Précédent

10/02/2026

GPCR : penser au-delà de la membrane

Biologie Médicale

Par Ana Espino | Publié le 9 février 2026 | 3 min de lecture


Les récepteurs couplés aux protéines G (GPCR) sont au cœur de la signalisation cellulaire. Ils régulent des fonctions physiologiques clés – cardiovasculaires, neurologiques, immunitaires – et représentent à eux seuls près d’un tiers des cibles thérapeutiques actuelles. Longtemps considérés comme actifs uniquement à la membrane plasmique, les GPCR étaient classiquement associés à une activation rapide et transitoire de voies intracellulaires via les protéines G et les β-arrestines.

Cette vision montre toutefois ses limites. Plus études récentes révèlent que les GPCR peuvent signaler à partir de compartiments intracellulaires tels que les endosomes, l’appareil de Golgi ou même le noyau, avec des effets distincts et souvent prolongés. Les outils pharmacologiques traditionnels ne permettent pas de distinguer ces signaux selon leur origine subcellulaire, ce qui limite notre capacité à développer des médicaments spécifiques, localisés et plus efficaces.

Face à ce constat, une piste thérapeutique émergente consiste à utiliser les outils de la chimie biologique pour visualiser, moduler et décrypter la signalisation des GPCR dans l’espace intracellulaire. Cette approche offre une opportunité unique d'accéder à une cartographie dynamique et compartimentée des voies de signalisation.

Cette étude a donc été initiée de sorte à passer en revue les approches récentes issues de la chimie biologique qui permettent de mieux comprendre cette signalisation intracellulaire des GPCR, et d’en évaluer le potentiel pour transformer la pharmacologie ciblée.


Peut-on tracer les signaux intracellulaires ?



Dans cette étude, l’utilisation de sondes chimiques localisables, capables d’activer ou d’inhiber les GPCR dans des compartiments cellulaires spécifiques tels que les endosomes ou l’appareil de Golgi, est mise en avant. Ils présentent également des outils optogénétiques et chimico-génétiques permettant une activation contrôlée du récepteur dans le temps et dans l’espace. À cela s’ajoutent des biosenseurs intracellulaires FRET/BRET, conçus pour détecter l’activation des protéines G ou des β-arrestines dans des zones précises de la cellule, ainsi que des plateformes de ciblage moléculaire utilisant des signaux de localisation subcellulaire pour repositionner les récepteurs ou leurs effecteurs dans des compartiments déterminés.

Les données rassemblées confirment que les GPCR ne sont pas uniquement actifs à la membrane plasmique. Des signaux distincts émanent également des endosomes, de l’appareil de Golgi, et parfois d’organelles non conventionnels, influençant la durée, l’intensité et la nature des réponses cellulaires. Cette signalisation intracellulaire pourrait expliquer les effets différenciés observés avec certains ligands, et ouvre la voie au développement de médicaments plus précis, compartimentés et fonctionnellement sélectifs.


Vers une pharmacologie 3D ?



Les GPCR sont des cibles pharmacologiques majeures, mais leur signalisation intracellulaire reste largement inexplorée. Le principal défi actuel réside dans l’incapacité des approches classiques à distinguer les signaux selon leur origine subcellulaire, ce qui limite la précision des thérapies ciblées. Cette revue avait pour objectif de mettre en lumière les outils de chimie biologique récemment développés pour analyser et moduler la signalisation des GPCR dans des compartiments spécifiques. Elle montre que la localisation intracellulaire du récepteur influence fortement la nature, la durée et l’intensité du signal, ouvrant de nouvelles perspectives pour une pharmacologie plus fine et plus personnalisée.

Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront le raffinement des outils de ciblage subcellulaire, l’intégration des données dynamiques dans des modèles cellulaires plus complexes, ainsi que des études fonctionnelles in vivo pour évaluer les conséquences physiopathologiques de la signalisation compartimentée. Il sera également essentiel de mieux relier ces signaux localisés aux réponses pharmacologiques globales, afin d’optimiser le développement de médicaments capables d’agir précisément là où le signal est réellement émis.




À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 


Source(s) :
Bock A, et al. Chemical biology approaches to resolve the subcellular GPCR signaling landscape. Nat Chem Biol. 2025 Aug;21(8):1148-1159 ;

Dernières revues


GPCR : penser au-delà de la membrane

Par Ana Espino | Publié le 9 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Et si le bloc devenait la norme chez l’enfant ?

Par Ana Espino | Publié le 9 février 2026 | 3 min de lecture<br>

Et si la statine calmait l’inflammation ?

Par Ana Espino | Publié le 6 février 2026 | 3 min de lecture<br>