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13/05/2026

Fibromyalgie et troubles alimentaires : un lien caché ?

Rhumatologie

Par Ana Espino | Publié le 13 mai 2026 | 3 min de lecture


La fibromyalgie est une maladie chronique caractérisée par des douleurs diffuses, une fatigue importante, des troubles du sommeil et des difficultés cognitives. Les troubles du comportement alimentaire (TCA), comme l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie, sont quant à eux des pathologies psychiatriques associées à des perturbations du comportement alimentaire et de l’image corporelle.

Bien que ces deux pathologies soient traditionnellement étudiées séparément, elles présentent de nombreuses similitudes cliniques. De manière similaire, les traitements actuels de ces deux pathologies restent souvent incomplets et principalement symptomatiques. Les approches thérapeutiques sont généralement cloisonnées entre différentes spécialités médicales, avec peu de prise en charge intégrée. De plus, les mécanismes biologiques communs entre ces deux pathologies restent encore mal compris, ce qui limite le développement de stratégies thérapeutiques ciblées.

Le principal défi est de comprendre pourquoi la fibromyalgie et les troubles alimentaires sont fréquemment associés. Les auteurs s’intéressent particulièrement au rôle du stress oxydatif et du dysfonctionnement de la voie Nrf2, un système cellulaire majeur impliqué dans la défense antioxydante, l’inflammation et le métabolisme énergétique. Ils cherchent également à déterminer comment ces mécanismes pourraient être ciblés par des approches de réhabilitation combinant nutrition, activité physique et prise en charge multidisciplinaire.


Objectif de l’étude



L’objectif de cette revue est d’explorer le rôle du stress oxydatif et du dysfonctionnement de la voie Nrf2 comme mécanisme biologique commun reliant la fibromyalgie et les troubles alimentaires, tout en évaluant les implications thérapeutiques de cette hypothèse dans les stratégies modernes de réhabilitation.


Stress oxydatif : le point commun ?


Les auteurs ont analysé des études portant sur :
  • le stress oxydatif dans la fibromyalgie et les troubles alimentaires 
  • la voie moléculaire Nrf2-Keap1 ;
  • les liens entre inflammation, métabolisme et douleur chronique ;
  • les approches de réhabilitation basées sur l’exercice physique, la nutrition et les activateurs naturels de Nrf2.
Les auteurs montrent que la fibromyalgie est associée à une augmentation importante du stress oxydatif. Les patients présentent des niveaux élevés de marqueurs de dommages oxydatifs ainsi qu’une diminution des défenses antioxydantes. Ces anomalies semblent corrélées à la sévérité des symptômes.

Les troubles alimentaires présentent eux aussi des anomalies du métabolisme oxydatif. Dans l’anorexie mentale notamment, la restriction alimentaire sévère entraîne des dysfonctionnements mitochondriaux, une augmentation du stress oxydatif et des déficits en micronutriments essentiels aux systèmes antioxydants. Les auteurs soulignent que ces perturbations peuvent également favoriser des anomalies neuroendocrines et inflammatoires.

Le rôle central de la voie Nrf2-Keap1 est également mis en avant. Nrf2 est décrit comme le principal régulateur des défenses antioxydantes cellulaires. En situation normale, cette protéine active l’expression de nombreux gènes impliqués dans la protection contre le stress oxydatif et l’inflammation. Chez les patients atteints de fibromyalgie ou de troubles alimentaires, cette voie semble altérée, ce qui pourrait contribuer à l’entretien des symptômes chroniques.

Les données de cette étude démontrent également que l’activité physique modérée pourrait activer la voie Nrf2 grâce à un phénomène de stress oxydatif léger et une stimulation des défenses antioxydantes cellulaires. À l’inverse, un exercice trop intense pourrait aggraver le stress oxydatif, soulignant l’importance d’une réhabilitation progressive et adaptée.

Le rôle potentiel de l’alimentation est également présenté. Plusieurs aliments riches en composés activateurs de Nrf2 sont décrits, notamment : les légumes crucifères riches en sulforaphane ; les polyphénols ; les oméga-3 ; le thé vert et certains fruits rouges.  Un régime de type méditerranéen, riche en aliments anti-inflammatoires et antioxydants, pourrait représenter une approche intéressante dans la prise en charge de la fibromyalgie et des troubles alimentaires.

Enfin, l’étude souligne l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire intégrant :
  • réhabilitation physique ;
  • soutien psychologique ;
  • évaluation nutritionnelle ;
  • dépistage systématique des troubles alimentaires chez les patients atteints de fibromyalgie. 

Réhabiliter autrement : vers une approche intégrée



La fibromyalgie et les troubles alimentaires sont deux pathologies complexes, souvent associées, impliquant douleur chronique, fatigue, troubles métaboliques et souffrance psychologique. Le principal défi reste de comprendre les mécanismes biologiques communs reliant ces deux maladies et de développer des stratégies thérapeutiques capables d’agir simultanément sur les dimensions physiques, métaboliques et psychologiques.

Cette revue visait à explorer le rôle du stress oxydatif et du dysfonctionnement de la voie Nrf2 comme mécanisme central commun à la fibromyalgie et aux troubles alimentaires. Les auteurs proposent que le dysfonctionnement de la voie Nrf2 constitue un lien physiopathologique plausible entre la fibromyalgie et les troubles alimentaires. Les approches de réhabilitation associant exercice physique progressif, optimisation nutritionnelle et alimentation riche en activateurs naturels de Nrf2 pourraient représenter des stratégies thérapeutiques innovantes et intégrées.

Les auteurs rappellent toutefois que les preuves actuelles restent principalement indirectes. La majorité des études ont été réalisées séparément chez des patients atteints de fibromyalgie ou de troubles alimentaires, et très peu de travaux ont étudié les deux pathologies ensemble. De plus, les données cliniques sur les interventions ciblant spécifiquement Nrf2 restent encore limitées.

La réalisation d’essais cliniques supplémentaires permettra d’évaluer des interventions ciblant la voie Nrf2, le développement de programmes de réhabilitation personnalisés intégrant nutrition et activité physique, ainsi qu’un meilleur dépistage des troubles alimentaires chez les patients atteints de fibromyalgie. Les auteurs insistent également sur l’importance d’une approche multidisciplinaire centrée sur le patient.              


                À lire également
: Fibromyalgie : peut être d’origine auto-immune !
 


À propos de l'auteure
– Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.  

Source(s) :
Casale R, et al. Fibromyalgia, Eating Disorders and Rehabilitation: The Nrf2 Link. Antioxidants (Basel). 2026 Mar 12;15(3):364. doi: 10.3390/antiox15030364. PMID: 41897510; PMCID: PMC13024213. ;

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