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24/02/2026

Grands brûlés : où en est la reconstruction tissulaire ?

Dermatologie et Vénérologie

Par Elodie Vaz | Publié le 24 février 2026 | 3 min de lecture

La tragédie qui a frappé Crans‑Montana la nuit du 1ᵉʳ janvier 2026, au bar Le Constellation a coûté la vie à plus de quarante personnes et laissé des dizaines de jeunes gravement brûlés. Un événement qui rappelle brutalement combien la prise en charge des grands brûlés demeure un défi majeur pour la médecine moderne. Sur une cinquantaine de victimes présentant des brûlures étendues, les centres spécialisés suisses et européens s’efforcent de stabiliser les fonctions vitales, prévenir les complications et amorcer la reconstruction cutanée, un processus qui peut durer des mois voire des années.

Dans ce contexte clinique exigeant, les avancées récentes en réparation tissulaire, notamment autour des cellules souches/stromales mésenchymateuses (CSM) et de leurs dérivés, offrent de nouvelles perspectives. Décrites à la fin des années 1960 par Alexander Friedenstein, les CSM ont d’abord été identifiées dans la moelle osseuse comme une population fibroblastique. Dans les années 1990, il a été démontré que les CSM possèdent un potentiel de différenciation multipotent, mais aussi une capacité à sécréter de nombreux facteurs trophiques impliqués en particulier dans l’angiogenèse, la modulation de l’inflammation et la survie cellulaire.



Les CSM, une découverte fondatrice pour la réparation tissulaire




Ces mécanismes se sont révélés essentiels dans les processus de réparation et de régénération tissulaire. “Au début des années 2000, nous avons mis au point un protocole d’isolement et culture de ces cellules à partir de la moelle osseuse adapté à leur application pour réparer des brûlures radio-induites localisées accidentelles. Cela a marqué une étape fondatrice dans la prise en compte de ces cellules en tant que Médicament de Thérapie Innovante (MTI)”, rappelle Jean-Jacques Lataillade, directeur du centre de transfusion sanguine des armées (HNIA PERCY),  lors d’une conférence de presse de l’académie de chirurgie le 11 février.





Le sécrétome au cœur des nouveaux traitements



Cependant, la mise en œuvre clinique présente des contraintes logistiques, biologiques et réglementaires. Les mécanismes thérapeutiques reposent moins sur une différenciation cellulaire directe que sur les interactions entre les CSM et leur environnement par l’intermédiaire de leur sécrétome, qui comprend des cytokines, des facteurs de croissance et, particulièrement, des vésicules extracellulaires (VE). 

Ces VE (structures lipidées contenant des biomolécules actives) reproduisent en grande partie les effets biologiques des cellules sources tant in vitro qu’in vivo. Leur stabilité, facilité de conservation et potentiel d’administration hors des plateformes de production cellulaire ont fait émerger un paradigme de thérapie acellulaire. La recherche française est très active sur ces produits, qui, bien que ne relevant pas du statut MTI, entrent dans la catégorie des médicaments biologiques et suscitent des développements tant académiques qu’industriels.





Les vésicules deviennent pansement




Une illustration concrète de cette évolution est le projet collaboratif BRAVE, entre l’INSERM, le Service de Santé des Armées et Brothier, visant à intégrer des VE dérivées de CSM dans un pansement d’alginate de calcium (support déjà utilisé en routine pour les grands brûlés) afin d’accélérer la prise de greffe et la cicatrisation. Ce type d’approche, associant biologie cellulaire et ingénierie des biomatériaux, pourrait contribuer à réduire les délais de reconstruction cutanée observés dans des contextes comme à Crans-Montana, où les greffes et les changements de pansements sous anesthésie restent des étapes lourdes et répétées.




Chirurgie et biothérapies : une stratégie combinée





Face à des brûlures profondes, la chirurgie reconstructive demeure essentielle, avec l’excision des tissus nécrosés et les greffes cutanées ou autologues pour restaurer l’intégrité de la barrière cutanée. Mais l’intégration des thérapies paracrines ou acellulaires pourrait, à terme, optimiser la prise de greffe, moduler l’inflammation locale et réduire les séquelles fonctionnelles.

Ainsi, la reconstruction tissulaire des grands brûlés évolue vers des stratégies intégrées, combinant interventions chirurgicales de pointe, modulation biologique et innovations pharmacologiques. Bien que des défis techniques et réglementaires subsistent, ces développements offrent des pistes prometteuses pour améliorer à la fois la rapidité et la qualité de la cicatrisation après des traumatismes sévères. 



                   À lire également : L’administration de glutamine par voie entérale ne réduirait pas le temps d’hospitalisation des grands brûlés




À propos de l'auteure – Elodie Vaz Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.    

Source(s) :
Académie Nationale de Chirurgie. (2026, 11 février). Point presse « Brûlures sévères et thérapie cellulaire, où en est la reconstruction tissulaire ? ». La Veille Acteurs de Santé. ;

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