Par Ana Espino | Publié le 08 juin 2026 | 4 min de lectureLongtemps considéré comme une infection rare limitée à
certaines régions d’Amérique du Sud, l’hantavirus des Andes (ANDV) fait
aujourd’hui l’objet d’une attention croissante de la communauté médicale. Comme
les autres hantavirus, il se transmet principalement par inhalation de
particules contaminées provenant des excréments de rongeurs infectés. Mais il
possède une particularité inquiétante : il est le seul hantavirus dont la
transmission interhumaine a été clairement démontrée.
Si les infections restent peu fréquentes, leurs conséquences
peuvent être dramatiques. Dans ses formes les plus sévères, le virus provoque
un syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (HCPS), une maladie caractérisée par
une détresse respiratoire aiguë, un état de choc et des défaillances d’organes
multiples. Malgré les progrès de la médecine intensive, aucun traitement
antiviral spécifique ni vaccin n’est actuellement disponible.
L’émergence récente d’un foyer épidémique à bord du navire
de croisière MV Hondius, impliquant des voyageurs de 23 nationalités
différentes, a rappelé que même un virus à transmission limitée peut rapidement
franchir les frontières à l’ère des déplacements internationaux. Face à cette
situation, des chercheurs italiens ont réalisé une revue actualisée des
connaissances sur l’hantavirus des Andes afin de mieux comprendre son potentiel
épidémique et les défis qu’il pose aux cliniciens.
Dans les coulisses d’un virus capable de passer de
l’animal à l’homme… puis d’un humain à l’autre
Les auteurs ont analysé les données les plus récentes
concernant l’épidémiologie, les modes de transmission, les manifestations
cliniques et la prise en charge de l’infection à hantavirus des Andes.
La revue confirme que le principal réservoir du virus est un
rongeur présent en Argentine et au
Chili. La contamination survient généralement lors de l’inhalation de
poussières contenant des particules virales issues des urines ou des excréments
de ces animaux. Toutefois, contrairement aux autres hantavirus, l’ANDV peut
également se transmettre entre humains après des contacts rapprochés et
prolongés avec une personne symptomatique.
Après une incubation pouvant atteindre 40 jours, l’infection
débute souvent par des symptômes peu spécifiques : fièvre, fatigue, céphalées,
douleurs musculaires ou troubles digestifs. Cette phase initiale peut
rapidement évoluer vers une atteinte pulmonaire sévère associée à une
insuffisance respiratoire aiguë, une hypotension marquée et parfois un choc
potentiellement mortel.
Les chercheurs soulignent également plusieurs marqueurs
biologiques associés aux formes graves de la maladie. Une augmentation des
globules blancs, une neutrophilie importante, une baisse du nombre de
lymphocytes et de plaquettes ainsi qu’une élévation des lactates
déshydrogénases (LDH) sont fréquemment observées chez les patients les plus
sévèrement atteints. Ces anomalies reflètent une réponse inflammatoire
excessive pouvant évoluer vers une véritable « tempête cytokinique ».
Les données analysées rappellent également la gravité de la
maladie. Lors d’une importante épidémie survenue en Argentine entre 2018 et
2019, près d’un tiers des patients sont décédés, souvent moins d’une semaine
après l’apparition des premiers symptômes.
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Et si la meilleure arme restait la prévention ?
Cette revue confirme que l’hantavirus des Andes demeure une
menace infectieuse rare mais potentiellement sévère. Son principal défi réside
dans sa capacité inhabituelle à se transmettre d’une personne à l’autre, une
caractéristique exceptionnelle parmi les hantavirus connus.
En l’absence de traitement antiviral validé ou de vaccin
disponible, la prise en charge repose essentiellement sur des soins de support
intensifs : oxygénothérapie, assistance respiratoire, stabilisation
hémodynamique et parfois recours à l’épuration extra-rénale chez les patients
les plus graves.
Les auteurs rappellent toutefois plusieurs limites dans les
connaissances actuelles. Les données disponibles proviennent principalement de
foyers épidémiques localisés et le nombre total de cas étudiés reste
relativement faible. De nombreuses questions persistent concernant les
mécanismes précis de transmission, les facteurs expliquant les formes graves ou
encore le développement de stratégies thérapeutiques ciblées.
À terme, le développement de vaccins, de traitements
antiviraux spécifiques et de systèmes de surveillance renforcés pourrait
améliorer la gestion de futures épidémies. L’épisode du MV Hondius
rappelle surtout qu’à l’ère de la mondialisation, même des agents pathogènes
considérés comme rares peuvent rapidement devenir un enjeu international de
santé publique.
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À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.