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10/04/2026

Sclérose en plaques : l’intestin, un foyer inattendu de la neuroinflammation

Neurologie

Par Elodie Vaz | Publié le 10 avril 2026 | 4 min de lecture


La sclérose en plaques (SEP) est une pathologie neurologique chronique et invalidante caractérisée par une attaque du système immunitaire contre le système nerveux central (SNC). Cette réponse auto-immune cible notamment la myéline, une gaine protectrice essentielle à la conduction de l’influx nerveux.

À l’origine de cette dérégulation, une incapacité du système immunitaire à distinguer le « soi » du « non-soi », entraînant des réactions inflammatoires dirigées contre des composants de l’organisme. Si des facteurs génétiques et environnementaux sont impliqués, l’attention se porte désormais sur un acteur inattendu : le microbiote intestinal.

Des altérations de cet écosystème microbien ont été observées chez les patients atteints de SEP, suggérant un rôle dans la modulation des réponses immunitaires. Toutefois, les mécanismes cellulaires reliant l’intestin à l’inflammation cérébrale restaient largement inconnus.


Décrypter l’axe intestin–cerveau dans la SEP


Une étude publiée le 27 mars 2026 dans Science Immunology, menée par les professeurs Shohei Suzuki et Tomohisa Sujino à l’université Keio, visait à élucider les mécanismes par lesquels les réponses immunitaires intestinales contribuent à la neuroinflammation.

« De plus en plus de preuves montrent que le microbiote intestinal influence les maladies neurologiques […] Cependant, les mécanismes reliant les microbes intestinaux, l'immunité intestinale et l'inflammation cérébrale restent flous. Nous souhaitions identifier comment les réponses immunitaires intestinales contribuent aux maladies neuro-inflammatoires », explique dans un communiqué de presse Pr Tomohisa Sujino.


Une approche translationnelle du modèle murin à l’humain


Les chercheurs se sont appuyés sur le modèle murin d’encéphalomyélite auto-immune expérimentale (EAE), largement utilisé pour étudier la SEP. Ils ont comparé ces données à des observations réalisées chez des patients.

Grâce à des analyses de séquençage d’ARN unicellulaire sur des biopsies intestinales, ils ont mis en évidence une accumulation de lymphocytes Th17 inflammatoires, à la fois chez les souris et chez les patients atteints de SEP.

Parallèlement, des expériences de co-culture ont permis de tester la capacité des cellules épithéliales intestinales à présenter des antigènes aux lymphocytes T. Enfin, l’utilisation de souris transgéniques exprimant la protéine Kaede, dont la fluorescence est modulable, a permis de suivre le trajet des cellules immunitaires depuis l’intestin jusqu’au SNC.


L’intestin, site d’activation des lymphocytes T pathogènes


Les résultats révèlent un rôle central des cellules épithéliales intestinales dans l’activation des réponses immunitaires pathogènes. Contrairement à leur fonction classique, ces cellules expriment le complexe majeur d’histocompatibilité de classe II (CMH II) et présentent des antigènes aux lymphocytes T CD4+.

Cette interaction favorise la différenciation de ces lymphocytes en cellules Th17 pro-inflammatoires, connues pour leur implication dans les maladies auto-immunes. La suppression du CMH II dans ces cellules épithéliales réduit à la fois la génération de ces lymphocytes pathogènes et la sévérité de la maladie dans le modèle murin.

Les expériences de traçage ont montré que ces lymphocytes Th17, activés dans l’intestin, migrent ensuite vers la moelle épinière, où ils contribuent directement à la neuroinflammation.

Ainsi, l’intestin apparaît comme un site clé de « préparation » des lymphocytes T pathogènes, établissant un lien mécanistique entre immunité muqueuse et inflammation du SNC.


Une nouvelle cible thérapeutique à explorer


Ces travaux mettent en évidence un rôle déterminant de l’interface épithéliale intestinale dans la modulation des réponses immunitaires systémiques. Ils suggèrent que l’environnement intestinal ne se contente pas d’influencer l’immunité, mais qu’il participe activement à la genèse des cellules autoréactives impliquées dans la SEP.

« Alors que les traitements actuels de la SEP ciblent souvent les lymphocytes B, notre étude met en évidence l’intestin comme une cible thérapeutique importante », souligne Pr Shohei Suzuki. « La modulation du microbiote intestinal ou de l’activité de présentation des antigènes par les cellules épithéliales intestinales représente de nouvelles approches pour le traitement des maladies neurologiques auto-immunes. »

En ouvrant la voie à une meilleure compréhension de l’axe intestin–cerveau, cette étude propose un changement de paradigme dans la prise en charge des maladies neuro-inflammatoires. À terme, cibler les interactions immunitaires au niveau de la muqueuse intestinale pourrait permettre de prévenir la génération de cellules pathogènes en amont, avant même qu’elles n’atteignent le système nerveux central.

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À propos de l'auteure
 – Elodie Vaz
Journaliste en santé, diplômée du CFPJ en 2023  
Élodie, explore les empreintes que les maladies laissent sur les corps et, plus largement, sur la vie humaine. Infirmière diplômée d’État en 2010, elle a passé douze ans au chevet des patients avant de troquer son stéthoscope contre un carnet de notes. Elle interroge depuis les liens qui unissent environnement et santé, convaincue que la vitalité du vivant ne se résume pas à celle des Hommes.




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