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21/01/2026

Holiday Heart : quand l’alcool prend le rythme du cœur

Cardiologie et Médecine Vasculaire

Par Ana Espino | Publié le 19 janvier 2026 | 3 min de lecture


Le Holiday Heart Syndrome (HHS) désigne l’apparition soudaine de fibrillation auriculaire (FA) ou d’autres troubles du rythme chez des personnes sans maladie cardiaque connue. Elle apparait souvent après une consommation excessive d’alcool, notamment lors de fêtes ou de week-ends prolongés.

La FA est une arythmie fréquente et potentiellement grave. Elle augmente le risque de caillots, d’AVC et d’insuffisance cardiaque. Dans le HHS, elle survient chez des sujets jeunes ou en bonne santé, ce qui peut retarder le diagnostic. Le lien avec l’alcool est parfois mal identifié, car les symptômes (palpitations, essoufflement, malaise) peuvent être attribués à d’autres causes.

Le diagnostic de cette pathologie repose sur un ECG montrant une FA récente et l’interrogatoire révélant une prise importante d’alcool dans les heures précédentes. Mais en pratique, ce syndrome est souvent sous-estimé. En effet, il peut disparaître spontanément en moins de 24 heures. Aussi, la prise en charge reste floue, et il n’existe pas de protocoles clairs, ce qui rend la gestion variable d’un service à l’autre. Enfin, peu de conseils sont donnés sur l’abstinence ou la réduction de la consommation d’alcool, pourtant essentielle pour éviter les récidives.

Dans ce contexte, cette étude a été initiée de sorte à étudier le lien alcool - FA, en expliquant les mécanismes du HHS, les données cliniques et les difficultés de prise en charge.


L’éthanol, catalyseur de fibrillation ?


Dans cette étude, 11 essais ont été retenus selon les paramètres suivants : études de cohortes, cas-témoins, et essais observationnels. Ces essais portaient uniquement sur des patients adultes sans pathologie cardiovasculaire connue, ayant consommé de l’alcool de façon aiguë.

Les résultats convergent : la consommation aiguë d’alcool (notamment ≥5 verres en 2 heures) est fortement associée à un risque accru de FA, même en l'absence de maladie cardiaque structurelle.

Les études rapportent :
  • une augmentation rapide de la fréquence cardiaque et une diminution de la variabilité du rythme (HRV) après une consommation excessive ;
  • une activation sympathique avec suppression du tonus vagal, favorisant l’ectopie auriculaire ;
  • une modification des canaux ioniques, notamment les canaux calciques T-type, responsables d’une instabilité électrique ;
  • des altérations mécaniques transitoires, comme une réduction de la fraction d’éjection auriculaire gauche, observée en échocardiographie.
La FA induite par l’alcool apparaît souvent dans les 24 heures suivant la consommation et régresse spontanément dans la majorité des cas après sevrage, sans traitement spécifique.
Les études montrent également une variabilité interindividuelle, avec des cas plus fréquents chez les hommes jeunes et les sportifs, mais aussi une sous-estimation du risque chez les patients âgés ou polymédiqués.


Une FA de trop : alerte au cœur festif


La fibrillation auriculaire liée à l’alcool, ou « Holiday Heart Syndrome », est une entité sous-reconnue chez des individus sans antécédent cardiovasculaire. Les défis majeurs résident dans le repérage des patients à risque, l’éducation sur les dangers du binge drinking, et l’individualisation des recommandations. Dans ce contexte, cette étude a été initiée afin de préciser les liens entre alcool aigu et FA. Les données soutiennent un effet pro-arythmogène direct de l’éthanol, via des perturbations autonomiques, électrophysiologiques et mécaniques transitoires.

Ces travaux présentent toutefois quelques limites qui limitent la généralisation et justifient la poursuite des recherches (études hétérogènes, données autodéclarées, etc.). Les études futures devront s’appuyer sur des études prospectives de grande ampleur, utilisant des outils standardisés de dépistage de la consommation d’alcool et un monitorage ECG ambulatoire, afin de mieux évaluer l’incidence réelle des épisodes de fibrillation auriculaire liés à l’alcool. Il sera également essentiel de clarifier le devenir à long terme des patients présentant une FA isolée post-alcool, notamment en termes de récidive et de risque thromboembolique. En pratique clinique, le dépistage systématique de la consommation d’alcool devrait être intégré à l’évaluation des palpitations aiguës et des FA récidivantes. Enfin, une sensibilisation du grand public aux effets arythmogènes des consommations festives apparaît indispensable pour améliorer la prévention.


À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie

Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante. 

Source(s) :
Alvarado, J. D., et al. (2025). Holiday Heart Syndrome: A Literature Review. Cureus, 17(2) ;

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