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19/06/2026

Maladie de Charcot : stress cellulaire et dégénérescence nerveuse ?

Neurologie

Par Ana Espino | Publié le 19 juin 2026 | 4 min de lecture

La maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMT) est la neuropathie héréditaire périphérique la plus fréquente. Elle se caractérise par une atteinte progressive des nerfs moteurs et sensitifs, responsable d’une faiblesse musculaire, de troubles de la sensibilité et de difficultés à la marche. Malgré l’identification de plus de 130 gènes impliqués dans cette maladie, les mécanismes expliquant pourquoi certains neurones périphériques sont particulièrement vulnérables restent encore mal compris.

Dans une revue publiée dans Cells, des chercheurs proposent une nouvelle vision de la maladie liée aux mutations du gène HSPB1, l’une des causes connues des formes axonales de CMT. Selon eux, la maladie ne résulterait pas uniquement d’une anomalie génétique, mais d’une interaction complexe entre prédisposition génétique et stress environnemental. Les neurones périphériques, soumis tout au long de la vie à des contraintes mécaniques, métaboliques et environnementales importantes, seraient particulièrement sensibles à cette combinaison délétère.


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Trois mécanismes au cœur de la vulnérabilité neuronale


Les auteurs décrivent trois grands axes pathologiques qui contribueraient à la dégénérescence progressive des neurones périphériques.

Le premier concerne une altération du contrôle qualité des protéines. La protéine HSPB1 agit normalement comme une protéine chaperonne chargée de prévenir l’accumulation de protéines anormales lors des situations de stress cellulaire. Les mutations de HSPB1 perturbent cette fonction protectrice, favorisant l’accumulation de protéines mal repliées et la défaillance des mécanismes d’autophagie chargés de leur élimination.


Le deuxième mécanisme implique une désorganisation du cytosquelette neuronal. Les mutations de HSPB1 perturbent la stabilité des microtubules et des neurofilaments, structures essentielles au transport des nutriments, des protéines et des organites le long des axones. Cette altération compromet progressivement le fonctionnement des fibres nerveuses les plus longues, particulièrement celles des membres inférieurs.


Enfin, les chercheurs mettent en évidence un dysfonctionnement mitochondrial. Les mitochondries, principales sources d’énergie des neurones, présentent des anomalies de transport, de dynamique et de contrôle qualité. Ces perturbations énergétiques aggravent la vulnérabilité des neurones face aux différents stress physiologiques.



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Vers une intervention avant l’apparition des symptômes


L’un des messages majeurs de cette revue est que ces anomalies cellulaires semblent apparaître bien avant les premiers symptômes cliniques. Les auteurs défendent ainsi l’idée d’une « phase prodromique », au cours de laquelle les mécanismes pathologiques sont déjà actifs alors que les patients restent asymptomatiques. Cette période pourrait constituer une fenêtre thérapeutique particulièrement intéressante pour ralentir ou prévenir la dégénérescence nerveuse.


Plusieurs pistes sont évoquées, notamment le développement de molécules capables de restaurer l’autophagie, de corriger les interactions anormales de HSPB1 ou encore l’utilisation d’oligonucléotides antisens ciblant les formes mutées de la protéine. Les auteurs soulignent également le potentiel de l’intelligence artificielle pour identifier des biomarqueurs précoces et accélérer la découverte de nouveaux traitements.


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Une nouvelle approche de la maladie


Cette revue propose ainsi un changement de paradigme dans la compréhension de certaines formes de maladie de Charcot-Marie-Tooth. Plutôt que de considérer la mutation génétique comme l’unique moteur de la maladie, les auteurs suggèrent que la dégénérescence résulte d’une incapacité progressive des neurones à s’adapter aux multiples stress auxquels ils sont exposés. Cette approche ouvre la voie à des stratégies de neuroprotection précoces visant à préserver l’homéostasie neuronale avant l’apparition des lésions irréversibles.


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À propos de l'auteure – Ana Espino 
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.

Source(s) :
Pan X, et al. Stress-Driven Selective Neuronal Vulnerability in Charcot-Marie-Tooth Disease: From Prodromal Pathology to Therapeutic Implications. Cells. 2026 Jan 31;15(3):271. doi: 10.3390/cells15030271. PMID: 41677634; PMCID: PMC12896986. ;

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