaccin anti-VIH de nouvelle génération

Par Carolina Lima | Publié le 5 février 2026 | 3 min de lecture<br>