19/02/2026
Trop de fer nuit à la grossesse ?
Gynécologie et Obstétrique
Par Ana Espino | Publié le 19 février 2026 | 3 min de lecture
L’anémie ferriprive est l’un des troubles nutritionnels les plus fréquents pendant la grossesse, liée à une carence en fer affectant l’érythropoïèse maternelle et le développement fœtal. Pour la prévenir, la supplémentation systématique en fer est largement répandue dans les protocoles obstétricaux. Pourtant, cette approche uniforme montre aujourd’hui ses limites. Elle néglige les variations individuelles des réserves en fer et ne tient pas compte des effets potentiellement délétères d’un excès de fer, en particulier chez les femmes non carencées.
En effet, un taux élevé de ferritine – marqueur des réserves en fer mais aussi de l’inflammation – pourrait être associé à des complications métaboliques et vasculaires de la grossesse, comme le diabète gestationnel, l’hypertension ou la restriction de croissance intra-utérine. Ces liens restent encore peu explorés dans la pratique clinique actuelle, où la ferritine n’est que rarement utilisée comme outil prédictif.
Face à ce constat, l’un des principaux défis est de mieux individualiser les apports en fer pendant la grossesse, en identifiant les femmes à risque de surcharge. Dans ce contexte, cette étude a été initiée afin de tester l’hypothèse selon laquelle un taux de ferritine maternelle élevé serait associé à une augmentation du risque de complications obstétricales, et d’évaluer ainsi la pertinence de la ferritine comme biomarqueur de stratification du risque en obstétrique.
1 561 femmes enceintes ont été sélectionnées et réparties en deux groupes selon leur taux de ferritine : < 40 ng/mL et ≥ 40 ng/mL, seuil défini selon des données antérieures. Les chercheurs ont ensuite comparé la fréquence des complications obstétricales majeures entre les deux groupes, incluant le diabète gestationnel (GDM), l’hypertension gestationnelle (GH), la préeclampsie, la restriction de croissance intra-utérine (RCIU), la prématurité et les anomalies du liquide amniotique.
Les résultats montrent une augmentation significative de plusieurs complications chez les femmes avec des taux de ferritine ≥ 40 ng/mL. En particulier, une assocation significative a été retrouvée avec le diabète gestationnel, la poussée hypertensive et les troubles de croissance fœtale. Aucune différence notable n’a été observée concernant les anomalies du liquide amniotique ou la prématurité. Ces résultats soutiennent l’idée qu’une ferritine maternelle élevée pourrait être un marqueur de risque métabolique ou inflammatoire, plutôt qu’un simple indicateur de bonne réserve martiale.
L’anémie ferriprive est une pathologie fréquente durant la grossesse, mais son traitement standardisé ne prend pas en compte les différences interindividuelles de statut martial. Le principal défi réside dans l’identification des femmes présentant un excès de fer ou une inflammation latente, pouvant exposer à des complications obstétricales.
Cette étude avait pour objectif d’évaluer l’association entre les taux maternels de ferritine et le risque d’événements indésirables pendant la grossesse. Les résultats suggèrent qu’un taux élevé de ferritine pourrait être associé à une augmentation du risque de complications, notamment le diabète gestationnel, la préeclampsie ou la faible croissance fœtale, plaidant pour une approche plus individualisée de la supplémentation en fer.
Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des études de cohorte à plus grande échelle, un meilleur contrôle des marqueurs inflammatoires confondants, ainsi que des essais cliniques randomisés pour évaluer les effets d’une stratégie de supplémentation personnalisée en fonction des niveaux initiaux de ferritine. Il sera aussi important de mieux comprendre les liens entre fer, inflammation et stress oxydatif, pour proposer des traitements plus ciblés et améliorer la santé de la mère et de l’enfant.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
L’anémie ferriprive est l’un des troubles nutritionnels les plus fréquents pendant la grossesse, liée à une carence en fer affectant l’érythropoïèse maternelle et le développement fœtal. Pour la prévenir, la supplémentation systématique en fer est largement répandue dans les protocoles obstétricaux. Pourtant, cette approche uniforme montre aujourd’hui ses limites. Elle néglige les variations individuelles des réserves en fer et ne tient pas compte des effets potentiellement délétères d’un excès de fer, en particulier chez les femmes non carencées.
En effet, un taux élevé de ferritine – marqueur des réserves en fer mais aussi de l’inflammation – pourrait être associé à des complications métaboliques et vasculaires de la grossesse, comme le diabète gestationnel, l’hypertension ou la restriction de croissance intra-utérine. Ces liens restent encore peu explorés dans la pratique clinique actuelle, où la ferritine n’est que rarement utilisée comme outil prédictif.
Face à ce constat, l’un des principaux défis est de mieux individualiser les apports en fer pendant la grossesse, en identifiant les femmes à risque de surcharge. Dans ce contexte, cette étude a été initiée afin de tester l’hypothèse selon laquelle un taux de ferritine maternelle élevé serait associé à une augmentation du risque de complications obstétricales, et d’évaluer ainsi la pertinence de la ferritine comme biomarqueur de stratification du risque en obstétrique.
Ferritine élevée, grossesse à risque ?
1 561 femmes enceintes ont été sélectionnées et réparties en deux groupes selon leur taux de ferritine : < 40 ng/mL et ≥ 40 ng/mL, seuil défini selon des données antérieures. Les chercheurs ont ensuite comparé la fréquence des complications obstétricales majeures entre les deux groupes, incluant le diabète gestationnel (GDM), l’hypertension gestationnelle (GH), la préeclampsie, la restriction de croissance intra-utérine (RCIU), la prématurité et les anomalies du liquide amniotique.
Les résultats montrent une augmentation significative de plusieurs complications chez les femmes avec des taux de ferritine ≥ 40 ng/mL. En particulier, une assocation significative a été retrouvée avec le diabète gestationnel, la poussée hypertensive et les troubles de croissance fœtale. Aucune différence notable n’a été observée concernant les anomalies du liquide amniotique ou la prématurité. Ces résultats soutiennent l’idée qu’une ferritine maternelle élevée pourrait être un marqueur de risque métabolique ou inflammatoire, plutôt qu’un simple indicateur de bonne réserve martiale.
Vers une supplémentation plus intelligente ?
L’anémie ferriprive est une pathologie fréquente durant la grossesse, mais son traitement standardisé ne prend pas en compte les différences interindividuelles de statut martial. Le principal défi réside dans l’identification des femmes présentant un excès de fer ou une inflammation latente, pouvant exposer à des complications obstétricales.
Cette étude avait pour objectif d’évaluer l’association entre les taux maternels de ferritine et le risque d’événements indésirables pendant la grossesse. Les résultats suggèrent qu’un taux élevé de ferritine pourrait être associé à une augmentation du risque de complications, notamment le diabète gestationnel, la préeclampsie ou la faible croissance fœtale, plaidant pour une approche plus individualisée de la supplémentation en fer.
Toutefois, des limites de cette étude persistent et justifient la poursuite de nouvelles recherches. Ces recherches incluront des études de cohorte à plus grande échelle, un meilleur contrôle des marqueurs inflammatoires confondants, ainsi que des essais cliniques randomisés pour évaluer les effets d’une stratégie de supplémentation personnalisée en fonction des niveaux initiaux de ferritine. Il sera aussi important de mieux comprendre les liens entre fer, inflammation et stress oxydatif, pour proposer des traitements plus ciblés et améliorer la santé de la mère et de l’enfant.
À lire également : Microbiome vaginal : fauteur de fausse couche ?
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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