06/03/2026
Moins de plaque, mais pas moins de risque : un paradoxe féminin dans la maladie coronarienne
Cardiologie et Médecine Vasculaire
Par Elodie Vaz | Publié le 6 mars 2026 | 3 min de lecture
La maladie coronarienne repose principalement sur l’athérosclérose, caractérisée par l’accumulation de plaques dans les artères coronaires, susceptible d’entraîner douleurs thoraciques, infarctus du myocarde ou décès. Alors que se tient la journée internationale des droits des femmes dimanche 8 mars, des travaux antérieurs ont montré que la population féminine présente en moyenne une prévalence et un volume de plaques inférieurs à ceux des hommes. Cette observation a parfois été interprétée comme suggérant un risque moindre à charge athéroscléreuse comparable. Une étude publiée le 23 février 2026 dans la revue Circulation: Cardiovascular Imaging remet en question cette hypothèse.
Quand les artères “moins bouchées” ne protègent pas
Les auteurs ont cherché à déterminer si une moindre charge athéroscléreuse confère réellement aux femmes une protection vis-à-vis des événements cardiovasculaires majeurs. L’objectif était de comparer, à quantité de plaque mesurée, le risque d’événements graves chez les femmes et les hommes présentant des douleurs thoraciques stables sans antécédent de maladie coronarienne.
L’analyse porte sur un sous-groupe de l’essai PROMISE, conduit dans 193 centres cliniques aux États-Unis et au Canada. Au total, 4 267 adultes (âge moyen 60 ans ; 51 % de femmes) ont été inclus. Tous présentaient des douleurs thoraciques stables et aucun antécédent coronarien documenté.
Un paradoxe cardiovasculaire au féminin
Les participants ont été randomisés pour bénéficier d’une évaluation diagnostique par angio-TDM coronarienne, permettant de quantifier la présence et le volume de plaque. Le suivi médian a été d’environ deux ans. Le critère principal combinait mortalité toutes causes, infarctus du myocarde non fatal et hospitalisation pour douleurs thoraciques.
Petites artères, grands risques ?
La prévalence de plaque coronarienne était significativement plus faible chez les femmes : 55 % contre 75 % chez les hommes. Le volume médian de plaque était également inférieur (78 mm³ versus 156 mm³).
Cependant, cette moindre charge athéroscléreuse ne s’est pas traduite par une réduction proportionnelle du risque clinique. L’incidence du critère composite était comparable entre les sexes : 2,3 % chez les femmes contre 3,4 % chez les hommes.
Surtout, l’analyse par niveau de charge totale de plaque révèle un décalage dans le seuil d’augmentation du risque. Chez les femmes, celui-ci commence à croître dès 20 % de charge totale, contre 28 % chez les hommes. De plus, l’augmentation du risque en fonction de la progression de la plaque apparaît plus marquée chez les femmes.
« Nos résultats soulignent que les femmes ne sont pas “protégées” des accidents coronariens malgré des volumes de plaque plus faibles. Du fait de leurs artères coronaires plus petites, une faible quantité de plaque peut avoir un impact plus important. Des augmentations modérées de la charge de plaque semblent présenter un risque disproportionné chez les femmes, ce qui suggère que les définitions classiques du risque élevé pourraient sous-estimer ce risque chez elles », souligne dans un communiqué de presse, le Dr Borek Foldyna, professeur adjoint de radiologie à la Harvard Medical School et auteur de l’étude.
Stacey E. Rosen, présidente bénévole de l’American Heart Association et directrice générale du Katz Institute for Women’s Health, ajoute que « ces résultats illustrent une fois de plus l'importance de reconnaître que les maladies cardiovasculaires peuvent affecter les hommes et les femmes de manière très différente. Il est grand temps de reconnaître les différences biologiques fondamentales dans la manière dont les problèmes de santé se manifestent chez les femmes et les hommes, et ces différences peuvent influencer tous les aspects, des facteurs de risque aux symptômes en passant par la réponse au traitement. Je suis ravie de voir émerger davantage de recherches de ce type, qui nous aident à trouver des moyens de réduire le fardeau des maladies cardiovasculaires pour tous. »
Repenser la prévention au féminin
Cette étude met en évidence un paradoxe clinique majeur : une charge athéroscléreuse quantitativement moindre n’équivaut pas, chez les femmes, à un risque proportionnellement réduit. Les seuils de risque fondés sur des volumes absolus de plaque pourraient donc sous-estimer la vulnérabilité féminine.
Ces résultats invitent à reconsidérer les modèles d’évaluation du risque coronarien en intégrant des paramètres sexués, tant anatomiques que physiopathologiques. À l’heure où la médecine de précision s’impose comme horizon stratégique, l’adaptation des seuils diagnostiques et pronostiques selon le sexe pourrait constituer une étape déterminante pour réduire la mortalité cardiovasculaire féminine.
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À propos de l'auteure – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.
Source(s) :
Shah N. P., et al. Risk in women emerges at lower coronary plaque burden than in men: insights from the PROMISE trial. Circulation: Cardiovascular Imaging. 2026. doi:10.1161/CIRCIMAGING.125.019011. ;
American Heart Association. Women may face heart attack risk with a lower plaque level than men. EurekAlert! 23 Feb 2026. ;
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