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24/02/2026

Quand l’hippocampe guide nos envies

Endocrinologie et Métabolisme

Par Ana Espino | Publié le 24 février 2026 | 3 min de lecture

L’obésité représente un défi majeur de santé publique, largement favorisé par un environnement alimentaire riche en produits à forte densité énergétique. La régulation de la prise alimentaire ne repose plus uniquement sur les circuits homéostatiques classiques de la faim et de la satiété. Elle implique également des mécanismes cognitifs complexes, intégrant mémoire, contexte et signaux environnementaux. Les expériences passées associées aux aliments façonnent ainsi les choix alimentaires et peuvent favoriser une consommation excessive, indépendamment des besoins métaboliques réels.

Traditionnellement, l’hippocampe (HPC) est reconnu pour son rôle central dans la mémoire spatiale et contextuelle. Toutefois, des données émergentes suggèrent qu’il participe également au contrôle du comportement alimentaire. Les études antérieures ont principalement mis en évidence un rôle inhibiteur de l’hippocampe sur l’ingestion, notamment dans la régulation de la taille des repas. Néanmoins, les mécanismes neuronaux précis reliant mémoire contextuelle et préférence spécifique pour certains macronutriments restaient insuffisamment définis.


Publiée en janvier 2025 dans Nature Metabolism, cette étude avait pour objectif d’identifier et de caractériser des ensembles neuronaux distincts au sein de l’hippocampe dorsal (dHPC) activés spécifiquement par l’ingestion de graisses ou de sucres, et d’en déterminer le rôle causal dans l’orientation des choix alimentaires et la modulation de la prise alimentaire.




Des neurones différents pour le sucre et la graisse ? 






Les auteurs ont utilisé des modèles murins (C57BL/6J, 6–20 semaines), avec capture génétique dépendante de l’activité neuronale pour identifier les neurones du dHPC activés après ingestion de nutriments spécifiques. Des approches de stimulation et d’ablation ciblées ont permis d’évaluer le rôle causal de ces ensembles neuronaux.

Les résultats révèlent l’existence de populations neuronales spatialement distinctes dans le dHPC, activées soit par les graisses, soit par les sucres. Les neurones sensibles au sucre codent principalement la mémoire spatiale de la localisation du sucre, constituant un véritable engramme appétitif spécifique au sucre. Leur activation augmente la prise alimentaire, tandis que leur suppression altère la consommation liée au contexte.


À l’inverse, les neurones sensibles aux graisses renforcent la motivation et la préférence pour les aliments gras, modulant la taille des repas et l’attrait pour les régimes riches en lipides. La stimulation de ces neurones augmente spécifiquement la consommation de graisses, tandis que leur ablation réduit l’ingestion d’aliments hypercaloriques et limite la prise de poids induite par un régime obésogène.


Les auteurs démontrent également un rôle causal du nerf vague dans la transmission des signaux post-ingestifs vers l’hippocampe, suggérant l’existence d’un circuit intestin–cerveau spécialisé par macronutriment. Ces données mettent en évidence un niveau de spécialisation hippocampique inattendu dans le contrôle de la consommation alimentaire.





La mémoire au cœur des choix alimentaires 




L’obésité résulte en partie d’une interaction entre signaux métaboliques et mémoire contextuelle des aliments. Cette étude avait pour objectif d’identifier les circuits hippocampiques responsables d’une consommation spécifique aux macronutriments.

Les résultats démontrent que l’hippocampe dorsal intègre des informations sensorielles, amnésiques et motivationnelles, via des ensembles neuronaux distincts pour les sucres et les graisses. Les neurones sensibles au sucre codent la localisation contextuelle des aliments sucrés, tandis que ceux sensibles aux graisses amplifient la motivation à les consommer. Cette dissociation fonctionnelle révèle l’existence de circuits orexigènes spécialisés, susceptibles de favoriser la surconsommation dans un environnement riche en signaux alimentaires.


En identifiant des circuits hippocampiques spécifiques aux macronutriments, cette étude ouvre des perspectives pour le développement de stratégies ciblant la mémoire alimentaire et la motivation, afin de limiter la consommation d’aliments obésogènes dans nos environnements modernes. Toutefois, les résultats reposent exclusivement sur des modèles animaux. La transposition à l’humain nécessite des investigations complémentaires, notamment en imagerie fonctionnelle et en neurosciences translationnelles.






                    À lire également : Foie, sucre et pilules : qui mène le jeu ?





À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le 
partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Yang, M., et al. (2025). Separate orexigenic hippocampal ensembles shape dietary choice by enhancing contextual memory and motivation. Nature Metabolism, 7(2), 276-296. ;

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