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03/04/2026

Cancer du sein : l’ADN tumoral circulant, un biomarqueur clé pour anticiper les rechutes

Oncologie Biologie Médicale

Par Elodie Vaz | Publié le 3 avril 2026 | 3 min de lecture


Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes à l’échelle mondiale. Malgré des progrès thérapeutiques majeurs, notamment en situation précoce, le risque de récidive demeure un enjeu central de la prise en charge. Celui-ci varie selon les sous-types tumoraux, en particulier pour les formes agressives comme les tumeurs « triple négatif » ou à récepteurs hormonaux négatifs (RH-), souvent moins sensibles aux traitements conventionnels.

Dans ce contexte, les stratégies néoadjuvantes (chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie administrées avant la chirurgie) permettent de réduire la taille tumorale et d’évaluer la réponse au traitement. Toutefois, même en cas de réponse apparente, certaines patientes développent ultérieurement une rechute, révélant la persistance d’une maladie résiduelle minimale difficile à détecter.


Évaluer le potentiel pronostique de l’ADN tumoral circulant


Présentée lors du l’European Breast Cancer Conference 15, une étude s’est donné pour objectif d’évaluer la capacité de l’ADN tumoral circulant (ADNtc) à prédire le risque de récidive après un traitement néoadjuvant.

L’ADNtc correspond à des fragments d’ADN issus des cellules tumorales, détectables dans le plasma sanguin. Déjà identifié comme biomarqueur pronostique dans plusieurs contextes oncologiques, son utilité spécifique après traitement préopératoire restait toutefois peu documentée, en raison du faible nombre de patientes incluses dans les études antérieures.

Comme le souligne la professeure Elisa Agostinetto, oncologue à l’Institut Jules Bordet, « nous savons déjà que l'ADN tumoral circulant (ADNtc) a une valeur pronostique […] Cependant, jusqu'à présent, les données concernant son utilité en néo-adjuvant étaient limitées ».


Une analyse longitudinale en conditions réelles


Les chercheurs ont analysé des échantillons de plasma provenant de 81 patientes atteintes d’un cancer du sein précoce, incluses dans deux études prospectives menées en collaboration avec l’Istituto Nazionale dei Tumori de Milan.

Les prélèvements d’ADNtc ont été réalisés à trois moments clés : avant le début du traitement néoadjuvant, à l’issue de celui-ci et avant la chirurgie, puis au cours du suivi, dont la durée médiane atteignait environ sept ans.

La population étudiée, âgée de 27 à 75 ans (médiane 48 ans), présentait majoritairement des tumeurs de moins de 5 cm avec atteinte ganglionnaire. Près de 60 % des patientes étaient atteintes d’un cancer triple négatif. Au cours du suivi, 21 patientes ont présenté une récidive et quatre sont décédées des suites de celle-ci, fournissant ainsi un nombre d’événements particulièrement élevé pour ce type d’analyse.


Une signature pronostique renforcée après traitement


Les résultats montrent que la présence d’ADNtc est fortement associée au risque de rechute, en particulier lorsqu’elle est détectée après le traitement néoadjuvant.

Si 57 % des patientes présentaient de l’ADNtc au début de l’étude, ce taux chutait à 17 % après traitement. La présence initiale d’ADNtc était associée à une tendance à la récidive, sans atteindre la significativité statistique. En revanche, sa détection en post-néoadjuvant multipliait par 3,5 le risque de rechute, indépendamment des facteurs cliniques classiques.

Même chez les patientes présentant une réponse pathologique complète, l’ADNtc conservait une valeur prédictive, suggérant qu’il reflète finement la maladie résiduelle minimale. « Les résultats […] ont montré que la présence d’ADN tumoral circulant (ADNtc) était associée à un risque accru de récidive du cancer du sein, en particulier lorsque l’ADNtc était détecté à la fin du traitement préopératoire », précise Pr Elisa Agostinetto.

Ces résultats suggèrent que l’ADNtc pourrait être utile pour identifier les patientes présentant un risque plus élevé […] et pour orienter un traitement complémentaire si nécessaire », ajoute-t-elle.


Vers une médecine plus personnalisée


Cette étude, fondée sur une cohorte suivie à long terme et incluant un nombre important d’événements, renforce la place de l’ADNtc comme biomarqueur dynamique du risque de récidive. Elle suggère qu’une simple prise de sang, réalisée après traitement néoadjuvant, pourrait guider les décisions thérapeutiques post-opératoires.

Toutefois, son intégration en pratique clinique reste conditionnée à des validations prospectives. « À l'heure actuelle, il n'est pas utilisé en pratique clinique courante […] », rappelle Pr Elisa Agostinetto, qui appelle à des essais où les décisions thérapeutiques seraient directement guidées par ce biomarqueur.

Pour Javier Cortés, expert indépendant, « l'analyse […] vient étayer les preuves […] que l'ADN tumoral circulant (ADNtc) […] peut nous aider à choisir le traitement le plus approprié pour chaque patiente ».

Reste désormais à démontrer que l’intervention précoce chez les patientes positives à l’ADNtc peut effectivement améliorer leur pronostic. Au-delà du cancer du sein, cette approche pourrait contribuer à redéfinir le suivi oncologique en intégrant des biomarqueurs circulants capables de détecter, bien avant les signes cliniques, les premières traces d’une rechute.

À lire également : Cancer du sein : une radiothérapie plus courte devient le nouveau standard mondial



À propos de l'auteure
 – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.




Source(s) :
Agostinetto E. Tumor DNA circulating in patients’ blood after pre-surgery treatments predicts whether breast cancer will return. EurekAlert! 2026 Mar 26. ;

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