Précédent

26/02/2026

Frottis & IA : la nouvelle ère du dépistage cervical

Anatomie et Cytologie Pathologiques

Par Ana Espino | Publié le 26 février 2026 | 3 min de lecture

Le cancer du col de l’utérus demeure l’un des rares cancers largement évitable grâce au dépistage organisé, combinant cytologie cervico-utérine et test HPV. Pourtant, malgré ces stratégies éprouvées, des diagnostics à un stade avancé persistent. La cytologie conventionnelle, pilier historique du dépistage, présente des limites intrinsèques. Son interprétation repose sur une analyse morphologique humaine experte, exposée à une variabilité inter- et intra-observateur. Les lésions de bas grade, les atypies discrètes et les échantillons paucicellulaires constituent des zones de fragilité diagnostique. À mesure que les programmes de dépistage s’élargissent, la charge croissante de prélèvements accentue le risque de fatigue analytique et d’erreurs de tri.

Dans ce contexte déjà exigeant, l’introduction du test HPV a transformé les algorithmes décisionnels. Plus sensible pour identifier les patientes à risque, il permet une détection précoce accrue. Cependant, sa spécificité plus faible augmente le nombre d’examens complémentaires et complexifie la stratification clinique. Le défi n’est donc plus seulement de détecter une anomalie, mais de hiérarchiser le risque avec précision, tout en maintenant l’efficience des flux de laboratoire.


Dans ce contexte de transition vers une médecine plus standardisée et numérique, l’intelligence artificielle (IA) émerge comme un levier stratégique. La revue publiée en 2025 dans Bioengineering analyse l’intégration croissante des systèmes d’IA en cytologie cervicale diagnostique, en évaluant leur performance analytique, leur potentiel organisationnel et leurs limites cliniques.





L’IA peut-elle réduire les faux négatifs ?





Les auteurs ont conduit une revue narrative basée sur une recherche centrée sur les cinq dernières années. Trente études ont été retenues, principalement consacrées aux applications cliniques du deep learning en cytologie cervicale. L’analyse bibliométrique montre une expansion rapide du domaine, avec 90 % des publications survenues au cours des cinq dernières années, témoignant d’un intérêt scientifique croissant.


Les performances diagnostiques rapportées sont élevées. Plusieurs modèles basés sur des réseaux neuronaux convolutifs (CNN) ou des architectures hybrides ont atteint des niveaux comparables, voire supérieurs, à l’expertise humaine. Un modèle validé sur plus de 16 000 patientes a présenté une AUC de 0,947, avec une sensibilité de 94,6 % et une spécificité de 89,0 % pour la détection des lésions cervicales.


Dans une cohorte dépassant 700 000 femmes, un système d’IA a montré une concordance de 94,7 % avec les cytologistes, tout en augmentant la sensibilité de 5,8 %. Ces résultats suggèrent un potentiel réel pour réduire les faux négatifs, principal défi du dépistage cytologique.


Les approches technologiques évoluent vers des modèles multimodaux intégrant images cytologiques, statut HPV et biomarqueurs moléculaires. L’apprentissage semi-supervisé et auto-supervisé permet d’exploiter de grandes bases d’images partiellement annotées. Par ailleurs, l’émergence de modèles d’IA explicable (xAI) vise à améliorer la transparence décisionnelle, condition essentielle à l’acceptabilité clinique.


Des solutions commerciales comme le Genius™ Digital Diagnostics System, déjà autorisé par la FDA, illustrent la transition du développement expérimental vers l’implémentation en routine. L’IA ne se limite plus à un outil de recherche ; elle devient un soutien opérationnel au triage et à la priorisation des cas.




Le dépistage entre dans l’ère intelligente




Le cancer du col de l’utérus demeure une pathologie évitable grâce au dépistage organisé. Toutefois, l’efficacité réelle du programme repose sur la qualité et la reproductibilité de l’interprétation cytologique, encore soumise à une variabilité humaine et à une charge analytique importante.


Dans ce contexte, l’enjeu actuel ne se limite plus à la détection des lésions, mais concerne la standardisation, la fiabilité et l’optimisation des flux diagnostiques. Cette revue avait pour objectif d’évaluer la maturité et la pertinence clinique de l’intelligence artificielle appliquée à la cytologie cervicale, en analysant ses performances diagnostiques et son potentiel d’intégration en pratique courante.

Les données disponibles indiquent que l’IA améliore significativement la sensibilité diagnostique, limite la variabilité inter-observateur et contribue à une standardisation de l’analyse morphologique, avec des performances robustes dans de larges cohortes. Ces éléments Ces éléments confirment son intérêt comme outil d’aide au triage et de sécurisation du dépistage.


Bien que ces résultats nécessitent encore des validations multicentriques dans des populations plus diversifiées, ils soulignent le potentiel d’une cytologie assistée par IA pour consolider la performance des programmes de prévention. À terme, cette approche pourrait favoriser une stratification plus fine du risque et une meilleure efficience des parcours diagnostiques, contribuant ainsi à renforcer durablement l’impact du dépistage du cancer du col de l’utérus.



                     À lire également : Greffe de cellules souches : une IA pour prédire les complications graves




À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Giansanti D, et al. AI in Cervical Cancer Cytology Diagnostics: A Narrative Review of Cutting-Edge Studies. Bioengineering (Basel). 2025 Jul 16;12(7):769. ;

Dernières revues


Frottis & IA : la nouvelle ère du dépistage cervical

Par Ana Espino | Publié le 26 février 2026 | 3 min de lecture<br><br>

Motivation au travail : le pouvoir de l’autonomie

Par Ana Espino | Publié le 25 février 2026 | 3 min de lecture<br><br>

Douleurs chroniques chez les femmes : la piste immunitaire explorée

Par Elodie Vaz | Publié le 24 février 2026 | 3 min de lecture<br><br>