11/05/2026
Et si la santé cardiaque influençait aussi le risque de cancer ?
Cardiologie et Médecine Vasculaire
Le syndrome cardio-rénal-métabolique (SCR ou CKM en anglais) est l’association de troubles cardiovasculaires, rénaux et métaboliques, incluant notamment le diabète et l’obésité. Longtemps étudié sous l’angle du risque cardiovasculaire, ce syndrome apparaît aujourd’hui comme une pathologie systémique affectant l’ensemble des organes. Il est déjà bien établi que le SCR augmente fortement le risque de mortalité et d’invalidité liées aux maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux. Toutefois, ses répercussions dépassent largement ce cadre, avec des liens documentés vers l’insuffisance rénale, la démence, la stéatose hépatique ou encore l’apnée obstructive du sommeil.
Selon les données de l’American Heart Association, près de 90 % des adultes américains présentent au moins un facteur du spectre CKM, tels que l’hypertension artérielle, des anomalies lipidiques, une hyperglycémie, un excès pondéral ou une altération de la fonction rénale.
Explorer le lien entre CKM et cancer
Comme le souligne dans un communiqué de presse le Pr Hidehiro Kaneko, auteur principal de l’étude, « les résultats de l’étude suggèrent qu’il est important de prendre en compte non seulement le risque de maladies cardiovasculaires, mais aussi le risque de cancer chez les personnes atteintes du syndrome de CKM ».
Pour parvenir à ces résultats, l’équipe de l’Université de Tokyo a analysé les données nationales de remboursement de soins de santé concernant près de 1,4 million d’individus. Chaque participant a été classé selon les recommandations de l’American Heart Association, qui définissent cinq stades du syndrome CKM, du stade 0 (absence de facteurs de risque) au stade 4 (maladie cardiovasculaire avérée).
Les participants ont ensuite été suivis pendant une durée médiane d’environ 3,5 ans, afin d’identifier l’apparition de nouveaux diagnostics de cancer. Cette approche longitudinale a permis d’évaluer finement l’évolution du risque en fonction de la progression du syndrome.
Une augmentation marquée aux stades avancés
Les résultats montrent une augmentation significative du risque de cancer à mesure que le syndrome CKM progresse, bien que cette hausse reste modeste aux stades précoces. Comparativement aux individus sans facteurs de risque (stade 0), le risque de développer un cancer augmente de :
● 3 % au stade 1
● 2 % au stade 2
● 25 % au stade 3
● 30 % au stade 4
Ces données mettent en évidence un seuil critique à partir du stade 3, où l’accumulation des dysfonctionnements semble jouer un rôle déterminant.
Pour le Pr Hidehiro Kaneko, « le syndrome CKM représente une interaction complexe entre les systèmes cardiovasculaire, rénal et métabolique, où un dysfonctionnement dans un domaine peut déclencher ou aggraver un dysfonctionnement dans d'autres ». Il ajoute : « Un dysfonctionnement dans chacun de ces systèmes est associé indépendamment à un risque de cancer en raison de facteurs de risque communs. Cette étude suggère que l'accumulation de facteurs de risque dans le cadre du syndrome CKM peut contribuer au développement de différents types de cancer. »
Vers une approche intégrée cardio-oncologique
Ces résultats s’inscrivent dans une vision élargie des interactions entre maladies chroniques. Comme le rappelle le professeur Tochukwu Okwuosa : « L'étude met en lumière cette relation bidirectionnelle et souligne le concept de cardio-oncologie inversée, selon lequel les maladies cardiovasculaires et leurs facteurs de risque augmentent également le risque de cancer. »
Cette approche ouvre des perspectives en matière de prévention et de dépistage. La classification du syndrome CKM pourrait devenir un outil clinique utile pour identifier les patients à haut risque et orienter les stratégies de surveillance oncologique.
L’étude présente néanmoins certaines limites, notamment liées à son ancrage dans une population japonaise, ce qui pourrait restreindre la généralisation des résultats. Toutefois, la cohérence avec des travaux antérieurs souligne que ces associations pourraient être observées dans d’autres contextes.
À l’avenir, une meilleure compréhension des mécanismes biologiques sous-jacents — inflammation chronique, stress oxydatif, dysrégulation métabolique — pourrait permettre de développer des approches thérapeutiques ciblées, à l’interface entre cardiologie, néphrologie et oncologie.
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023 Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
Source(s) :
Dernières revues
Hantavirus : comment le virus détourne la cellule ?
Par Ana Espino | Publié le 11 mai 2026 | 4 min de lecture<br><br><br>
Comment stopper les hantavirus ?
Par Ana Espino | Publié le 11 mai 2026 | 4 min de lecture<br><br><br>
Cellules immunes et lupus systémique : une dérégulation globale du système immunitaire
Par Ana Espino | Publié le 8 mai 2026 | 4 min de lecture ...