23/03/2026
Neutrophiles : les complices cachés du CCR ?
Oncologie
Par Ana Espino | Publié le 23 mars 2026 | 3 min de lecture
Le cancer colorectal (CCR) demeure l’une des principales causes de mortalité oncologique dans le monde. Si le rôle des lymphocytes T dans l’immunosurveillance tumorale est largement documenté, l’implication des neutrophiles, cellules clés de l’immunité innée, suscite un intérêt croissant.
Longtemps considérés comme de simples acteurs de l’inflammation aiguë, les neutrophiles apparaissent aujourd’hui comme des régulateurs complexes du microenvironnement tumoral. Leur accumulation dans les tumeurs colorectales est associée à une évolution clinique défavorable, mais leurs fonctions exactes restent hétérogènes et contextuelles.
Cette revue publiée en 2025 analyse le rôle des neutrophiles intratumoraux et circulants dans la carcinogenèse colorectale, leurs mécanismes d’action moléculaires et leur potentiel en tant que biomarqueurs et cibles thérapeutiques.
Les auteurs décrivent d’abord le recrutement des neutrophiles vers la tumeur, médié par des chimiokines telles que CXCL1, CXCL2 et IL-8 (CXCL8), activant le récepteur CXCR2. Une fois infiltrés, les neutrophiles peuvent adopter différents phénotypes fonctionnels.
Deux sous-types sont proposés : les neutrophiles N1, au profil antitumoral, capables de stimuler la cytotoxicité immunitaire, et les neutrophiles N2, pro-tumoraux, favorisant la progression tumorale. Dans le CCR, le microenvironnement riche en TGF-β oriente majoritairement vers un phénotype N2.
Les neutrophiles pro-tumoraux contribuent à la carcinogenèse par plusieurs mécanismes. Ils sécrètent des protéases (élastase, MMP-9) favorisant l’invasion tumorale et la dégradation de la matrice extracellulaire. Ils produisent des espèces réactives de l’oxygène (ROS) induisant des dommages génétiques. Ils stimulent également l’angiogenèse via la libération de VEGF.
La formation de NETs (Neutrophil Extracellular Traps) constitue un mécanisme clé. Ces structures d’ADN extracellulaire favorisent l’adhésion des cellules tumorales, facilitent la dissémination métastatique et modulent la réponse immunitaire locale.
Sur le plan clinique, un rapport neutrophiles/lymphocytes (NLR) élevé est associé à un pronostic défavorable dans le CCR, corrélé à une diminution de la survie globale et sans progression. Les neutrophiles circulants reflètent ainsi l’état inflammatoire systémique et l’agressivité tumorale.
Les interactions entre neutrophiles et cellules tumorales participent également à la résistance thérapeutique, notamment en modulant la réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
Le cancer colorectal est étroitement lié à des phénomènes inflammatoires chroniques. Les neutrophiles, longtemps sous-estimés, apparaissent comme des modulateurs centraux du microenvironnement tumoral, capables d’influencer croissance, invasion et dissémination métastatique.
Cette revue visait à clarifier leur rôle dans la progression du CCR et à explorer leur potentiel translationnel. Les données montrent que l’infiltration neutrophilique et un NLR élevé constituent des marqueurs pronostiques robustes, tandis que les mécanismes moléculaires identifiés ouvrent des pistes thérapeutiques. Les limites résident dans l’hétérogénéité des phénotypes neutrophiliques et dans la difficulté à distinguer leurs fonctions protectrices et délétères selon le contexte tumoral.
À terme, le développement de stratégies ciblant l’axe CXCR2, la formation des NETs ou la polarisation N1/N2 pourrait permettre d’intégrer les neutrophiles dans une approche d’immunothérapie combinée, transformant un acteur inflammatoire en véritable cible thérapeutique.
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
Le cancer colorectal (CCR) demeure l’une des principales causes de mortalité oncologique dans le monde. Si le rôle des lymphocytes T dans l’immunosurveillance tumorale est largement documenté, l’implication des neutrophiles, cellules clés de l’immunité innée, suscite un intérêt croissant.
Longtemps considérés comme de simples acteurs de l’inflammation aiguë, les neutrophiles apparaissent aujourd’hui comme des régulateurs complexes du microenvironnement tumoral. Leur accumulation dans les tumeurs colorectales est associée à une évolution clinique défavorable, mais leurs fonctions exactes restent hétérogènes et contextuelles.
Cette revue publiée en 2025 analyse le rôle des neutrophiles intratumoraux et circulants dans la carcinogenèse colorectale, leurs mécanismes d’action moléculaires et leur potentiel en tant que biomarqueurs et cibles thérapeutiques.
Inflammation : moteur secret de la progression ?
Les auteurs décrivent d’abord le recrutement des neutrophiles vers la tumeur, médié par des chimiokines telles que CXCL1, CXCL2 et IL-8 (CXCL8), activant le récepteur CXCR2. Une fois infiltrés, les neutrophiles peuvent adopter différents phénotypes fonctionnels.
Deux sous-types sont proposés : les neutrophiles N1, au profil antitumoral, capables de stimuler la cytotoxicité immunitaire, et les neutrophiles N2, pro-tumoraux, favorisant la progression tumorale. Dans le CCR, le microenvironnement riche en TGF-β oriente majoritairement vers un phénotype N2.
Les neutrophiles pro-tumoraux contribuent à la carcinogenèse par plusieurs mécanismes. Ils sécrètent des protéases (élastase, MMP-9) favorisant l’invasion tumorale et la dégradation de la matrice extracellulaire. Ils produisent des espèces réactives de l’oxygène (ROS) induisant des dommages génétiques. Ils stimulent également l’angiogenèse via la libération de VEGF.
La formation de NETs (Neutrophil Extracellular Traps) constitue un mécanisme clé. Ces structures d’ADN extracellulaire favorisent l’adhésion des cellules tumorales, facilitent la dissémination métastatique et modulent la réponse immunitaire locale.
Sur le plan clinique, un rapport neutrophiles/lymphocytes (NLR) élevé est associé à un pronostic défavorable dans le CCR, corrélé à une diminution de la survie globale et sans progression. Les neutrophiles circulants reflètent ainsi l’état inflammatoire systémique et l’agressivité tumorale.
Les interactions entre neutrophiles et cellules tumorales participent également à la résistance thérapeutique, notamment en modulant la réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
Transformer l’ennemi inflammatoire en cible thérapeutique
Le cancer colorectal est étroitement lié à des phénomènes inflammatoires chroniques. Les neutrophiles, longtemps sous-estimés, apparaissent comme des modulateurs centraux du microenvironnement tumoral, capables d’influencer croissance, invasion et dissémination métastatique.
Cette revue visait à clarifier leur rôle dans la progression du CCR et à explorer leur potentiel translationnel. Les données montrent que l’infiltration neutrophilique et un NLR élevé constituent des marqueurs pronostiques robustes, tandis que les mécanismes moléculaires identifiés ouvrent des pistes thérapeutiques. Les limites résident dans l’hétérogénéité des phénotypes neutrophiliques et dans la difficulté à distinguer leurs fonctions protectrices et délétères selon le contexte tumoral.
À terme, le développement de stratégies ciblant l’axe CXCR2, la formation des NETs ou la polarisation N1/N2 pourrait permettre d’intégrer les neutrophiles dans une approche d’immunothérapie combinée, transformant un acteur inflammatoire en véritable cible thérapeutique.
À lire également: Cancer colorectal : détecter avant la tumeur ?
À propos de l'auteure – Ana Espino
Docteure en immunologie, spécialisée en virologie
Rédactrice scientifique, Ana est animée par la volonté de relier la recherche à l’impact concret. Spécialiste en immunologie, virologie, oncologie et études cliniques, elle s’attache à rendre la science complexe claire et accessible. Sa mission : accélérer le partage des savoirs et favoriser des décisions éclairées grâce à une communication percutante.
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