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06/03/2026

Infarctus du myocarde : une mortalité hospitalière en hausse, particulièrement chez les femmes

Cardiologie et Médecine Vasculaire

Par Elodie Vaz | Publié le 6 mars 2026 | 3 min de lecture


L’infarctus du myocarde demeure une cause majeure de mortalité cardiovasculaire. Il survient lorsqu’une artère coronaire est obstruée, entraînant une ischémie puis une nécrose myocardique. Deux sous-types cliniques dominent la prise en charge aiguë : l’infarctus avec sus-décalage du segment ST (STEMI), généralement lié à une occlusion complète, et l’infarctus sans sus-décalage (NSTEMI), associé à une obstruction partielle.

Longtemps considéré comme une pathologie prédominant chez les sujets âgés, l’infarctus touche également les adultes jeunes. Cette réalité est au cœur d’une étude publiée le 26 février dans un numéro spécial « Go Red for Women » du Journal of the American Heart Association, revue scientifique en libre accès de l’American Heart Association. Ce numéro s’inscrit dans le cadre de l’initiative Go Red for Women, lancée en 2004 pour améliorer la prévention et la prise en charge des maladies cardiovasculaires chez les femmes.


L’objectif était d’évaluer les tendances récentes de mortalité hospitalière après un premier infarctus chez les adultes américains âgés de 18 à 54 ans, et d’examiner d’éventuelles disparités selon le sexe et le sous-type d’infarctus.

« Ces résultats sont surprenants et inquiétants », a déclaré dans un communiqué le Dr Mohan Satish, principal auteur de l’étude, clinicien spécialisé en maladies cardiovasculaires et boursier postdoctoral au New York Presbyterian/Weill Cornell Medical Center de New York.

Il rappelle le contexte épidémiologique antérieur. « D’après des études observationnelles menées jusqu’en 2010, le nombre de décès par crise cardiaque aux États-Unis semble s’être stabilisé, voire avoir diminué. Toutefois, ce déclin semble avoir été principalement dû aux personnes âgées et aux hommes. » Il ajoute : « On pense souvent que les crises cardiaques touchent surtout les personnes âgées ; or, nos résultats indiquent que les jeunes adultes, et notamment les femmes, sont également exposés à un risque réel. »


Près d’un million d’hospitalisations analysées


L’analyse repose sur près d’un million d’hospitalisations recensées entre 2011 et 2022 chez des patients âgés de 18 à 54 ans admis pour un premier infarctus du myocarde.

Les chercheurs ont distingué les STEMI des NSTEMI et ajusté leurs analyses sur les caractéristiques des patients et des établissements hospitaliers. L’étude s’est concentrée sur la mortalité hospitalière et les complications survenues durant le séjour, sans suivi à long terme après la sortie.


Un excès de mortalité féminine


Globalement, la mortalité hospitalière après un premier STEMI a augmenté de façon significative sur la période étudiée, avec une hausse absolue de 1,2 %. En revanche, les taux de mortalité pour NSTEMI sont restés stables.

Une disparité nette apparaît selon le sexe. Après un premier STEMI, la mortalité hospitalière était de 3,1 % chez les femmes contre 2,6 % chez les hommes. Pour les NSTEMI, elle atteignait 1 % chez les femmes, contre moins de 1 % chez les hommes.


Moins d’interventions, plus de facteurs non traditionnels


Fait notable, les femmes présentaient des taux de complications hospitalières comparables à ceux des hommes, mais bénéficiaient de moins d’interventions cardiovasculaires visant à identifier et traiter la cause de l’infarctus.

Par ailleurs, les femmes les plus jeunes étaient plus susceptibles de présenter des facteurs de risque non traditionnels. Tous sexes confondus, après ajustement sur les facteurs étudiés, des déterminants tels qu’un faible revenu, une maladie rénale ou la consommation de drogues autres que le tabac étaient plus fortement associés au décès hospitalier que les facteurs de risque cardiovasculaires traditionnels.


Limites et perspectives


Cette étude met en évidence une augmentation préoccupante de la mortalité hospitalière après un premier STEMI chez les adultes de moins de 55 ans, avec un excès de risque chez les femmes. Elle souligne également le poids des facteurs de risque non traditionnels dans le pronostic aigu.

« Pour améliorer la prise en charge des infarctus chez les adultes de moins de 55 ans, notamment les femmes, il est indispensable d’identifier plus tôt les facteurs de risque et de tenir compte des facteurs de risque non traditionnels afin d’optimiser les traitements », affirme le professeur Satish. « Les études futures devront examiner comment les facteurs de risque non traditionnels influent sur le risque d’infarctus, en plus de leur impact sur les facteurs de risque traditionnels. »

Les auteurs soulignent toutefois plusieurs limites, notamment l’utilisation de données administratives susceptibles d’erreurs de codage et l’absence de suivi post-hospitalier.

Ces résultats invitent à repenser la stratification du risque chez les adultes jeunes et à intégrer plus systématiquement les déterminants sociaux et cliniques non traditionnels dans les stratégies de prévention et de prise en charge, en particulier chez les femmes, dont le risque cardiovasculaire demeure sous-estimé.

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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.



Source(s) :
Satish M., Walters R. W., Wenzl F. A., Safford M., Kini V. Sex differences in outcomes of young adults hospitalized with first myocardial infarction from 2011 to 2022. Journal of the American Heart Association. 2026; e046517. ; American Heart Association. Heart attack deaths rose between 2011 and 2022 among adults younger than age 55. EurekAlert! 26 Feb 2026. ;

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