19/05/2026
Glioblastome : la testostérone pourrait freiner la progression tumorale chez les hommes
Endocrinologie et Métabolisme
Par Elodie Vaz
| Publié le 19 mai 2026 | 4 min de lecture
Une étude menée par des chercheurs de la Cleveland Clinic apporte un éclairage inattendu sur les interactions entre hormones masculines et cancer du cerveau. Publiés le 6 mai dans la revue Nature, les travaux mettent en évidence que les androgènes, notamment la testostérone, pourraient limiter la croissance du glioblastome chez les hommes, à rebours d’une hypothèse longtemps dominante selon laquelle ces hormones favoriseraient la maladie.
Le glioblastome est la forme la plus fréquente et la plus agressive des tumeurs cérébrales primitives chez l’adulte. Ce cancer est associé à un très mauvais pronostic malgré les avancées thérapeutiques. Il touche plus souvent les hommes que les femmes, un constat épidémiologique qui a conduit de nombreux chercheurs à soupçonner un rôle délétère des hormones masculines dans la progression tumorale.
Les auteurs rappellent que les études antérieures n’avaient pas exploré les effets des androgènes dans le contexte particulier du cerveau, un organe doté d’un environnement immunitaire singulier.
« Le cerveau a évolué pour empêcher les agressions extérieures, notamment l'entrée de cellules immunitaires provenant d'autres parties du corps. C'est un tissu délicat qui, souvent, ne souhaite pas de réactions immunitaires importantes », explique dans un communiqué de presse, Justin Lathia, auteur principal de l’étude.
L’objectif des chercheurs était d’évaluer comment les androgènes influencent la croissance tumorale dans le microenvironnement cérébral. L’équipe a étudié des modèles précliniques de glioblastome afin de déterminer les conséquences biologiques d’une diminution des hormones androgènes comme la testostérone.
Les scientifiques se sont particulièrement intéressés à l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), principal système neuroendocrinien impliqué dans la réponse au stress. Selon leurs hypothèses, une altération hormonale pourrait modifier les mécanismes immunitaires de protection du cerveau et favoriser l’évolution tumorale.
Dans leurs expériences chez la souris, les chercheurs ont réduit les niveaux d’androgènes dans des modèles de glioblastome. Ils ont ensuite observé les conséquences sur l’inflammation cérébrale, l’activation hormonale et la progression tumorale.
Les résultats montrent que la diminution des androgènes provoque une hyperactivation de l’axe HHS. Cette réponse entraîne une augmentation des hormones du stress et pousse certaines cellules à renforcer davantage l’isolement immunitaire du cerveau vis-à-vis du reste de l’organisme.
Ce « verrouillage » accentue l’immunosuppression locale, réduit l’accès des cellules immunitaires à la tumeur et permet ainsi aux cellules cancéreuses de progresser presque sans contrôle. Les auteurs précisent que cet effet n’a pas été observé chez les souris femelles recevant de la testostérone.
Les chercheurs ont également identifié un possible mécanisme déclencheur : une inflammation de l’hypothalamus induite par les tumeurs chez les animaux déficients en androgènes. Ils prévoient désormais d’étudier comment une tumeur localisée peut provoquer une réaction inflammatoire dans une autre région cérébrale.
Pour confronter leurs observations précliniques aux données humaines, les scientifiques ont analysé les informations de plus de 1 300 hommes atteints de glioblastome issues de la base américaine SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results) du NIH et du National Cancer Institute.
Ils ont constaté que les patients recevant une supplémentation en testostérone pour des raisons indépendantes du cancer présentaient un risque de décès inférieur de 38 % par rapport aux patients n’en recevant pas.
Bien que cette association ne démontre pas de lien causal, elle renforce, selon les auteurs, la cohérence biologique des résultats obtenus chez l’animal.
« Ce résultat est une agréable surprise et pourrait potentiellement ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour un type de cancer plus mortel chez les hommes », souligne Anthony Letai.
Les chercheurs estiment que ces résultats justifient désormais la mise en place d’essais cliniques pour explorer le rôle thérapeutique potentiel des androgènes dans le glioblastome.
Ils s’interrogent également sur les conséquences possibles des traitements de privation androgénique utilisés dans certains cancers, notamment celui de la prostate.
« Une étude de suivi évidente consisterait à déterminer si la privation d'androgènes, un traitement courant du cancer, est en réalité néfaste pour le glioblastome », avance Justin Lathia.
Cette étude ouvre ainsi une perspective nouvelle dans la compréhension des interactions entre système endocrinien, immunité cérébrale et oncologie. À terme, elle pourrait conduire à repenser certaines approches hormonales en neuro-oncologie et à mieux intégrer les différences biologiques entre hommes et femmes dans la prise en charge des cancers cérébraux.
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
Une étude menée par des chercheurs de la Cleveland Clinic apporte un éclairage inattendu sur les interactions entre hormones masculines et cancer du cerveau. Publiés le 6 mai dans la revue Nature, les travaux mettent en évidence que les androgènes, notamment la testostérone, pourraient limiter la croissance du glioblastome chez les hommes, à rebours d’une hypothèse longtemps dominante selon laquelle ces hormones favoriseraient la maladie.
Le glioblastome est la forme la plus fréquente et la plus agressive des tumeurs cérébrales primitives chez l’adulte. Ce cancer est associé à un très mauvais pronostic malgré les avancées thérapeutiques. Il touche plus souvent les hommes que les femmes, un constat épidémiologique qui a conduit de nombreux chercheurs à soupçonner un rôle délétère des hormones masculines dans la progression tumorale.
Les auteurs rappellent que les études antérieures n’avaient pas exploré les effets des androgènes dans le contexte particulier du cerveau, un organe doté d’un environnement immunitaire singulier.
« Le cerveau a évolué pour empêcher les agressions extérieures, notamment l'entrée de cellules immunitaires provenant d'autres parties du corps. C'est un tissu délicat qui, souvent, ne souhaite pas de réactions immunitaires importantes », explique dans un communiqué de presse, Justin Lathia, auteur principal de l’étude.
Le rôle des androgènes dans l’environnement cérébral
L’objectif des chercheurs était d’évaluer comment les androgènes influencent la croissance tumorale dans le microenvironnement cérébral. L’équipe a étudié des modèles précliniques de glioblastome afin de déterminer les conséquences biologiques d’une diminution des hormones androgènes comme la testostérone.
Les scientifiques se sont particulièrement intéressés à l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), principal système neuroendocrinien impliqué dans la réponse au stress. Selon leurs hypothèses, une altération hormonale pourrait modifier les mécanismes immunitaires de protection du cerveau et favoriser l’évolution tumorale.
Quand le manque de testostérone favorise la tumeur
Dans leurs expériences chez la souris, les chercheurs ont réduit les niveaux d’androgènes dans des modèles de glioblastome. Ils ont ensuite observé les conséquences sur l’inflammation cérébrale, l’activation hormonale et la progression tumorale.
Les résultats montrent que la diminution des androgènes provoque une hyperactivation de l’axe HHS. Cette réponse entraîne une augmentation des hormones du stress et pousse certaines cellules à renforcer davantage l’isolement immunitaire du cerveau vis-à-vis du reste de l’organisme.
Ce « verrouillage » accentue l’immunosuppression locale, réduit l’accès des cellules immunitaires à la tumeur et permet ainsi aux cellules cancéreuses de progresser presque sans contrôle. Les auteurs précisent que cet effet n’a pas été observé chez les souris femelles recevant de la testostérone.
Les chercheurs ont également identifié un possible mécanisme déclencheur : une inflammation de l’hypothalamus induite par les tumeurs chez les animaux déficients en androgènes. Ils prévoient désormais d’étudier comment une tumeur localisée peut provoquer une réaction inflammatoire dans une autre région cérébrale.
Des hommes sous testostérone qui vivent plus longtemps
Pour confronter leurs observations précliniques aux données humaines, les scientifiques ont analysé les informations de plus de 1 300 hommes atteints de glioblastome issues de la base américaine SEER (Surveillance, Epidemiology, and End Results) du NIH et du National Cancer Institute.
Ils ont constaté que les patients recevant une supplémentation en testostérone pour des raisons indépendantes du cancer présentaient un risque de décès inférieur de 38 % par rapport aux patients n’en recevant pas.
Bien que cette association ne démontre pas de lien causal, elle renforce, selon les auteurs, la cohérence biologique des résultats obtenus chez l’animal.
« Ce résultat est une agréable surprise et pourrait potentiellement ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour un type de cancer plus mortel chez les hommes », souligne Anthony Letai.
Une nouvelle piste pour traiter les cancers du cerveau
Les chercheurs estiment que ces résultats justifient désormais la mise en place d’essais cliniques pour explorer le rôle thérapeutique potentiel des androgènes dans le glioblastome.
Ils s’interrogent également sur les conséquences possibles des traitements de privation androgénique utilisés dans certains cancers, notamment celui de la prostate.
« Une étude de suivi évidente consisterait à déterminer si la privation d'androgènes, un traitement courant du cancer, est en réalité néfaste pour le glioblastome », avance Justin Lathia.
Cette étude ouvre ainsi une perspective nouvelle dans la compréhension des interactions entre système endocrinien, immunité cérébrale et oncologie. À terme, elle pourrait conduire à repenser certaines approches hormonales en neuro-oncologie et à mieux intégrer les différences biologiques entre hommes et femmes dans la prise en charge des cancers cérébraux.
À lire également : Astrocytome de haut grade : l'association de deux traitements ouvre une nouvelle voie thérapeutique
À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
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